Martin Gore est le cofondateur et compositeur de Depeche Mode depuis 1980.

«Ma fille me rend optimiste»

Depeche Mode Le trio anglais jouera à Zurich le 18 juin. Rencontre de son guitariste et compositeur Martin Gore.

Depeche Mode a marqué l’histoire de la musique populaire, vendu une centaine de millions de disques et rempli les stades du monde entier. Trente-sept ans après sa formation en Angleterre, l’inimitable groupe electro-rock n’est toutefois pas disposé à ronronner sur ses lauriers.
Plus pertinent que jamais, il publie Spirit, un quatorzième album ténébreux et politique. Douze chansons qui s’insurgent contre un monde «qui fait marche arrière», la montée des nationalismes ou le fanatisme religieux. Et que le chanteur Dave Gahan, le guitariste et compositeur Martin Gore et le claviériste Andy Fletcher défendront sur scène le 18 juin au stade du Letzigrund, à Zurich, dans le cadre de la tournée mondiale Global Spirit. Pour l’évoquer, Martin Gore nous a reçus en exclusivité dans un palace londonien. Le Britannique de 55 ans, installé à Santa Barbara et père de trois enfants avec sa première femme, vient juste d’agrandir sa famille avec sa seconde épouse.

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Vous avez écrit la majorité des textes de «Spirit» avant le Brexit et l’élection de Donald Trump. Aviez-vous deviné ce qui allait se passer?
En effet, j’ai écrit ces chansons entre mi-2015 et début 2016 donc avant le référendum sur le Brexit et l’arrivée de Trump au pouvoir. Mais la campagne électorale aux États-Unis avait déjà commencé et j’ai donc pu observer le cirque que constitue la politique américaine. Je n’arrivais pas à croire que nous puissions placer notre avenir entre les mains de ces gens-là. Au départ, une myriade de candidats briguait l’investiture de chaque parti et tous semblaient être un très mauvais choix!

Comment avez-vous vécu le Brexit en tant que Britannique installé en Californie?
J’ai été horrifié par le Brexit parce que je me suis toujours considéré comme un Européen plus même que comme un Britannique. La façon dont le monde se fracture actuellement est assez effrayante. Je suppose que je suis un idéaliste. J’ai la vision d’un monde uni où l’on cohabiterait tous en harmonie mais les choses ont vraiment mal tourné.

Gardez-vous un peu d’espoir même si vous dites «Nous avons échoué» et «Nous sommes fichus» dans «Fail», le titre qui clôt l’album?
Après les rejets successifs de l’interdiction d’entrée des musulmans aux USA, j’ai un peu plus confiance en le système politique américain. Je craignais que tout le programme électoral de Trump ne soit immédiatement entériné mais on dirait qu’il va devoir se démener pour y arriver, ce qui me redonne un peu d’espoir en l’humanité.

Et en Grande-Bretagne?
Je suis curieux de voir ce qui va se passer. D’un point de vue économique, le Brexit ne sera sans doute pas bon pour la Grande-Bretagne. Je ne vois pas comment revenir aux soucis de passeports ou aux taxes d’importation et d’exportation pourrait être bénéfique à quiconque. Le Brexit me semble aussi mauvais d’un point de vue éthique. Nous faisons partie de l’Europe depuis si longtemps et nous sommes nombreux à nous sentir Européens.

«

J’ai la vision d’un monde où l’on vivrait en harmonie, mais les choses ont mal tourné»

Depeche Mode existe depuis près de 40 ans. Le monde n’a-t-il pas aussi traversé des périodes difficiles dans les années 1980 par exemple?
C’est vrai mais je trouve que la situation est bien pire aujourd’hui parce que nous affrontons de plus grands dangers. La présence de Trump à la Maison-Blanche est inquiétante parce que je pense qu’il est fou. Il est si susceptible qu’il ne supporte pas qu’on le parodie dans l’émission Saturday Night Live. Qu’est-ce qui va se passer si la Corée du Nord continue de le provoquer? Nous n’avions plus à faire face à une menace nucléaire depuis longtemps. Et puis un homme au pouvoir qui ne croit pas au changement climatique ne présage rien de bon.

