Le pianiste Louis Schwizgebel, «un esprit profond et de feu», est né à Genève en 1987. Il est aussi un fameux prestidigitateur.

«Avec Schubert, le courant passe»

Louis Schwizgebel Installé à Londres, le jeune pianiste genevois donne des concerts dans le monde entier. Il sera bientôt de passage en Suisse. Rencontre.

La première chose que l’on remarque en pénétrant dans l’appartement londonien de Louis Schwizgebel, c’est le piano à queue Steinway qui trône au milieu du salon. «J’ai aussi un piano électrique dans la cuisine avec des écouteurs si je veux jouer tard et ne pas déranger les voisins» nous confie le pianiste genevois. Installé depuis près de trois ans à Londres, à deux pas de la gare Victoria, il mène une prestigieuse carrière internationale et donne une soixantaine de concerts par an à travers le monde.
Le jeune musicien livrera des récitals en Suisse le 21 avril à la Salle de l’Inter à Porrentruy et le 27 avril au Kultur-Casino à Berne, puis le 3 mai au LAC Lugano Arte e Cultura à Lugano.

«

J’apprécie presque autant la pop que la musique classique»

Qu’est-ce qui vous a mené à vivre à Londres?
Plusieurs choses à la fois... En 2012, j’ai remporté le deuxième prix du Concours de Leeds; ce qui m’a ouvert pas mal de portes, surtout en Angleterre et puis aussi en Europe. Une agence m’a proposé de travailler avec elle, ce que je fais actuellement. Et puis le soutien du programme New Generation Artists de la BBC. Enfin, des amis étaient à Londres au même moment.

Vous y plaisez-vous toujours, même après le Brexit et le récent attentat?
Je suis un petit peu déconnecté de l’actualité, de ce genre de choses. Ça ne m’affecte pas vraiment. J’aime beaucoup la ville, je m’y plais bien.

Combien d’heures par jour passez-vous derrière votre clavier?
J’ai beaucoup travaillé mon piano quand j’étais plus jeune, environ six heures par jour. J’avais la discipline de travailler sans arrêt, d’apprendre du répertoire. Maintenant, j’ai moins besoin de le faire. C’est devenu assez facile et je suis un peu paresseux parfois. Récemment, je me suis dit que j’allais essayer quand même de jouer trois à quatre heures par jour. Je n’y arrive pas toujours, mais bon!

Quelle est votre relation au piano?
Je me sens toujours très chanceux parce que j’ai un métier qui est aussi une passion. Je dirais que 90% du temps, je n’ai pas l’impression que c’est un travail, mais juste un plaisir. Comme un hobby qui, il se trouve, est ma profession.

Quels sont vos compositeurs préférés et pourquoi?
Parmi eux, je nommerais Franz Schubert probablement, Beethoven évidemment, Mozart. Parce qu’au niveau de l’interprétation, quand je joue leurs pièces, cela me vient très naturellement. Je n’ai pas besoin de les travailler à outrance ou de trop y réfléchir. Il y a une différence entre les compositeurs que j’aime bien écouter et puis les compositeurs que j’aime bien jouer.

Pourquoi?
Quand je m’assieds au piano et joue une pièce de Schubert, j’ai l’impression que je comprends plus vite qu’avec d’autres compositeurs. C’est plus naturel, le courant passe. Mais il y a peut-être des compositeurs avec lesquels je me sens moins à l’aise au niveau de l’interprétation, par exemple Chopin, Rachmaninov ou bien Tchaïkovski, mais que j’adore écouter.

Appréciez-vous des chanteurs ou des groupes en dehors de la musique classique?
Oui, j’écoute un peu de tout. Souvent, quand je suis dehors ou au fitness et que j’entends une musique très populaire, je m’amuse à la transcrire au piano. J’ai découvert un programme sur iPad où l’on peut composer très rapidement. En un quart d’heure, il est possible de composer une pièce, c’est vraiment génial. Et je m’amuse à reprendre les grands tubes qui passent partout.

Quels artistes aimez-vous en particulier?
J’aime bien tous les grands classiques. Et j’adore Ray Charles, Michael Jackson. Je n’ai pas de problème avec la pop. Je ne trouve pas que c’est une musique forcément inférieure. Je vois la différence mais je l’apprécie presque autant que la musique classique. Je pourrais faire une analogie avec la cuisine. Si je vais dans un restaurant Michelin trois étoiles, j’apprécie la nourriture et cela demande une certaine connaissance.
Mais j’apprécie tout autant un burger très simple, mais bien fait. Pour moi, c’est un peu le même genre de sensation avec la musique. La pop est beaucoup plus facile d’accès que le classique, mais je peux l’écouter avec plaisir.

