Le cardiologue Michel Périat explique que, consommé avec modération, le vin rouge est bon pour la santé.

Les vertus du vin rouge

Boire chaque jour un verre ou deux de vin rouge est bénéfique, pour autant qu’on n’ait pas de prédispositions à l’alcoolisme. C’est scientifiquement prouvé. Eclairage avec le Dr Michel Périat.

Le vin fait partie de la civilisation humaine. Des Egyptiens qui l’utilisaient pour calmer les douleurs, par exemple après un accouchement, à Louis Pasteur qui le considérait comme «la boisson la plus hygiénique» (voir p. 39), le vin a longtemps eu bonne presse. Le terme «alcoolisme» n’est apparu qu’en 1849 et depuis un siècle et demi, le vin – et plus généralement les boissons alcoolisées – font l’objet d’un double discours. D’une part, elles relèvent d’un cérémonial social qui permet de marquer un moment de convivialité, à l’image du sacro-saint apéro de nos contrées, ou un événement particulier. D’autre part, elles sont stigmatisées, depuis quelques années à une cadence qui s’accélère, et considérées exclusivement comme source de dépendances et de comportements à risques.

Michel Périat a gardé la plaquette (à g.) de son grand-père, marchand de vin, mort à… 87 ans.

Invité dans le cadre de l’exposition C’est la dose qui fait le poison, à Delémont (voir p. 39), le cardiologue Dr Michel Périat tient à remettre l’église au milieu du village. Il navigue à contre-courant d’une tendance qu’il qualifie volontiers de paradoxale: «D’un côté, on est sur le point de libéraliser le cannabis. Des médicaments à base de benzodiazépines sont prescrits sans problème – alors qu’ils créent des dépendances avérées. Et d’un autre côté, sitôt qu’un individu boit un verre par jour, il est taxé d’alcoolique. Bien sûr, je ne le nie pas, l’alcoolisme existe et c’est un problème de société.» Toutefois, le médecin fustige ce politiquement correct qui diabolise le vin, «un produit naturel», et qui met, dans un même panier, biture express, alcopops et grands crus. A ses yeux, «prévention n’est pas égale à interdiction» et il le dit dans sa conférence Le vin, poison ou allié pour notre santé? En effet, plusieurs études ont démontré qu’une consommation modérée de vin rouge n’est pas néfaste pour la santé, surtout à partir de 50 ans. Au contraire. Le message du cardiologue: si vous buvez un peu de vin rouge, vous êtes mieux protégé contre les maladies cardiovasculaires que si vous en buvez trop ou pas du tout. C’est scientifiquement prouvé. Etonnant? C’est dû aux polyphénols, des molécules présentes notamment dans le vin rouge, qui exercent une cardioprotection. Explications.

Coopération. Vous affirmez que le vin rouge est bon pour la santé. Dans quelle mesure?
Michel Périat. A raison de 1 à 2 dl par jour pour les femmes, et de 2 à 3 dl par jour pour les hommes. Et à condition de ne pas avoir de problèmes contre-indiquant la consommation d’alcool, comme des dépendances ou des problèmes hépatiques.

Le vin rouge uniquement?
Oui. Les études pour le vin blanc, la bière ou les alcools forts ne sont pas assez étayées pour pouvoir en tirer des conclusions probantes. Le vin rouge contient des polyphénols, comme le chocolat noir, le thé vert, les fruits et les légumes.

Quelles vertus ont ces polyphénols?
Ce sont des molécules qui protègent des maladies cardiovasculaires. Les polyphénols présents dans le vin rouge, surtout le resvératrol, ont en outre un pouvoir bactéricide et des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires, notamment.

Est-ce que ce sont des résultats récents?
Les recherches scientifiques sur les effets du vin ne datent pas d’hier: la plus ancienne connue est celle d’Arnaud de Villeneuve au XIVe siècle! Elles se sont multipliées au cours de ces dernières années et les échantillons sont assez conséquents: celle du Dr Serge Renaud (1998), en France, s’est penchée sur 34 000 sujets pendant douze ans. Ses conclusions: la mortalité cardiovasculaire des patients qui buvaient entre 2 et 5 verres de vin par jour a diminué de plus d’un tiers par rapport aux autres.

