Il chante, danse, compose et cartonne. Loïc Nottet, vient de sortir «Selfocracy». «Je suis toujours étonné de m’entendre parler: ma voix n’est pas 
celle d’un garçon de 21 ans.»

«J’ai eu la chance de ne pas muer»

Loïc Nottet En tournée internationale avec un premier 
album, le prodige de «Danse avec les stars» garde la tête froide 
et la bise chaleureuse.

Désolé pour l’attente!» Ça n’est pas souvent que les artistes en promotion entament une interview par ces mots. Avec sa capuche sur la tête, son pantalon de survêt’ trop large et son regard inquiet, Loïc Nottet fait penser à un lycéen qui arriverait en retard en classe. Ses joues imberbes, sa voix haute et claire, son tutoiement – «ça ira pour toi? Je n’ai pas trop bousculé ton emploi du temps?» – plaideraient même pour un tout jeune lycéen qui n’aurait pas encore mué et se serait peu frotté au monde. Difficile d’admettre que celui qui paraît a déjà des kilomètres et des trophées au compteur! Lui-même ne semble pas impressionné par ses performances: il tend sa joue pour des bises. En toute simplicité.

En survêtements, mais en survêtements chics – jersey de coton lourd, boutonnage asymétrique… Vous dites souvent que vous aimez la mode. C’est donc vrai!
J’aime les vêtements. Mais au-delà de l’esthétique d’une coupe ou d’un tissu, c’est ce qu’ils permettent d’exprimer qui m’intéresse. Aujourd’hui, je suis dans des vêtements oversize, qui flottent autour de mon corps. C’est ma manière de dire que je n’ai pas envie de grandir. J’aimerais rester dans cette sensation de vivre à l’intérieur d’un corps qui n’est pas adapté à ce que je suis encore. Qui est en devenir.

Qu’est-ce que vous voyiez par la fenêtre de votre chambre quand vous étiez enfant en Belgique, dans la région de Charleroi?
Un pays plat et de la pluie! Beaucoup de pluie! Heureusement, je n’avais pas besoin de regarder dehors: les clips musicaux qui passaient à la télévision me faisaient m’évader. Je dansais, je chantais, je dessinais. Je me souviens du choc émotionnel que j’ai ressenti en découvrant Ghosts, le clip de Michael Jackson. J’ai su que c’était ça que je voulais faire. Je l’ai dit à ma mère d’ailleurs.

Comment vos parents qui ne sont pas artistes, ont-ils accueilli votre fibre artistique?
Ils ont été très compréhensifs. Ils m’ont pris comme je me suis présenté. Sans exprimer d’attentes. Je n’étais pas un garçon dans la norme: je préférais rester dans ma chambre et chanter plutôt qu’aller jouer dans la rue ou faire une partie de foot. J’aimais être seul avec mes amis imaginaires.

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Vous ne vous sentiez pas isolé?
J’ai toujours réussi à m’entourer de personnes sensibles à l’art. À l’école, il y avait une option art, que j’ai suivie, et je m’y suis fait des amis. Le contact de professeurs de français portés vers la création et l’imaginaire m’a été profitable aussi. Ils ont posé sur moi un regard qui m’a donné confiance. Je ne me sentais pas un fou par rapport aux autres.

Vous avez commencé par la danse ou le chant?
J’ai d’abord eu envie de travailler la danse: j’ai pris des cours dès l’âge de 10 ans. J’ai commencé à faire attention à ma voix et à la travailler vers 16 ans. Je m’étais rendu compte que pour tout ce que je faisais, j’avais besoin de musique: j’adore écrire et dessiner, mais je le fais avec de la musique dans les oreilles, et pour danser, c’est mieux avec de la musique. Il y a donc eu un cheminement logique vers la musique et le travail de ma voix.

Votre voix a ceci de particulier qu’elle est capable de monter très haut dans les aigus. Vous avez mangé beaucoup de miel pendant l’enfance?
J’ai surtout eu la chance de ne pas muer. Et je me suis beaucoup exercé sur les chansons de Freddie Mercury, l’une de mes idoles qui monte très haut dans les aigus. Je suis toujours étonné de m’entendre parler: ma voix n’est pas celle d’un garçon de 21 ans. Et c’est tant mieux. Ça me donne la possibilité d’accéder à un répertoire peu accessible pour les hommes.