Est-ce que vous cuisinez, justement?
Mon répertoire culinaire est très restreint mais ça m’arrive, oui. Ce n’est pas une passion, par contre. J’aime beaucoup manger et je connais quelques recettes mais je suis trop paresseux. Je vais plutôt commander.

Quels sont vos plats préférés?
Je mange vraiment de tout. J’aime beaucoup la cuisine française et italienne. Quand je vais dans un restaurant raffiné, j’apprécie particulièrement la nourriture japonaise. Je mange aussi chinois, forcément. J’ai grandi avec la cuisine chinoise de ma mère.

À quoi ressemble une journée typique quand vous n’êtes pas en route pour un concert?
Normalement, le matin je fais à peu près une heure de sport. Ensuite, je travaille mais pas d’une traite. J’espace plutôt mon boulot en tranches de trois quarts d’heure ou d’une demi-heure. Je fais des pauses. J’ai découvert que c’est vraiment le meilleur moyen de travailler. En tout cas, ça marche pour moi. J’ai un planning assez libre. J’ai l’impression parfois d’être un retraité!

C’est-à-dire?
Je fais un peu de tennis avec un ami, et ensuite j’appelle quelqu’un pour jouer une partie d’échecs. Mais bon, la plupart de mes contacts travaillent pendant la journée. Du coup, j’ai très peu d’amis qui ont un emploi du temps comme ça, de retraité, qui n’ont pas besoin de se lever à telle ou telle heure et qui peuvent se consacrer ainsi à leur hobby!

Êtes-vous toujours amateur de magie, de tours de cartes?
Oui, j’en fais toujours un peu. J’aime bien les tours de magie pour impressionner mes amis. Dès qu’il y a une soirée, je fais mon numéro.

Vivez-vous avec des colocataires?
Oui, Justine, ma copine. Elle est philosophe. Tous les mois elle organise des salons de philosophie. Cela se combine bien avec la musique car ce sont des salons qui font revivre le siècle des Lumières. À l’époque, Chopin et Liszt jouaient tout le temps dans des salons. Donc souvent, je donne des petits concerts privés dans ces lieux. Puis mon autre colocataire est le propriétaire du piano, un ami de longue date. Il était pianiste. On a étudié ensemble à Berlin. Maintenant il s’est lancé dans la finance et a laissé de côté le piano, donc je l’utilise.

C’est vrai que sur scène le trac ne vous perturbe pas?
Je n’ai pas un trac maladif. Je ne suis pas du tout du genre à perdre mes moyens. Il y a quand même une sorte de stress que je dois gérer mais on prend l’habitude de vivre avec. Et en fait, c’est quelque chose que j’aime plutôt bien. L’excitation avant le concert et cette adrénaline, je tourne ça en positif. C’est quelque chose qui est presque essentiel et un peu la raison pour laquelle je fais ce métier.

Vous souvenez-vous d’un concert qui vous ait particulièrement marqué?
Peut-être à Verbier où j’ai interprété un concerto de Beethoven, l’un de mes préférés. C’était également la première fois que je m’y produisais avec un orchestre; il s’agissait donc d’un moment important. J’étais vraiment, comme on dit en anglais «in the zone», quand tout se passe au mieux. Il y a des moments comme ça, où les choses se déroulent juste comme il faut.

La touche du virtuose

Fils du cinéaste d’animation suisse Georges Schwizgebel et d’une mère chinoise, Louis Schwizgebel est né en 1987 à Genève et a grandi aux Pâquis. Il a étudié le piano à Lausanne, à Berlin et New York. À 17 ans, il a remporté le 2e prix du Concours de Genève, en 2007 le 1er prix des Young Concert Artists de New York et en 2012 le 2e prix du Concours de Leeds. Il s’est produit avec des orchestres prestigieux du monde entier et a sorti plusieurs disques.
Il est très actif sur Facebook, Twitter et Instagram.

Dates et renseignements pour ces trois concerts en Suisse 

  • 21 avril: Porrentruy (JU), Salle de l’Inter, 20h30, réservations sur: www.crescendo-jura.ch
  • 27 avril: Berne, Kultur-Casino (Grosser Saal), à 19h30, infos et réservations sur: www.kulturcasino.ch
  • 3 mai: Lugano, au LAC – Lugano Arte e Cultura, à 20h30, infos et réservations sur: bachtrack.com

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Miguel Cid

Rédacteur

Photo:
Marco Borrgreve
Publication:
lundi 17.04.2017, 13:50 heure



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