Avec sa fille Charlotte, ici à Villars (VD) où la championne s’entraîne très souvent. 

Maude Mathys: «Ma fille me fait oublier le chrono»

Rencontre Maude Mathys sera cette semaine aux Championnats du monde de ski-alpinisme. La championne nous parle de sa vie, de sa famille, de son avenir.

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Être au départ de la Patrouille des Glaciers en famille, ce serait génial! »

Maude Mathys, vous êtes à la fois dans l'élite mondiale en ski alpinisme et course à pied et mère de famille. Comment conciliez-vous les deux?
Ma vie est bien organisée! Quand Charlotte était encore un bébé, je la prenais lors des entrainements. Pour la course à pied par exemple, je la mettais dans la poussette devant moi. L'hiver, je privilégiais les sessions de ski de fond où je l'installais derrière moi sur une luge.

Maintenant qu'elle a quatre ans, je m'entraine quand elle est à la garderie ou chez ses grands-parents. Mes journées se modulent en fonction de son rythme. Je n'ai pas envie de passer cinq heures à l'entrainement et de la savoir chez une nounou. Mon but est de partager du temps avec elle et comme je m'entraîne seule, sans coach, j'arrive à bien m'organiser.

Au total combien d'heures par semaine passez-vous en entraînement?
Environ 9 à 10 heures en moyenne par semaine, ce qui n'est pas énorme. Et en période de compétitions, je suis autour des 6 heures hebdomadaires, soit pas plus d'une heure par jour.

Le chocolat et moi, ça ne fait qu’un! J’adore!

Vous nous avez donné rendez-vous à Villars, juste en dessus de chez vous. C'est une station que vous fréquentez souvent?
Oui car je m'y sens bien. Adolescente, je venais parfois skier ici avec mes amis. Aujourd'hui, c'est à 20 minutes de chez moi et c'est donc devenu mon terrain d'entraînement. Je monte souvent jusqu'à Chamossaire ce qui fait 850 mètres de dénivelé depuis la station. Une sortie idéale lorsque je n'ai que deux heures trente à disposition car j'optimise mon temps sur les skis.

L'année 2011 a été charnière. En avril, vous avez mis au monde Charlotte et en octobre vous avez intégré l'équipe nationale du Club alpin suisse, basculant ainsi chez les élites. Comment cela a-t-il été possible?
Avant d'être enceinte, j'avais déjà beaucoup travaillé pour acquérir une base solide. Pendant ma grossesse, j'ai continué à faire de longues sorties d'endurance car je me sentais bien. Au fil des mois, en prenant du poids, je me suis ainsi musclée. Et quand j'ai accouché, je me suis tout à coup sentie légère et j'ai eu l'impression de voler. Six mois après, j'ai couru le Kilomètre Vertical de Fully (ndlr: une course de 1000 mètres de dénivelé sur 1900 mètres de distance) et je suis arrivée à 50 secondes du record du monde féminin. C'est là que l'entraîneur de l'équipe nationale du CAS m'a repérée et m'a proposé d'intégrer le team pour la saison d'hiver.

Analyser, planifier, elle ne peut se passer de l’ordi

Qu'est-ce que ce passage chez les professionnels a changé dans votre vie?
Durant la première année, j'ai gardé mon travail d'infirmière à 60%, tout en courant en Coupes du monde et en élevant Charlotte. Mais à la fin de la saison, nous avons réalisé avec mon mari que c'était trop. Nous avons ensuite décidé que ça valait la peine que j'explore mon talent et j'ai laissé de côté mon travail.

Etre maman dans ce milieu, vous le vivez comme un avantage ou un inconvénient?
C'est sûr que les compétitrices qui n'ont pas d'enfant peuvent se concentrer à 100% sur leurs performances. Au niveau des entraînements, c'est vrai que c'est un peu pénalisant d'être mère de famille. Mais d'un autre côté, si l'on dévoue toute sa vie à la compétition, c'est très difficile de garder le moral dans les mauvaises passes. Ma famille m'aide à garder un équilibre, à relativiser les résultats et à relâcher la pression. Je le prends finalement comme un gros avantage.