Quel est votre principe de vie?
Qu’il ne faut pas chercher à rentrer dans les cases à tout prix. Si on a un talent quelconque, il faut l’exploiter. On vient tous sur terre avec des talents différents. Notre mission à chacun est de dénicher le sien et de l’épanouir. Je suis contre l’idée qu’il faille absolument des diplômes pour valider ses compétences et ses talents.
On n’a pas besoin d’un diplôme pour savoir ce que l’on veut et se donner les moyens d’y parvenir. Moi, j’ai arrêté mes études après le bac car il n’y avait rien qui m’intéressait en dehors de la danse et de la musique. Je n’ai pas fait les classes d’un danseur classique, par exemple. Mais mon travail personnel, mon exigence avec moi-même m’ont permis d’arriver à un niveau honorable. En tout cas, crédible pour Marie-Claude Pietragalla qui m’a remarqué et fait venir à Danse avec les stars.

«

J’aimerais rester ce que je suis aujourd’hui, simple et sincère, avec le goût des autres»

Comment le garçon solitaire de naguère vit-il la popularité d’aujourd’hui?
Je n’ai pas un physique atypique comme un Stromae: il suffit que je mette une casquette, des lunettes parce que je suis myope, un manteau un peu long et hop, je passe inaperçu dans la rue. Sinon, je suis content de cette popularité: j’ai conscience de ma chance. Mais je travaille dur, tous les jours, pour montrer aux personnes qui m’ont soutenu et ont cru en moi qu’elles n’ont pas misé sur le mauvais cheval.

Dur? C’est-à-dire?
Je suis un perfectionniste. J’assume tous mes choix artistiques, mais ces choix je les fais tous en connaissance de cause. Dans mon album, je n’ai enregistré que les chansons dont j’étais parfaitement satisfait. Plusieurs sont passées à la trappe. Pour les concerts, j’anticipe beaucoup pour avoir le temps de préparer les chorégraphies, la mise en scène. Je veux donner aux gens qui viennent me voir le plus que je peux leur donner.

Le fait d’être Belge, c’est un plus?
Peut-être. La Belgique est un si petit pays qu’on peut oser sans trop réfléchir, il y a peu de chance qu’on nous remarque. Du coup, on fonce. On n’a rien à perdre. J’aime revenir en Belgique, chez mes parents et retrouver l’air de la campagne, les animaux, la forêt.
J’ai demandé à mes parents de ne jamais me parler de ma carrière et de me considérer comme ils l’ont toujours fait. Je sais qu’ils me suivent dans la presse mais ils respectent mon choix. Du coup, je peux vraiment décrocher et retrouver ma simplicité quand je retourne à la maison. Oui, parce que je vis toujours chez mes parents! À la fois j’ai besoin de tout maîtriser quand je chante ou que je danse, mais j’adore être pris en charge pour le reste.

À quoi ressemble votre bonheur?
J’ai éprouvé un bonheur immense en tenant mon album pour la première fois entre mes mains. Et j’ai du bonheur à chaque fois que je suis sur scène et que je chante.

Comment vous voyez-vous dans dix ans?
Toujours assis à cette place, en train de parler à des journalistes qui se déplacent pour moi et s’intéressent à mon travail. J’espère sortir peu d’albums mais dont je serais vraiment fier. J’aimerais être toujours le même que je suis aujourd’hui: simple et sincère avec le goût des autres. l

Comme un conte de fées

Loïc Nottet, 21 ans, est apparu à 18 ans dans «The Voice Belgique» où il a terminé deuxième. Quelques mois plus tard, le clip qu’il met en ligne sur youtube, une reprise de «Chandelier» de l’Australienne Sia, est repéré. Cette dernière le partage sur son compte Twitter avec ses milliers de «followers». En 2015, Loïc Nottet est choisi pour représenter la Belgique à l’Eurovision et termine quatrième.
La danseuse Marie-Claude Pietragalla le remarque et le fait auditionner pour «Danse avec les stars». Il terminera vainqueur de l’édition 2015 avec sa comparse Denitsa Ikonomova. Son premier album électro-pop, «Selfocracy», dont il signe les paroles et musiques des onze titres, vient de sortir chez Jive/Epic.

www.loicnottet.com
Loïc Nottet en émission sur la FTBF 

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texte:
Véronique Châtel
Photo:
AFP, DR
Publication:
lundi 29.05.2017, 13:50 heure



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