«Mes vacances de rêve? Au chaud. Faire du surf le matin et se poser l’après-midi à la plage en bonne compagnie.»

Luca Aerni: slalomeur au calme olympien

Révélation À quoi ressemble l’été d’un champion du monde de ski? Rencontre à Macolin (BE) juste avant que le Valaisan (24 ans) ne remette les lattes.

En tant que fan de la «Juve», un mot sur la dernière finale de Ligue des champions (Real Madrid-Juventus le 3 juin passé)?
J’ai été très déçu par la dé-faite de la Juventus. Gianluigi Buffon est mon idole de jeunesse quand je faisais du foot comme gardien. J’aurais vraiment aimé qu’il la gagne.

Pourquoi le poste de gardien?
Quand j’étais petit, je n’aimais pas courir (rires). J’adorais plonger, sauter dans tous les sens. Le poste me convenait bien, parce que j’arrivais à me concentrer sur moi-même. Un peu comme au ski. Et puis Buffon était mon modèle. J’étais impressionné par son calme sur le terrain…

Votre calme vient donc de là?
Peut-être un peu, oui! J’ai toujours essayé de l’imiter. Mais ça vient aussi de la famille, on est tous calmes et on tente toujours de trouver des compromis quand il y a des problèmes.

Qu’est-ce que la Suisse?
C’est un petit pays et beaucoup de régions. Je suis né à Fribourg, mais j’ai habité à Berne et à Crans-Montana; ce sont mes deux origines. Au final ça n’a pas d’importance; je me sens «juste» Suisse.

Pourquoi avoir laissé tomber le football à 15 ans?
Je devenais chaque année meilleur sur les skis et il a fallu choisir. J’avais aussi beaucoup d’amis skieurs, ça a facilité mon choix. La vitesse, l’adrénaline que procure le ski ont fait pencher la balance.

Vous avez pourtant choisi le slalom, donc la technique plutôt que la vitesse…
C’est surtout lié au fait que j’étais meilleur en slalom, donc disons que c’est la discipline qui m’a choisi. Je fais toujours un peu de vitesse à côté pour le moment.

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Été signifie vacances...
Depuis mi-avril, je fais de la condition physique quasi tous les jours. Je n’ai donc pas encore eu de vacances… Il y a eu de nombreuses sollicitations après la saison avec des sponsors et des vidéos pour mon site et les réseaux sociaux. J’ai maintenant deux semaines de vacances pour vraiment «redescendre».

Vos vacances de rêve?
Au chaud. Faire du surf le matin et se poser l’après-midi à la plage en bonne compagnie. Et sans les skis!

Grazias Fuerteventura 🏄🏾🤙🏼 #surfingallday #holidays #bigwavesurfing #washmachine

Ein Beitrag geteilt von Luca Aerni (@lucaaerni) am29. Jun 2017 um 1:25 Uhr

Que représente l’été?
Les premières semaines, il faut reprendre le rythme et c’est très difficile, avec des courbatures dans tout le corps. Les deux dernières avant le retour sur les skis sont très dures mentalement. Du coup, il faut penser aux moments comme la médaille d’or pour se motiver. Mi-juillet, retour sur les skis à Zermatt environ deux semaines et en Nouvelle-Zélande pour un mois. Puis retour sur les glaciers suisses et début de la saison.

Votre souvenir du 13 février?
La course était préparée comme d’habitude. Mais dès l’arrivée, tout s’est enchaîné comme dans un film. Je devais attendre dans l’aire d’arrivée, puis les interviews, le contrôle antidopage et la remise de la médaille le soir. Je n’ai pas vraiment eu le temps de me laisser aller. Maintenant, j’arrive à réaliser ce que j’ai fait.

«

À Saint-Moritz, c’est comme si je m’étais réveillé une fois la ligne d’arrivée franchie»

Qu’est-ce que ce titre a changé?
Les gens au village me reconnaissent un peu plus. Quand je vois d’autres sportifs faire des exploits, ça m’impressionne mais peut-être moins qu’avant.
Ça fait du bien d’avoir été payé pour tout le travail, ça me motive de continuer sur cette voie.

