Matthew Caws en concert près de Barcelone, au Festival de Vida 2016, à Vilanova i la Geltrú.

Let’s rock! «La musique, plus que jamais»

Nada Surf Le groupe américain sort un opus et sera en concert en Suisse. En français, son leader Matthew Caws nous parle de musique, de vie et de philo.

Il y a vingt ans, le groupe new-yorkais Nada Surf séduisait le monde grâce à son hit «Popular», qui a fait découvrir son rock à la fois mélodique, énergique et mélancolique.
Aujourd’hui il plaît toujours autant, et particulièrement au public francophone, ravi d’entendre la maîtrise presque parfaite de la langue de Molière dont font preuve le bassiste Daniel Lorca et le chanteur Matthew Caws. Ce dernier a passé deux ans en France durant son enfance ainsi que plusieurs vacances d’été, puis a étudié au lycée français de New York.
Rencontre avec un artiste qui s’interroge notamment sur la vie et les relations humaines.

Sur votre nouvel album live «Peaceful Ghosts», vous jouez avec des orchestres symphoniques. C’est plutôt inhabituel pour un groupe de rock!
On ne pensait pas faire ça un jour, mais pendant que l’on enregistrait notre album «You Know Who You Are», qui est sorti en mars dernier, l’Orchestre symphonique de la radio ORF de Vienne nous a proposé de jouer avec lui lors d’un concert, puis l’Orchestre de film Babelsberg de Berlin nous a fait une offre similaire. Le résultat est un mélange entre la musique de «James Bond» et de Disney.
Nos chansons, certaines sont anciennes, d’autres récentes, deviennent mystérieuses et magiques. Les instruments classiques leur apportent différentes couleurs et émotions, ils font bien plus que simplement les habiller.

«

Je cherche de plus en plus des solutions, j’essaie d’apprendre à vivre»

Vous êtes fan de musique classique?
Mes parents n’écoutaient que ça, surtout du baroque. Mon père passait constamment le «Concerto 1052», de Bach, dont j’adore les œuvres. Chez ce compositeur le rythme est très marqué, c’est comme du rock, on a l’impression d’entendre une batterie qui n’est pas là.

Cet opus est-il une façon de vous renouveler, de faire quelque chose de différent?
Croire que les choses arrivent pour une raison, c’est être romantique à fond, je ne parle pas des relations amoureuses, mais de la façon de voir la vie. Penser que l’on a fait ce disque pour se renouveler, c’est du romantisme, j’accepte cette interprétation; elle me plaît.

Sortir deux albums et faire une tournée en moins d’une année, ce n’est pas rien!
C’est un peu trop, mais «You Know Who You Are» était notre premier album depuis quatre ans. Il faut de temps en temps se rappeler au bon souvenir des fans si l’on veut continuer à faire ce métier.

Vous vous voyez encore sur scène lorsque vous serez âgé, comme le font les Rolling Stones?
Absolument. Mais je suis déjà vieux, j’aurai 50 ans l’année prochaine! J’aime la musique plus que jamais, je me sens encore proche du public, car j’écris souvent sur des problèmes qu’ont les jeunes et aussi certains adultes (moi y compris): par exemple le bonheur parfois fugace ou des pensées que l’on n’arrive pas à chasser de sa tête. Ces problèmes seront toujours là, ça me fait donc du bien de les mettre sur papier. Mais je ne veux pas seulement chroniquer ce qui s’est mal passé dans ma vie, je cherche de plus en plus des solutions, j’essaie encore d’apprendre à vivre.

La plupart des groupes de votre génération se sont séparés. Mais vous êtes toujours là, et populaires, pour faire référence à votre tube «Popular». Comment s’explique votre longévité?
Le fait que tous les quatre dans le groupe nous soyons amis y est pour beaucoup. Notre succès, on le doit aussi au public, que l’on remercie infiniment. Il est fidèle, mais se transforme. Certains fans nous suivent depuis le début, d’autres nous ont lâchés, certains nous ont fait connaître à leurs proches.
Si Nada Surf existe toujours, c’est aussi parce que je n’avais pas assez envie de faire un autre métier. Même si j’ai été tenté.

