Marianne Basler: «J’aime quand les textes véhiculent un thème dont j’ai envie de débattre, et qu’ils soient habités. Il y a tant de choses à dire sur notre terrible humanité.»

«Parce que vivre est formidable»

Théâtre, cinéma, télévision:
la comédienne Marianne Basler, 
Suissesse par son père, a le vent en poupe. Rencontre à Paris d’où elle nous dit sa passion de la scène et de l’écran, et son attachement à la Suisse romande.

Coopération.  On vous présente toujours comme une comédienne française, née en Belgique mais d’origine suisse. Cela représente quoi cette origine suisse pour vous?
Marianne Basler.  Je suis argovienne par mon père. Sa famille venait de là-bas. Mais mon grand-père est venu en Belgique où mon père est né, puis moi. Mes relations avec la Suisse sont surtout professionnelles et exclusivement en Suisse romande. J’y ai beaucoup travaillé. J’avais rencontré lorsqu’il était directeur du Théâtre de Bobigny, un être pour moi exceptionnel, René Gonzalez. Lorsqu’il est devenu directeur du Théâtre de Vidy à Lausanne, en 1990, il m’a fait venir plusieurs fois. J’ai créé et joué une bonne dizaine de pièces à Lausanne. En 1995, j’ai même vécu toute une année à Lausanne, j’y avais loué un appartement, inscrit mon fils dans une école.

Et ça vous a laissé de bons souvenirs?
Oui… ma ville en Suisse, c’est Lausanne. Le plus beau paysage du monde, c’est celui que l’on voit d’Ouchy, avec le lac, la vue sur les Alpes. Nulle part dans le monde, je n’ai vu de paysage aussi beau. Et j’ai quand même voyagé! J’ai passé du temps à Epalinges aussi, dans la maison de Simenon, qui était belge, car je connaissais ses enfants. J’allais parfois déjeuner là-bas.

A moitié Suissesse et à moitié Belge en France, un plus?
Je dirais que j’ai la chance de venir de deux pays qui sont ouverts au débat démocratique et qui ont depuis longtemps dit oui à des avancées sociales, comme le droit à mourir dans la dignité. J’ai du mal à comprendre qu’en France, des gens se battent pour maintenir un homme dans le coma, ce qui revient pour moi à appliquer une sorte de torture.

«

Le plus beau 
paysage du monde, c’est celui que l’on voit d’Ouchy»

C’est pour cela qui vous avez accepté de créer la pièce de Niels Arestrup, «Big Apple», où vous jouez l’épouse de Christophe Malavoy, atteint d’une maladie incurable, qui décide d’aller se donner la mort à Zurich?
J’avais envie d’aborder ce sujet-là car il me touche profondément. Mon père est médecin, ma mère, qui était Belge, a été très malade. Elle ne voulait pas d’acharnement thérapeutique. Elle m’avait fait promettre de ne jamais la voir en situation de déchéance. Pour respecter ce choix, je me souviens m’être éclipsée de sa chambre des soins palliatifs.

Vous aimez que vos personnages transmettent des messages forts…
J’aime quand les textes véhiculent un thème dont j’ai envie de débattre, et qu’ils soient habités. Il y a tant de chose à dire sur notre terrible humanité. Actuellement, je prépare la lecture d’un texte sur le massacre des Tutsi par les Hutu au Rwanda. J’ai aimé jouer dans un téléfilm – Un viol de Marion Sarraut – qui aborde la question du viol et la difficulté pour les femmes violées de faire reconnaître ce crime. Mais j’accepte aussi des rôles plus légers, comme celui de la maman d’Yves Saint Laurent dans le film de Jalil Lespert (ndlr: «Yves Saint Laurent», encore sur les écrans romands).

Et cette série policière belge «A tort ou à raison» où vous êtes juge d’instruction?
J’ai été contente de jouer dans cette série, qui montre la Belgique d’aujourd’hui et la manière souvent originale dont elle traite les problématiques de société: la justice pour les mineurs, le racisme… Cela m’a plu que la Belgique soit le personnage principal de la série. Il est fini le temps où l’on choisissait Yves Montand, avec son accent marseillais, pour jouer un Belge! Aujourd’hui, les Belges jouent des Belges, ils font du cinéma, ils exportent leur humour. La Belgique a beaucoup évolué ces dernières années.

Pourquoi vous êtes-vous installée en France?
Quand j’ai quitté la Belgique, il y a plus de vingt ans, c’était un pays extrêmement arriéré. C’est l’entrée dans l’Europe qui l’a fait s’ouvrir et changer. J’avais choisi de venir en France parce qu’il me semblait que je pourrais y vivre tout ce que j’avais envie d’entreprendre. Il y flottait une électricité qui était très énergisante. Je me suis installée chez une amie belge. On vivait à dix dans 10 m2, on était étudiants ou apprentis comédiens. On s’est débrouillés.

Plutôt bien, pour vous?
Il y a des années où je travaille plus. J’ai fini 2013 sur les rotules car j’ai enchaîné quatre films, deux pièces, des lectures. Cette année, j’ai envie de me recentrer sur mon projet: la réalisation d’un long métrage dont j’ai écrit le scénario.

Avez-vous déjà eu l’impression de jouer le rôle de votre vie?
Plusieurs fois, alors j’ai cessé de m’attarder sur cette impression! Je me souviens avoir eu du mal à me remettre d’avoir incarné Chimène dans Le Cid de Corneille, et aussi Célimène dans Le Misanthrope de Molière. Marguerite Duras m’a aussi laissé un grand souvenir. Dans Big Apple, la pièce d’Isabelle Le Nouvel qui parle de la fin de vie, j’ai cette chance inouïe de pouvoir m’adresser directement aux spectateurs et leur dire: Vivez intensément, chaque seconde, parce que vivre est formidable.

Marianne Basler

Zoom et contrechamps

Côté jardin. Marianne Basler, qui aura 50 ans le 9 mars prochain, vit dans une belle maison de l’ouest parisien avec ses deux grands enfants et son compagnon, entourée d’œuvres d’art et de livres.

Côté parcours. La carrière cinématographique de Marianne Basler a commencé en 1981 dans «Meurtre à domicile» aux côtés d’Anny Duperey et de Charles Berling. C’est son interprétation dans «Rosa la rose, fille publique» de Paul Vecchiali qui lui vaut une nomination pour le meilleur espoir féminin et lui apporte la notoriété. Au théâtre, elle brille tout autant: elle a remporté le prix de la critique en 1999 dans «Le Misanthrope» et a été nominée aux Molières en 2000.

Côté projets. Marianne Basler sera à l’affiche du téléfilm de Marion Sarraut, «Le premier été», prochainement diffusé sur France 2, dans un théâtre parisien pour reprendre «Big Apple» de Niels Arestrup, avant de partir pour une grande tournée.

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Francine Bajande
Publication:
lundi 24.02.2014, 14:00 heure

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