C’est la veille que vous avez appris que vous étiez retenu…
La veille à 17 heures, oui. Cela s’est joué aux qualifications internes en descente. C’est la première «vraie» descente à laquelle je participais, avec des sauts plus relevés. J’avoue avoir été très tendu avant le premier entraînement. Et puis, finalement, les entraîneurs ont misé sur moi, même si je n’avais pas été le plus rapide...
Je dois remercier Patrick Küng qui m’a prêté ses skis de descente et Michelle Gisin pour sa dorsale bien plus aérodynamique que la mienne. Ce sont peut-être ces centièmes gagnés qui ont fait la différence…

Champion du monde pour un centième. Quel est votre rapport au temps?
Un centième c’est rien du tout, on le voit sur les vidéos. Cela représente 14 cm. En début de saison, j’ai eu plusieurs fois de la malchance. Mais au final, je préfère avoir connu cette réussite à Saint-Moritz quelques semaines plus tard…

Vous vous tapez le torse avant vos manches. Êtes-vous superstitieux?
Pas vraiment. Mon entraîneur d’enfance m’avait dit que ça activait le corps. J’ai vu d’autres skieurs le faire aussi. Et je crois vraiment à ce qu’il disait… ça m’active! C’est devenu avec le temps un rituel… J’étais superstitieux quand j’étais jeune, mais plus maintenant. Car en ski, les conditions sont toujours différentes. On peut être brillant à l’entraînement et se rater sur la même piste car les conditions ont évolué. Ce n’est pas comme en sprint, où le déroulement est presque toujours le même.

À quoi pensez-vous pendant une manche de slalom?
Avant de m’élancer, je pense uniquement à la technique. Je suis focalisé sur ça les trois premières portes. Après, beaucoup se fait machinalement, tellement le geste a été répété.
À Saint-Moritz, c’est comme si je m’étais réveillé une fois la ligne d’arrivée franchie. Je savais exactement comment passer les portes. À l’entraînement par contre, on réfléchit plus.

Aux Mondiaux, avez-vous atteint la «zone», cet état second dont rêvent les sportifs?
Oui. C’est une sensation que j’ai déjà ressentie quelques fois en course. Ce serait un but de la retrouver toujours. C’est un moment magique.

Avez-vous un modèle?
J’étais impressionné par Didier Cuche quand j’étais plus jeune. Aujourd’hui, mon idole en slalom, c’est Jean-Baptiste Grange. Le ski est une sorte de danse chez lui, tout semble si facile. C’est un but pour moi de réussir à skier sans forcer.

Quels sont vos loisirs à côté du ski?
J’aime beaucoup la grimpe, cela me permet d’oublier tout ce qui est autour, de me focaliser sur ce que je fais. Elle renforce tous les muscles du tronc, mais aussi les bras, les doigts. Ce sont des mouvements très fins et ça aide à mieux sentir son corps. Et si la météo est bonne, je vais grimper en montagne. En fait, c’est un hobby qui fait partie de mon entraînement physique. Je viens de commencer le golf mais il y a encore du travail (rires).

Comment abordez-vous la nouvelle saison?
La saison de Coupe du monde et les Jeux olympiques, ça motive énormément. Et je repense chaque fois aux émotions procurées par ce titre pour me booster. 
Avant, je me motivais différemment, je voulais un jour vivre un titre mondial. Si j’ai réussi une fois, je peux le refaire. Pourquoi pas aux Jeux? J’aimerais devenir plus fort en slalom et faire des progrès en géant pour avoir une deuxième discipline. Je ne fais pas une obsession d’un premier podium en slalom l’hiver prochain. Je me focalise plutôt sur ma technique, m’améliorer afin que l’objectif qui est dans ma tête arrive un jour.

De l’ombre à la lumière 

Luca Aerni lors de notre entretien à Macolin, où le skieur s’entraîne. 

En Coupe du monde, Luca Aerni (24 ans) avait pour meilleurs résultats deux 5e place en slalom à Kitzbühel (2014) et Madonna (2015). Jusqu’à ce 13 février 2017, lorsque le discret skieur est remonté de la 30e à la 1re place du combiné des Mondiaux de Saint-Moritz, grâce à une manche de feu en slalom. Le surprenant champion du monde a réalisé ses premiers virages à Crans-Montana, avant que sa famille ne s’installe à Berne lorsqu’il avait 4 ans. Membre du ski-club «Les Barzettes» (Randogne, VS), il a franchi les paliers et son excellent exercice 2016-2017 lui permet de rejoindre le cadre de l’équipe nationale de ski la saison prochaine.

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Sylvain Bolt

Rédacteur

Photo:
Dani Fiori/Swiss Ski, Joel Schweizer
Publication:
lundi 03.07.2017, 13:50 heure



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