Pour certains parents, dormir tous ensemble ne pose pas de problème. Pour d’autres, cela peut devenir une source de tensions.

Lit familial ou lit conjugal?

Cododo Les enfants dans le lit des parents, c’est mignon… tant qu’ils sont petits. Une fois grands, cela peut poser problème. Le thérapeute familial Henri Guttmann recommande une méthode de transition. 

Je préfère dormir dans le lit de maman et papa», avoue Federica (5 ans) en me fixant d’un air grave derrière ses cils épais. Agitant ses boucles noires, elle ajoute: «Sauf pendant les vacances. Quand on dort tous dans la même pièce, alors je dors dans mon lit.»

Dans la maison de la famille zurichoise Ramunno De Corso, Luca (10 ans) et Federica ont chacun leur chambre, celle des parents se trouve à l’étage. «Federica avait 3 ans la première fois qu’elle s’est glissée dans notre lit», raconte Patrizia, la maman (43 ans). Elle était malade et avait besoin de médicaments. Ses parents ne voyaient aucun inconvénient à ce qu’elle vienne dans leur chambre pendant la nuit.Mais depuis lors, c’est toutes les nuits que la petite s’est mise à chercher ses parents à tâtons dans le noir, se blottissant contre sa mère ou s’allongeant en travers du lit de ses parents. «C’est vrai que j’adore quand les enfants viennent faire un câlin dans le lit», avoue le papa Michele (45 ans). De là à prendre l’habitude de dormir avec eux, il n’en est pas question. Il lui est souvent arrivé de ramener les enfants endormis à l’étage inférieur ou de se coucher sur le lit gigogne. «Nous avons fait promettre à Federica de ne plus venir dormir dans notre lit», explique Patrizia, et la situation s’est améliorée les premiers temps. «Puis mon mari a dû travailler à l’extérieur à plusieurs reprises et durant cette période, les deux enfants ont voulu dormir dans notre lit.»

Le «co-sleeping» ou cododo – lorsque parents et enfants dorment dans le même lit – est une pratique répandue dans le monde entier et qui s’explique par les particularités culturelles et l’exiguïté des logements. Mais ce qui semble approprié dans une certaine culture peut surprendre des parents
issus d’une autre culture. Ainsi, il est difficile pour les mères du Cameroun de comprendre pourquoi les enfants doivent dormir dans leur propre lit dans les pays occidentaux. Et pourtant, le cododo se pratique également dans certains pays européens, comme l’Italie ou la Suède. Autres pays, autres mœurs.

Un besoin ancestral
Dormir dans la même pièce et le même lit serait en réalité un besoin ancestral qui s’est toutefois perdu et qui, de nos jours, se heurte même à un certain scepticisme, selon le pédiatre Oliver Zerwetz. Pour lui, ce mode de sommeil partagé est acceptable pour autant que cela convienne à l’ensemble des personnes concernées. «D’après mon expérience, il arrive toujours un moment où, au cours des six premières années de sa vie, l’enfant émet le souhait d’être plus autonome. À ce moment-là, ce dernier prend de lui-même la décision de dormir dans son propre lit.» L’enfant peut choisir quand il se sent prêt à couper le cordon. Pour Oliver Zerwetz, on peut donc tenter sereinement l’expérience du cododo et savourer cette proximité.

Un matelas sous le lit parental
La famille Ramunno De Corso est allée demander conseil au thérapeute familial Henri Guttmann (lire l’interview ci-dessous). Ce dernier leur a recommandé sa méthode du «side-car» qui consiste à placer un petit matelas sous le lit des parents. En cas de besoin, il suffit de le sortir et l’enfant n’a plus qu’à se coucher. «Cela s’est révélé efficace et le petit matelas a beaucoup plu à Federica», raconte sa maman. Les parents craignaient toutefois que leur fille ne veuille plus dormir dans son propre lit et la ramenaient toujours dans sa chambre. «Dorénavant, quand elle vient nous voir, elle doit ensuite retourner dans sa chambre», déclarent les parents; et Federica obéit. Désormais, la famille n’a plus besoin du «side-car». Il leur est toutefois arrivé de devoir justifier leur démarche vis-à-vis de leur famille italienne, avoue Michele en riant: «Ils n’ont pas la même approche du problème.»

«Reprendre possession du lit»

Henri Guttmann (63 ans), thérapeute familial à Winterthour (ZH)

Henri Guttmann (63 ans), thérapeute familial à Winterthour (ZH)
http://www.cooperation.ch/Lit+familial+ou+lit+conjugal_ Henri Guttmann (63 ans), thérapeute familial à Winterthour (ZH)

Expertise. Le thérapeute familial Henri Guttmann explique pourquoi il n’est pas bon pour un enfant de dormir dans le lit de ses parents. Il présente la méthode qu’il a inventée et qu’il préconise pour résoudre ce problème.

Pourquoi dormir dans le lit des parents est-il problématique?
S’ils ont peur ou qu’ils sont malades, les enfants peuvent bien évidemment se blottir dans le lit de leurs parents. Mais si cette situation perdure lorsqu’ils ont 6, 8 ou 13 ans, cela peut leur donner le sentiment d’être sur un pied d’égalité.
En thérapie familiale systémique, on dira «Je suis grand et tu es petit» – ce qui ne signifie pas que les parents ont le pouvoir, et pas leurs enfants, mais que ces derniers sont sous la responsabilité de leurs parents et qu’ils doivent comprendre le message.

Quelles sont les conséquences pour les parents au niveau du sommeil?
Je constate que les parents, et notamment les mères, sont très éprouvés par la mauvaise qualité de leur sommeil. De nombreuses mères célibataires laissent leurs enfants dormir dans leur lit. Lorsqu’elles ont un nouveau partenaire, ce dernier doit dormir sur le canapé car les enfants ne veulent pas céder leur place. Ce n’est pas acceptable.

Dormir dans le lit des parents est ainsi dommageable pour eux mais pas pour les enfants?
Bien sûr que si. Récemment, j’ai fait comprendre à un enfant de 12 ans qu’il devait désormais dormir dans son propre lit. Cela s’est avéré bénéfique pour son développement.

Vous conseillez aux parents d’opter pour la méthode dite du «side-car». Cela vient-il de votre propre expérience?
Lorsque ma fille avait 4 ans, elle venait toutes les nuits nous rejoindre dans notre lit. À l’époque, j’avais un petit matelas sous mon lit sur lequel elle pouvait dormir. C’est de cette façon qu’est née la méthode du «side-car» que je préconise aujourd’hui. Cela permet aux parents de reprendre possession de leur lit tandis que les enfants dorment juste à côté. Il n’est pas judicieux de ramener un enfant dans son lit une fois qu’il s’est endormi car lorsqu’il se réveille, il est déboussolé et finit par revenir dans le lit de ses parents. L’objectif est qu’il apprenne à s’endormir dans son propre lit.

Le problème ne se résout-il pas automatiquement à un moment donné?
Les enfants n’abandonnent pas d’eux-mêmes leur place dans le lit des parents. Cette forme de relation symbiotique est néfaste pour le développement de l’autonomie. Durant la journée, ils compensent la proximité de la nuit par un comportement insolent.

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texte:
Martina Gradmann
Photo:
DR
Publication:
lundi 02.10.2017, 13:24 heure





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