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Luciano Lepre a vécu huit mois au fil de l’eau, une aventure riche en rencontres.

La plupart des 80 millions de personnes habitant à proximité du fleuve vivent de la pêche.

Dans la région des 4000 îles, au sud du Laos, la cascade Don Phapeng est une région riche en poissons mais très dangereuse pour les pêcheurs.

Parmi les forts courants, ce pêcheur lance ses filets au péril de sa vie.

On trouve encore de l’or en faible quantité dans le Mékong, ici au Laos.

Le niveau de l’eau du delta du Mékong est si bas que l’océan, avec son eau salée, pénètre dans les terres.

Le Vietnam est le deuxième producteur de riz au monde. Ici, une paysanne se protège du soleil.

Le fleuve est également une destination prisée des touristes, comme ici, en Thaïlande.

A Zaxiqiwa, dans l’état chinois du Qinghai, la source spirituelle du Mékong, que les Tibétains adulent et désignent comme la source originale.

Mines de sel, en plein séchage, à Yanjing, au Tibet.

Luciano Lepre: «Le Mékong est un fleuve à l’agonie»

Rencontre Le photographe, Luciano Lepre, a longé le fleuve du delta à la source, à pied. Au fil des 5000 kilomètres, il a été le témoin des changements climatiques.

«

J’ai voulu me mettre dans la peau des premiers explorateurs français »

Pourquoi avoir choisi le Mékong?
Depuis mon premier voyage en Asie, en 1978, je suis fasciné par ce fleuve calme, presque mystique. On peut perdre son temps, sans culpabilité. Il s’agit de l’écosystème le plus riche au monde, après l’Amazone. On compte environ 1200 espèces de poissons et autant d’oiseaux, une flore extraordinaire. Le Vietnam et La Thaïlande sont respectivement le deuxième et troisième exportateur de riz au monde. 70% des protéines de l’Asie du Sud-Est sont fournies par les poissons, provenant surtout du lac Tonlé Sap, au Cambodge, le poumon de la région. Tout est mis en danger par l’activité humaine.

Il s’agit également d’une région très peuplée, non?
Les estimations parlent de 80 millions d’habitants, répartis sur six pays (Chine, Birmanie, Laos, Thaïlande, Cambodge et Vietnam), et une centaine d’ethnies. On dit que les Vietnamiens vivent dans l’eau, les Cambodgiens sur l’eau et les Laotiens à côté. Les Chinois n’ont pas de rapport émotionnel avec le fleuve. Ils l’exploitent pour couvrir leurs grands besoins énergétiques en produisant de l’électricité.

Quels sont les dangers principaux qui menacent le fleuve?
Les barrages, la surpêche, la pêche illégale et la pollution. De plus, comment agir quand certains politiciens sont corrompus? Les barrages sont un grand problème, car les moussons ne peuvent plus inonder les terres, pour leur apporter les sédiments naturels et fertiliser le sol. Au Vietnam, l’océan pénètre toujours plus dans le delta, car le niveau du fleuve baisse. En Thaïlande la pénurie d’eau du Mékong et une déforestation sauvage ont provoqué des sécheresses sans précédent. Au Laos, il n’y a presque plus de poissons-chats. Ce sont des exemples très concrets des changements intervenus ces dernières années.

Ses chaussures après huit mois de voyage

Et quelles sont vos impressions?
Les gens versent leurs ordures dans le fleuve, ils ne sont pas conscients que plus bas, d’autres personnes vivent de l’eau. La pollution est due à l’ignorance, il faut expliquer que le Mékong est en fin de vie. Un Laotien me disait: «Si le fleuve a la toux, j’ai la pneumonie.» Mais ceux qui décident de l’avenir du fleuve n’ont souvent aucun lien direct avec lui. La Chine, notamment, a décidé de consacrer la province montagneuse du Yunnan à la construction de barrages. Il y en a aujourd’hui cinq opérationnels, sept sont en cours de réalisation. À certains endroits, on peut désormais traverser le Mékong vidé de ses eaux à pied.

Devient-on forcément écolo après un tel voyage?
Je ne veux pas me poser en moralisateur. Les barrages, symbole fort du développement, sont nécessaires à la production de l’électricité, mais ils ont en même temps un impact négatif sur le plan environnemental. Ils placent en gage le destin des gens du fleuve. J’ai choisi d’observer et de faire parler ces gens. J’aimerais inviter à la réflexion, à imaginer une façon de vivre différente. Mais aussi sensibiliser les touristes qui visitent les régions du Mékong.

Le récit de son périple en photos

Pourquoi être parti du delta plutôt que de la source?
Le récit des premiers explorateurs français, en 1866, menés par Doudart de Lagrée et retracé par Francis Garnier dans son Voyage d’exploration en Indochine, m’a passionné. Ils cherchaient à créer une voie maritime vers la Chine, mais des obstacles insurmontables les en ont empêchés. Aujourd’hui, certains de ces obstacles ont été purement dynamités par les Chinois. J’ai voulu me mettre dans la peau de ces colons, visiter les endroits qui les ont mis en difficulté. Ce livre m’a accompagné durant tout le voyage.

Pourquoi avez-vous choisi, pour ce voyage, d’aller à pied, seul?
Cela m’a permis de pénétrer dans le quotidien des gens. La solitude, c’est le privilège de pouvoir choisir son chemin avec juste le respect et la tolérance en bagages. Le sourire est la langue universelle et l’on se comprend avec le regard et les gestes. Pas à pas, on se rend compte des changements de cultures. Même en Asie, les gens ne marchent plus et me demandaient où j’allais et pourquoi à pied.

Après huit mois de voyage, vous êtes arrivé à la source, au Tibet oriental et là…
Le Mékong est le dernier grand fleuve dont on a trouvé la source, en 1994. Quand j’y suis arrivé avec Pieter Neele, connaisseur de la région des sources, que j’avais engagé pour la logistique, nous avons découvert, par hasard, de l’eau en amont. De retour au camp, en comparant les mesures du GPS, nous nous sommes aperçus que nous venions de trouver une nouvelle source. Pour moi, c’était une très belle récompense! J’ai ajouté un petit carré de plus à la connaissance du Mékong.

«Mékong: fleuve de vie», disponible chez Payot

4 dates dans la vie d’un explorateur

1955 Fils d’immigré, il naît en Italie et grandit à Uster (ZH) puis Villeneuve.

1979 Actif dans le marketing, il effectue un premier voyage autour du monde avec son épouse Verena.

1996-2004 Huit ans à vélo à travers le monde. «Quand on est revenus, tout avait changé et nous aussi.»

2012-2013 5000 kilomètres à pied le long du Mékong avec un sac de 17 kilos au départ, de 26 à l’arrivée.

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Sophie Dorsaz

Rédactrice

Photo:
Christoph Kaminski, SP
Publication:
mardi 17.02.2015, 11:17 heure



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