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Manuella Maury, dans l’air retrouvé de Mase où elle habite désormais, dans le Valais de son enfance.




«Je retrouve les bons petits plats de ma maman»

Manuella Maury La journaliste revient s’installer à Mase (VS), son village d’origine, 
où elle crée le festival «Lettres de soie» 
sur le thème de la correspondance. À découvrir en octobre. Rencontre.

Avec toute la fraîcheur et la spontanéité qui la caractérisent, Manuella Maury nous reçoit sur la terrasse du restaurant de ses parents à Mase, un petit village d’un millier d’âmes dans le val d’Hérens. D’emblée, elle nous fait visiter la bâtisse dans laquelle elle et ses sœurs ont grandi, échangé, rêvé. Aujourd’hui, l’établissement est à vendre. «Si je n’avais pas cette passion pour le voyage, je le reprendrais peut-être…» Un peu plus tard, elle s’éclipse pour réapparaître chargée d’une assiette valaisanne, d’une bouteille de fendant et de framboises du village. Un en-cas authentique, minéral et coloré qui lui ressemble bien.

Quel accueil! On reconnaît là vos racines valaisannes…
C’est le bon côté du Valais! J’ai appris l’art de l’accueil de mes parents et je pense qu’il faut le garder. C’est peut-être caricatural mais depuis que je suis revenue au village, je n’ai jamais mangé autant de viande séchée. Il y en a partout, tout le temps! Mais quel beau geste de partager un apéro. D’ailleurs, santé! (Rires).

Alors ça y est, vous avez déposé vos valises à Mase. Pourquoi ce retour?
On me l’aurait dit il y a quatre ans, je ne l’aurais pas cru! J’ai toujours pensé que le village était une valeur refuge, mais que j’avais besoin d’avoir mes ailes partout ailleurs. Or dernièrement, j’ai ressenti une grosse fatigue de la vie en ville causée par le manque de contacts avec les gens. Ça m’a beaucoup pesé. C’est peut-être lié à mon âge et aux questions que je me pose actuellement sur ma place dans la société…
Dans le même temps, j’ai commencé à faire beaucoup d’allers-retours en Valais, à appeler tous les jours à la maison. Ensuite, la maladie de papa a accéléré le processus. Il m’a appelée quand j’étais en Espagne pour chercher un pied-à-terre et m’a proposé de reprendre le chalet. Et quand je suis revenue c’était comme une évidence. Juste avant de nous quitter, papa était ravi de savoir que «sa petite» avait un pied-à-terre. (Silence) Mais je ne veux pas trop parler de ça, parce que ça remue encore… 

Revenir dans son petit village d’origine à 46 ans… Est-ce apaisant ou, au contraire, angoissant?
C’est sûr que ça interroge. Le village a ses règles et la vie y est exigeante. Mais cela me convient aujourd’hui. Je n’ai pas eu la chance d’avoir des enfants, la vie en a décidé ainsi...
J’arrive à présent à me défaire de l’image que les gens peuvent avoir de moi, en pensant peut-être que j’ai privilégié ma carrière professionnelle au détriment d’une famille. J’arrive à passer par- dessus et je vois ce que cette communauté m’apporte et ce que j’ai envie de lui offrir. Notamment avec le festival de la correspondance.

Et vous avez réussi à y attirer votre amoureux, beau défi!
Alors ça c’est fantastique! (Rires) Thomas est né au Bangladesh d’un père grison et d’une mère française, il n’aaucun lien avec le Valais. Mais il a une part de sauvagerie énorme. Il choisit de travailler à 50% et de consacrer le reste de son temps à la rêverie, à la flânerie ou aux autres. En tant que parapentiste, il s’est tout de suite plu dans ces montagnes.
On fait de la randonnée à ski ensemble donc ce terrain de jeu nous rapproche. Ça n’a pas été difficile de le convaincre… D’ailleurs, je n’ai pas eu du tout à le faire. Ça n’aurait eu aucun sens!

Mais les valises ne seront jamais loin…
Effectivement! (Rires) Il y a un vide sanitaire juste en dessous du chalet, on sait que nos valises y seront…

«

Écrire, c’est comme prendre un bain, on plonge dans l’intimité»

Ces dernières années, vous êtes moins à l’écran. Vous cherchez une vie plus discrète?
Je ne sais pas vraiment ce que c’est une vie discrète, car même en revenant ici je crée un festival, je donne des interviews… Depuis petite, ma maman me dit: «Sois discrète, ne mets pas un rouge à lèvres pétant», alors que c’est tout ce que j’aime. Je pense qu’elle cherche à me protéger. Mais je n’aurai jamais un tempérament de femme discrète. Et de ce point de vue, je me sens plus proche de mon père qui était un homme profondément social.