C’est à votre fille, née tout dernièrement, que vous chantez la ballade «Eternal»? Vous lui racontez que vous l’aimerez toujours, même lors de l’apocalypse nucléaire?
Oui, cette chanson est presque comme un interlude parce qu’elle est très brève. En effet, j’y évoque une potentielle apocalypse nucléaire mais c’est presque de l’humour noir. Cela dit, nous devons prendre cette menace au sérieux.

Est-ce que le fait d’être à nouveau papa depuis peu vous oblige à positiver?
Quand je suis avec mes enfants, je me sens plus optimiste. J’ai une fillette de treize mois et une autre âgée de deux semaines qui est née peu avant que je ne vienne en Europe pour faire la promotion de cet album. Évidemment, c’est génial d’être à nouveau papa et de passer du temps avec mes enfants. Mais en tant que parent je me fais du souci pour leur avenir.

Emmenez-vous votre famille en tournée avec vous?
Oui, ma femme a l’intention de se baser à Londres et ensuite de me rejoindre pour quatre ou cinq jours d’affilée, toutes les deux semaines, pendant que le groupe est en tournée en Europe.

Comment sentez-vous cette tournée?
On a senti beaucoup d’amour de la part du public lors du premier concert que nous avons donné pour promouvoir l’album. Cela nous a rappelé le plaisir que nous avons à nous produire sur scène. On se réjouit vraiment de repartir sur les routes.

Dave Gahan vous a comparé à un dictateur dans une récente interview. Êtes-vous dictatorial dans le groupe?
Un autre journaliste m’a posé une question semblable dernièrement. J’ai répondu qu’en toute honnêteté, je ne m’étais jamais senti comme un dictateur. Et il a rétorqué «oui mais les dictateurs n’ont jamais le sentiment d’être des dictateurs!» (Il éclate de rire) Sincèrement, je n’ai jamais été dictatorial. Je ne pense pas que cela soit un trait de ma personnalité.

Il semble qu’il existe toujours une rivalité entre Dave et vous parce qu’il souhaite composer plus de chansons pour le groupe qu’il ne le fait actuellement.
Je pense que cette rivalité est naturelle parce j’ai composé toutes les chansons du groupe de 1982 à 2005, à l’exception d’un ou deux titres signés Alan Wilder. J’ai eu un choc quand Dave a décidé qu’il voulait contribuer à l’écriture des chansons. Il m’a fallu un peu de temps pour me faire à l’idée. Mais je ne pense pas que cela signifie que je suis un dictateur! (Il éclate de rire)

On vous a vu à Baselworld, où Depeche Mode a présenté une montre développée avec Hublot, en vue de récolter des fonds pour favoriser l’accès à l’eau potable dans des pays en crise. Êtes-vous collectionneur de montres?
Non mais je suis un fervent supporter de Charity: Water. Nous avons un partenariat avec cette organisation caritative et Hublot. Lors de notre dernière tournée, nous avions créé deux éditions limitées à 250 exemplaires et un pourcentage des recettes est allé à Charity: Water. Nous avions aussi organisé une grande vente aux enchères à Moscou et fini par récolter près d’un million et demi de francs pour cette organisation.

Êtes-vous aussi ponctuel que les Suisses?
Croyez-le ou non, je suis très ponctuel. Je me sens toujours coupable si je suis en retard.

Vous revenez en Suisse dans une dizaine de jours pour un concert. Que vous évoque notre pays?
Chaque fois que je viens en Suisse, je me dis que je pourrais y vivre. Chaque lieu où nous allons est simplement magnifique. Lors de notre dernière visite, nous avons logé à Zurich, au Dolder Grand. Comment peut-on ne pas aimer cet endroit? Je me souviens aussi d’un concert à Berne. Un vrai décor de carte postale avec les vaches, les cloches et les chalets en bois. La Suisse est un pays superbement pittoresque. 

Le Britannique se verrait bien vivre en Suisse.

Un groupe indémodable

Formé en 1980 à Basildon, Depeche Mode est d’abord un quartet avant de devenir un trio en 1995, suite au départ d’Alan Wilder. Le combo anglais connaît rapidement le succès avec des tubes electro-pop sautillants avant d’incorporer des sonorités industrielles, rock et blues à sa marque électronique. Il a su depuis traverser les modes et surmonter les rivalités internes. En concert le 18 juin à Zurich.

La tournée de Depeche Mode et les réservations pour les concerts

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Miguel Cid

Rédacteur

Photo:
Keystone, Getty Images
Publication:
lundi 05.06.2017, 13:50 heure



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