La convivialité par excellence: partager un repas avec des amis en buvant un verre.

N’existe-t-il vraiment aucun risque de devenir alcoolique en buvant chaque jour cette quantité?
Non. Dans les limites de cette consommation, le vin n’est pas toxique pour l’organisme, mis à part les contre-indications mentionnées plus haut.

Pourtant, on entend souvent dire que les gens qui boivent leur ballon de rouge tous les jours sont des alcooliques.
Oui, il y a ceux que j’appelle les «ayatollahs du vin». Pour moi, prévenir n’est pas interdire. La prévention, c’est faire attention à quelque chose qui pourrait être nocif mais qui ne l’est pas automatiquement. La cigarette, par exemple, est nocive, même à petite dose. Je me réfère à Paracelse: Tout remède est un poison, aucun n’en est exempt, tout est question de dosage. Mieux vaut, à mes yeux, se détendre en buvant un verre de vin rouge le soir que de prendre un Séresta. Cela dit je ne nie pas le fléau qu’est l’alcoolisme.  

«

Je ne dis pas que les gens doivent boire du vin. Le vin n’est pas un alicament»

Comment savoir si l’on est alcoolique?
On est dépendant à l’alcool quand on ne peut pas s’en passer, que boire devient une nécessité et qu’on a une consommation exagérée. Ou si, chaque fois, on boit jusqu’à l’ivresse.

Mais il y a des gens prédisposés aux dépendances et qui ne le savent pas forcément…
Vous avez des prédispositions à tout: aux benzodiazépines – j’en vois tous les jours – à la vitesse, à la nourriture grasse, aux régimes, au travail, au sexe… Et les personnes dépendantes au sport qui courent 30 km tous les jours parce qu’elles sécrètent des endorphines? Le cardiologue que je suis doute que ce soit si bon que ça pour le cœur! Tout est question de dosage et de bon sens.
 
Alors on est tous plus ou moins dépendants à quelque chose?
Celui que rien ne passionne est malheureux, mais la dépendance rend encore plus malheureux.

Un verre de rouge comme médicament, en somme…
Surtout pas! Je ne dis pas que les gens «doivent» boire du vin. Le vin ne doit pas être considéré comme un alicament. Ceux qui n’aiment pas en boire ne doivent pas se forcer! Simplement, si ça vous fait plaisir et que vous en consommez de manière raisonnable, que vous n’avez pas de contre-indications médicales comme des problèmes hépatiques et que vous ne conduisez pas après, allez-y!

Vous faites-vous attaquer pour oser aborder cet aspect?
Oui, une fois, lors d’une conférence dans les Vosges. Un gynécologue m’a dit: «Mais enfin vous ne pouvez tout de même pas dire que les femmes enceintes peuvent boire du vin?» Ce n’est pas mon discours, évidemment. Autrefois, on le conseillait pour éviter l’ictère du nouveau-né (ndlr: aussi appelé jaunisse du nouveau-né) mais on sait aujourd’hui à quel point il est dommageable pour le bébé lorsque sa mère boit ne serait-ce qu’une infime dose d’alcool.

Le canton de Vaud veut interdire la vente de bière et d’alcool fort à l’emporter entre 20 h et 6 h. Sauf le vin. Votre avis?
Je suis opposé aux whiskys coca et aux alcopops. On ferait bien mieux d’apprendre aux jeunes à boire du vin, leur apprendre à l’apprécier. Ceux qui savent le faire prennent rarement des cuites. Il faut les éduquer au plaisir, et le plaisir, ce n’est pas d’être ivre.