Et ce festival «Lettres de soie» sur le thème de la correspondance, n’est-ce pas un peu anachronique à l’ère des mails et des tweets?
Je ne suis pas du tout sur les réseaux sociaux mais j’ai bien conscience de ce monde parallèle. Je vais d’ailleurs peut-être m’y mettre pour promouvoir l’événement. C’est quand même le comble! (Rires) Mais justement, l’idée est de montrer que l’un peut aller avec l’autre. Écrire est un geste simple. Il suffit d’un papier et d’un crayon. Quand on reçoit une lettre, avec toute la fragilité et les maladresses qu’elle peut comporter, c’est un tel cadeau. On sent le temps que la personne a voulu partager.

C’est la raison de ce festival?
Le festival se veut une piqûre de rappel pour dire: «C’est facile, faites plaisir à ceux que vous aimez!» Écrire, c’est comme prendre un bain, on plonge dans l’intimité. On aménage un temps pour soi et pour l’autre.

Et vous, vous écrivez?
Tous les jours, je note dans mon carnet des pensées ou des inspirations. Là, je vois un commentaire du 23 juin, au retour de l’assemblée primaire de Mase: «L’exigeante démocratie questionne mon propre chaos.» D’autres sont plus légères, comme: «Une semaine sans alcool.» (Rires)
Sinon j’écris aussi beaucoup de lettres. Avec Thomas, il nous arrive de nous écrire lorsque nous voyageons ensemble. Sans que l’autre le sache, on poste une carte qu’on découvre au retour. Cette pratique nous a beaucoup réunis. J’aurais de la peine à vivre avec quelqu’un pour qui le verbe n’a pas de sens.

Entre l’image et les mots, de quel côté va votre cœur?
Les mots sans hésiter! Ce qui m’a attiré vers le journalisme, c’est avant tout la radio qui grâce aux mots suggère les images mentales. La télé est venue par après et c’est tout un autre langage par lequel on impose le récit, le fond, le jugement. C’est une boîte dans laquelle j’ai moi-même été enfermée en tant que présentatrice. Mais j’ai réussi à m’en extraire. Aujourd’hui, ça m’est bien égal que les gens pensent que parce que je fais de la télé je suis stupide.
Ce qui me plaît à «Passe-moi les jumelles», c’est justement de laisser parler les gens sans y apposer des commentaires.

Une œuvre littéraire qui vous a particulièrement touchée?
Je m’appelle Asher Lev, de Chaïm Potok. Je me souviens des portes qu’il a ouvertes en moi. C’est l’histoire d’un jeune garçon qui perd sa mère. Il a un don pour le dessin et la peinture mais la communauté dans laquelle il vit ne lui permet pas d’exprimer son art. C’est tout le questionnement sur ses propres nécessités dans une société qui a ses lois.

Plus prosaïquement, qu’est-ce qui vous nourrit à part les mots?
J’ai beaucoup de chance de découvrir toutes sortes de cuisines différentes en voyageant et j’aime à peu près tout. Mais en revenant à Mase, je retrouve les bons petits plats de ma maman, dont la polenta mélangée à des pommes de terre et des oignons. Le tout grillé dans un bon fond de beurre, car le gras, c’est la vie! (Rires)

La journaliste en interview: «Laisser parler les gens sans y apposer de commentaires.»

La correspondance en fête

Du 20 au 22 octobre aura lieu à Mase le premier festival «Lettres de soie». Le village sera fermé à la circu-lation pour revivre la correspondance (par des comédiens) entre Corinna Bille et Maurice Chappaz. Il y aura les échanges d’une voyelle à un voyou entre Manuella Maury et Thierry Meury ou les illustrations de Casal et Bécquelin. Camus, Malraux, Ramuz et Zermatten inspireront aussi les visiteurs qui pourront, à leur tour, s’asseoir et écrire.

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texte:
Sophie Dorsaz
Photo:
Andrea Soltermann
Publication:
lundi 04.09.2017, 13:34 heure



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