Le patron Julien Colas (32 ans) avec l’un de ses serveurs, Hugo Thomas (31 ans), sur le toit-terrasse de son établissement.

Manger dans le noir à Lausanne: des goûts exhaussés

Quelles seront vos impressions lors d’un repas dans le noir complet? Réponses dès cette semaine au restaurant Noir d’Ivoire.

Après Zurich, Bâle et plusieurs autres villes de Suisse (ponctuellement), un restaurant dans le noir
s’ouvre aujourd’hui au Flon, à Lausanne. «La première fois que j’ai mangé dans le noir, à Paris, j’ai été envahi par plein de bonnes choses. Je pense que créer une telle sensation est le rêve de tout restaurateur», indique le patron, Julien Colas.
A 32 ans, ce Bourguignon d’origine, historien de l’art, est déjà patron de plusieurs restaurants. Auparavant, il explique avoir été enseignant, antiquaire et galeriste. Son visage vous dit quelque chose? Il est passé par la case de la téléréalité en 2007 (première saison de Secret Story sur TF1). Arrivé à Lausanne il y a quatre ans, ce passionné de cuisine autodidacte mise sur la qualité des produits: «Mon métier, c’est de régaler les papilles. Je fais mes cartes de A à Z. La cuisine, c’est tous les jours un renouveau. Elle est aussi magique que le monde de Harry Potter!»
«Noir d’Ivoire» peut accueillir cinquante convives, sur réservation (deux services sont prévus, en soirée). Le menu (prix fixé à 79 fr.) comprendra trois plats. Ce sera une surprise: «Il s’agira d’un menu gastronomique, avec des produits nobles. Le but n’est pas de perdre les gens avec trop de mélanges de saveurs», précise Julien Colas. Il tient à ce que la surprise dure jusqu’à la fin du repas. «Quand les gens sortiront, ils auront plein de questions. L’idée est d’y répondre et surtout qu’ils échangent sur leurs impressions. C’est là que ça deviendra intéressant.» Selon le patron, un repas dans le noir invite à un retour en enfance: «Les goûts sont exhaussés. Comme on occulte la vue, la mémoire doit travailler. C’est super marrant, avec une pointe d’angoisse et une louche d’excitation.» Il ajoute que parfois, le noir permet de redécouvrir le plaisir de manger un aliment qui nous bloquerait à cause de sa couleur.

Noir d’Ivoire ouvre dans ce bâtiment du quartier du Flon, à Lausanne.

La porte d’entrée noire qui mène à la salle de restaurant sans lumière est en trompe-l’œil. Elle se trouve au fond du nouveau bar à cocktails haut de gamme et à tapas Le Barock. Après le vestiaire, les hôtes déposent leurs téléphones portables dans des casiers, histoire d’éviter la moindre source d’éclairage dans Noir d’Ivoire. Dès qu’ils franchissent la porte, les clients sont guidés à leur table par un serveur. Ils seront entre quatre et cinq pour rassurer, conseiller et servir cinquante personnes. Les serveurs ont été engagés dans le cadre d’une collaboration avec la Fédération suisse des aveugles et malvoyants (FSA). A noter que le choix des boissons et l’encaissement se feront en dehors de la salle à manger. L’ensemble de l’établissement est décoré. Julien Colas a souhaité jouer avec le style industriel du bâtiment et un côté baroque chic: «On sent bien quand un lieu est décoré, même si on ne le voit pas. Je voulais une belle salle dans le noir, avec un beau dressage de tables.»

Noir d’Ivoire, rue Porc-Franc 11 (Flon), à Lausanne. Réservations:
info@noirdivoire.ch ou 079 197 80 99.

A chaud: l’avis du serveur

Coopération. Comment êtes-vous devenu serveur au Noir d’Ivoire?
Hugo Thomas. J’ai répondu à un appel d’offres de la FSA (ndlr: Fédération suisse des aveugles et malvoyants). J’ai deux formations à mon actif, boulanger-pâtissier et massothérapeute. J’ai pensé que ce travail me donnerait une bonne expérience professionnelle et que je m’y sentirais à l’aise. Comme j’ai fait du torball, un sport qu’on pratique en salle avec un bandeau sur les yeux en s’orientant grâce aux tapis sur le sol et à l’ouïe, j’ai développé le sens de l’orientation dans le noir.

S’agit-il d’un défi à relever?
Oui, je me demande comment je vais gérer. Etant donné que je fais du ski de compétition et que je prépare les Paralympiques de Sotchi, je travaillerai ponctuellement au restaurant au début et j’espère davantage par la suite.

Qu’avez-vous envie d’apporter aux clients de ce restaurant?
De la découverte et du bien-être. Je souhaite qu’ils soient détendus et qu’ils vivent un bon moment, que tout se passe bien dans le noir. Je leur donnerai des conseils pour qu’ils soient le moins stressés possible. Une personne détendue retirera davantage de cette expérience qu’une personne stressée. Elle ressentira mieux les goûts des aliments.

Etes-vous un gastronome?
Oui, j’aime manger et faire la cuisine. Mon plat préféré est la moussaka.

Pourquoi soutenez-vous l’ouverture de cet établissement?
Il y a peu de bons restaurants gastronomiques à Lausanne. D’autre part, cet établissement permettra de vivre une expérience gustative dans le noir. Et il offre une bonne opportunité pour les personnes aveugles et malvoyantes de s’exprimer par un travail.

Commentaires (0)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Joëlle Challandes

Rédactrice

Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno
Publication:
lundi 28.10.2013, 12:30 heure

Publicité



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?