Michel Périat

Un cardiologue passionné par l’histoire du vin

Cardiologue et membre du conseil d’administration de l’Hôpital du Jura, Michel Périat (69 ans) est petit-fils d’un marchand de vin de Fahy (JU). «Dans mon enfance, j’ai mis du vin en bouteille pour me faire de l’argent de poche. Je collais aussi les étiquettes, mettais les bouchons… Et je trouvais fabuleux qu’on puisse faire des vins différents avec un même cépage. Tout dépend du terrain et des types de vinification.» Pour lui, il est tout aussi important de connaître le cépage, le vigneron, le vignoble et la manière dont on fait le vin que de le boire. Le vin est un aboutissement. «C’est comme une œuvre d’art. Les deux choses que je fais sont d’ailleurs du vin et du pain. Ce sont deux choses fondamentales. C’est quand même curieux que le Christ s’est servi de ces symboles-là.»
Invité en Suisse, en France et en Italie, il donne sa conférence sur les bienfaits du vin aussi bien dans un cadre scientifique et médical que pour des sociétés ou des écoles.
Michel Périat est père de deux enfants adultes. Il vit avec sa compagne à Fahy.

Exposition à Delémont

Tout est dans le dosage

Le Musée jurassien d’art et d’histoire, à Delémont (JU), propose l’exposition «C’est la dose qui fait le poison», reprenant la célèbre phrase de Paracelse, médecin, alchimiste et astrologue suisse (1493–1541).
Si aujourd’hui, l’arsenic, la belladone ou le pavot sont des noms de poisons bien connus, ils sont utilisés dès l’Antiquité pour soulager les douleurs et guérir certaines maladies. Où est la frontière entre poison et médicament? Partant de ce constat, l’exposition interroge également sur la notion de santé aujourd’hui, qui ne se réduit plus à l’absence de pathologie. En effet, il faut apprendre à gérer la bonne dose dans de multiples domaines de la vie quotidienne: alimentation, travail, tabac, alcool, etc… Quel est le secret de cet équilibre? Des conférences et des ateliers destinés aux écoles et aux familles sont organisés autour de thèmes comme la pyramide alimentaire ou la pharmaceutique. Dès le 17 mai, les enfants pourront notamment fabriquer eux-mêmes des bonbons-médicaments avec de la sauge. A voir jusqu’au 3 août.

www.mjah.ch

Aperçu historique

«Utile aux vieillards»

Des hiéroglyphes montrent qu’au IIe millénaire av. J.-C., les Egyptiens administrent du vin rouge pour calmer les douleurs. On en place dans les tombeaux des pharaons, pour qu’ils l’emportent dans l’au-delà. Les Grecs de l’Antiquité vouent un culte à Dionysos, dieu du vin et de l’ivresse, qui permet à ses fidèles de dépasser la mort.
Hippocrate (460-377 av. J.-C.), le père de la médecine, l’utilise comme diurétique: «Le vin et le miel sont merveilleusement appropriés aux hommes, si en santé comme en maladie, on les administre avec à propos et juste mesure suivant la constitution individuelle.» Le vin est incontournable dans la liturgie catholique: peu avant d’être livré aux Romains, le Christ en verse à ses disciples, comme symbole de son sang. Galien (131-201), médecin des gladiateurs (il nettoie leurs plaies avec du vin), écrit: «Il dissipe toute espèce de chagrin et l’abattement (…), il est très contraire aux enfants, mais utile aux vieillards.» Lors de leurs campagnes, les légionnaires romains s’hydratent avec des litres de vin pour éviter l’eau, souvent contaminée. Moine, médecin et écrivain, Rabelais en fait l’éloge: «Le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement, chasse tristesse et donne joie.» Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Louis Pasteur, le chercheur qui a trouvé le vaccin contre la rage, affirme que: «Le vin peut être considéré à juste titre comme le plus sain et le plus hygiénique de tous les breuvages» – à cette époque, l’eau est encore très souvent impropre à la consommation. Les premiers mouvements d’abstinence voient le jour au XIXe siècle.

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Aline Petermann
Photo:
Charly rappo / Arkive.ch / Corbis / sp
Publication:
lundi 14.04.2014, 08:30 heure

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