Vraiment? À quel moment?
Il y a longtemps, quand notre maison de disques ne voulait pas sortir notre deuxième album. Je m’étais demandé si je ne devrais pas retourner à l’université et obtenir un diplôme, peut-être en journalisme. Mais j’adore jouer, chanter et être en studio. De plus, écrire est un besoin si grand chez moi que je n’ai pas envie d’arrêter.

Vos parents étaient professeurs dans des universités, votre mère de littératures française et anglaise, et votre père de philosophie. Aimez-vous aussi lire?
Oui, surtout des œuvres du XXe siècle, en particulier toute l’école américaine des années 1960 – 1970, et aussi des essais, de Bill Bryson ou David Foster Wallace.
En philosophie, je n’ai pas vraiment de préférence, mais je peux citer les Pensées pour moi-même de Marc Aurèle.

En parlant de littérature, que pensez-vous du prix Nobel attribué à Bob Dylan, dont vous êtes un grand fan? Mérité ou non?
Ah oui, c’est complètement mérité! Le critique de rock Greil Marcus a expliqué dans de très bons articles qu’il est inutile de se demander si les textes de Dylan sont de la littérature ou pas, ce qu’il écrit est de l’art pur, voilà tout.

Matthew Caws (49 ans), entouré de deux autres membres de Nada Surf, Daniel Lorca (à gauche) et Ira Elliot, partage sa vie entre New York et Cambridge, en Angleterre, où réside son fils.

Quelle est votre philosophie de la vie?
Cultiver activement l’empathie, en faire un travail de tous les jours. Parfois, on oublie d’apprécier les gens, même nos proches. La règle d’or en philosophie, c’est de traiter les autres comme on se traite soi-même.
Mais je pense qu’il faut aussi se traiter comme on traite les autres. Parfois, je me soucie plus de ma famille et de mes amis que de moi.
Il ne faut pas oublier de prendre soin de son cœur et de son esprit. Maintenant je fais un peu de méditation. J’aurais dû en faire quand j’avais 20 ou 30 ans, cela m’aurait fait beaucoup de bien.

Vous vous êtes marié cet été et vous avez un fils de 12 ans, né d’une précédente relation. C’est difficile de tout le temps voyager quand on a une famille?
Oui, ça l’est. Si je pouvais me dédoubler, je serais en tournée douze mois sur douze et l’autre moi resterait à la maison toute l’année.
Ma relation avec ma femme s’est faite dès le début à distance. On n’aime pas ça, mais on fait avec, car les tournées ont une fin.

Vous êtes Américain, également Britannique par votre père. Vous connaissez bien la France, et aussi la Suisse, où vous jouez souvent. Vous préférez la cuisine duquel de ces pays?
Plutôt d’Espagne et de Grèce! On a fait notre voyage de noces en Grèce, la nourriture y est incroyable, c’est comme la cuisine italienne, en plus légère et aussi avec plus de poisson.
Mais j’adore la cuisine suisse, car elle est très variée, je crois que je la préfère à la française, qui est pourtant d’une beauté incroyable.
J’aime les bons plats, mais je suis rarement aux fourneaux, je ne suis pas doué!

Vous vous intéressez à plein de choses. Mais à quoi d’autre encore?
J’adore parler avec les gens de ce qu’ils aiment, partager avec eux l’enthousiasme pour leurs passions.
Ça peut tout aussi bien être avec des amis ou avec un chauffeur de taxi. Je ressens énormément de joie en voyant celle des autres.

Le chanteur et guitariste de Nada Surf, Matthew Caws, lors de notre interview à Zurich.

Matthew, on the road again

http://www.cooperation.ch/Let_s+rock_+_La+musique_+plus+que+jamais_ Let’s rock! «La musique, plus que jamais»

Nada Surf, c’était d’abord un trio composé de Matthew Caws (chant et guitare), Daniel Lorca (basse) et Ira Elliot (batterie), devenu un quatuor en 2012 avec l’arrivée d’un guitariste supplémentaire, Doug Gillard.
Les garçons de New York ont enregistré huit albums studio et viennent de sortir (fin octobre) le CD live «Peaceful Ghosts», captation de deux récents concerts avec des orchestres symphoniques de Vienne et de Berlin. Nada Surf se produira, sans ensemble classique, le 16 novembre au Schüür de Lucerne et le 19 novembre à Fri-Son, à Fribourg.

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texte:
Myriam Genier
Photo:
Getty Images, Christoph Kaminski
Publication:
lundi 14.11.2016, 14:20 heure



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