Julien Donzé (30 ans), alias «Le Grand JD», sera notamment entouré des youtubeuses romandes Dear Caroline, Margaud Liseuse et du Français Norman.

Les rois du web ont rendez-vous à Genève

Interview Le Genevois Julien Donzé est l’un des youtubeurs suisses les plus populaires avec plus d’un million d’abonnés sur sa chaîne «Le Grand JD».

Youtube a-t-il évolué depuis votre première vidéo publiée il y a sept ans?
Youtube évolue sans cesse, avec des nouvelles tendances tous les six mois. Ça va très vite et c’est un changement extrêmement violent. Je compare souvent
cet univers à la musique: on connaît les principaux artistes qui gagnent bien leur vie et dessous, il y a toute la pyramide de ceux qui essaient. Youtube est un univers complexe, une sorte de western où il n’y a pas vraiment de règles. Chaque jour, je découvre un nouveau créateur ou un nouvel univers. Tout le monde essaie de sortir des vidéos le plus vite possible et leur qualité ne cesse de s’améliorer. C’est de la folie!

Comment faire pour durer?
Le secret, c’est de trouver une vraie thématique, quelque chose qui te passionne et un concept. Si tu te lances sans aimer ni la vidéo, ni le montage avec l’unique but de faire des vues, de gagner de l’argent et d’être célèbre, je pense que tu ne vas pas durer. Il faut aussi avoir des idées, être original et publier régulièrement. Personnellement, je fais ce que j’aime avant tout. Mes vidéos marchent bien car j’ai un style qui est complètement différent de ce qui se fait sur Internet. J’ai lancé récemment des chasses aux fantômes, qui sont connues depuis la nuit des temps, mais je les ai revisitées sur le web et les gens apprécient.

Vous n’éprouvez pas de lassitude?
Non, car je ne suis même pas à 1% de ce que l’on peut faire en vidéo. Mes idées sont très simples, je n’ai pas beaucoup de moyens et je suis tellement passionné par la vidéo que ce serait impossible de me lasser. Et le contenu de ma chaîne est très varié: de la chasse aux fantômes à des clips, en passant par des expériences ou des choses plus sérieuses. Mais on ne sait jamais comment le public va réagir…Il y a donc une certaine pression envers le public et les autres créateurs.

Est-ce un avantage d’autant varier ses contenus?
On peut dire que c’est à double tranchant. Il est préférable de faire un seul style car le public aime les codes et veut pouvoir se repérer. Je suis tout le temps en train de casser mes repères et mon public est déstabilisé. D’un autre côté, il aime aussi être surpris…

Quelle est la plus grosse difficulté en tant que youtubeur?
L’argent. Trouver un business plan est très compliqué. Il y a plein de gens qui s’en sortent financièrement mais il faut avoir un concept, par exemple en faisant dix vidéos par jour et donc potentiellement plus de vues. Dans mon cas, ce n’est pas rentable. Se faire connaître est l’autre grande difficulté. Le marché des youtubeurs est saturé.

Peut-on vivre de ses vidéos en Suisse?
Pour en vivre, il faudrait faire entre 5 et 6 millions de vues par mois sur l’ensemble de sa chaîne, ce qui est énorme! En France, certaines «stars du web»
font 10 à 20 millions de vues par mois et en vivent, mais c’est la pointe de la pyramide. L’avenir est vers des contrats avec des marques et des placements de produits, qui permettent de gagner parfois beaucoup d’argent. Si je veux continuer, je vais aussi devoir y songer car je m’épuise financièrement.

Comment vous êtes-vous lancé dans la vidéo sur Youtube?
Je fais des vidéos depuis tout petit. Dès 10-12 ans, j’ai reçu une caméra de mes parents et réalisé des petits films. J’ai assez rapidement aimé le côté visuel. En plus de cela, je regardais beaucoup de films, comme Star Wars qui m’a beaucoup marqué. J’ai tout de suite apprécié le côté créatif et les univers que l’on peut amener dans la vidéo. J’ai fait des vidéos dans ma chambre puis les ai publiées sur internet avec l’arrivée de Youtube. A 18 ans, j’ai commencé à bosser dans une boîte d’audiovisuelle à Genève et j’y ai appris plein de choses. Cela a assez bien fonctionné car à l’époque il y avait peu de choses qui se faisaient dans ce genre-là.

Combien de temps passez-vous pour réaliser vos vidéos?
Il faut compter environ trois à quatre jours de travail pour une vidéo d’environ 5 minutes. Mais cela dépend du format, parfois ce sont des semaines avec le tournage et le montage. C’est un vrai boulot mais une passion avant tout.

Est-ce intéressant pour un Youtubeur de rencontrer son public, comme lors du prochain Royaume du Web?
Oui, c’est hyper intéressant. Mais je dois avouer que ça m’effraie un peu car je suis un peu un ermite dans ma cave (rires). Mais c’est intéressant pour nous et aussi pour le public de se rencontrer et d’échanger. On ne se rend pas forcément compte de l’impact. Le but est aussi de se faire plaisir. Ce festival est quelque chose d’unique avec un côté fun et innovant. Au niveau professionnel, tous les créateurs doivent s’investir car on devra faire des scènes, préparer des surprises… On casse les barrières entre le monde virtuel et réel pour créer un environnement commun. Je me réjouis de voir comment les gens vont réagir.

Est-ce une volonté de votre part de faire évoluer votre chaîne avec des contenus plus sérieux?
Cela se fait naturellement, ce sont des opportunités que j’ai pu avoir et je trouve que c’est important de faire ce genre de choses. Aujourd’hui, j’ai 1 million d’abonnés, j’adore faire des conneries mais je trouve aussi très important de pouvoir montrer ce qui se passe dans le monde comme ma vidéo à Fukushima, sans prétention de faire du journalisme. Les jeunes ne regardent pas les infos, mais peuvent aussi comprendre certaines choses via Youtube. Avec autant d’audience, il me semble normal de faire de temps en temps des choses sérieuses. Les influenceurs que nous sommes ont aussi une part de responsabilité.

Royaume du web (6-7 Mai, Genève)

Génies de la Toile

http://www.cooperation.ch/Les+rois+du+web+ont+rendez_vous+ae+Geneve Les rois du web ont rendez-vous à Genève

Plus de quarante talents provenant d’univers aussi variés que l’humour, le gaming ou la littérature seront présents pour la 1re édition du Royaume du Web. «C’est une véritable création artistique autour du web, avec des happenings surprenants», promet Bertrand Saillen, directeur artistique du festival. «Fun, interactif et unique en son genre dans le monde francophone», l’événement proposera au public d’aller à la rencontre de ses talents préférés et d’assister à leur processus créatif, que ce soit au détour d’un cours de cuisine donné par un blogueur ou lors de la lecture d’un livre par une booktubeuse. Quatre sessions de 4 heures seront proposées durant le week-end, «afin que l’expérience soit plus qualitative», précise Bertrand Saillen.

www.royaumeduweb.ch
Sylvain Bolt

Rédacteur

Photo:
Adriano Truscello, DR
Publication:
lundi 01.05.2017, 16:01 heure