Qu'est-ce qui vous plaît dans cette vie de sportive de haut niveau?
J'ai toujours été très compétitrice. Entre 9 et 18 ans, je faisais des courses d’athlétisme. Quand j'ai commencé le ski alpinisme avec mon mari, je me suis dit que j'y allais juste pour le plaisir. Mais le virus de la compétition m'a vite rattrapée! Quelques mois après, j'étais sur la ligne de départ, les skis aux pieds. J'aime cette adrénaline, cette sensation de stress avant les courses. Et c'est finalement gratifiant, car on voit que tout le travail effectué finit par payer.

Interview avec Laetitia Roux

Quel souvenir gardez-vous de votre première course sur les skis?
C'était aux Gastlosen en 2008 aux côtés de mon mari et ce n'était pas franchement une réussite! (Rires) En descente, c'était difficile, je tombais à chaque virage. A l'issue de la course, je ne me voyais pas continuer dans ce sport. Mais en même temps,  j'avais envie de réussir à suivre mon mari et j'ai croché. Et de fil en aiguille, j'ai progressé jusqu'à le dépasser et à me rapprocher des meilleurs mondiaux, avec pour objectif les podiums.

Et vous y êtes! Vous avez battu le record sur le grand parcours de la Patrouille des Glaciers en 2014, avec Laetitia Roux et Séverine Pont-Combe en 7 heures et 27 minutes. Vous êtes championne suisse de ski alpinisme et deuxième au classement mondial, championne suisse de course de montagne (pour ne citer que ça). Que pouvez-vous espérer de mieux?
C'est vrai qu'aujourd'hui mes rêves sont réalisés. J'ai prouvé que j'étais dans les meilleures mondiales. Mais j'avoue qu'il me reste un fantasme: gagner une course devant les hommes. Etre la première parmi tous les coureurs, pas seulement les femmes. Ca serait assez jouissif! (Rires)

Les derniers mètres avant l’arrivée

Cette fin de semaine, vous disputerez les Championnats du monde en visant le podium. Et après?
Ca fait un an qu'avec mon mari, nous songeons à avoir un deuxième enfant. Donc la suite de ma saison dépendra de mon état physique. Depuis le mois d'octobre, j'ai freiné mon rythme de course avec ce projet de maternité en tête. Et je ne crains pas pour la suite de ma carrière sportive, car ma première grossesse m'a plutôt boostée!

Vous imaginez-vous encore sur le circuit dans cinq ou dix ans?
Dans cinq ans, je me vois encore disputer des records, mais plutôt en course à pied. C'est une discipline où les entraînements se concilient plus facilement avec une vie de famille. En ski alpinisme, je pense courir encore deux ou trois saisons sur le circuit de la coupe du monde. Mais je continuerai certainement les compétitions toute ma vie. J'ai ça dans le sang! Et si une fois, on pouvait prendre le départ de la Patrouille des Glaciers en famille, ça serait génial!

En dehors des courses, vous arrive-t-il d'aller en montagne tranquillement, pour profiter du paysage?
Avant d'avoir Charlotte, je partais souvent dans cette optique de prendre le temps, avec un bon pique-nique dans le sac. Mais je me rends compte qu'à chaque fois, je me finissais par y aller à fond. J'ai horreur de m'arrêter avant le sommet. C'est fou, mais c'est comme ça, c'est mon caractère. Maintenant quand on se balade en famille, je suis obligée de baisser le rythme. Ma fille m'a fait découvrir la lenteur et m'aide à oublier le chrono.

Interview dans l’étape d’une course

4 dates dans la vie d’une championne

1987 Naît à Blonay, le 14 janvier. Elle est la première d’une famille de trois enfants.

1991 L’année des premières compétitions de course à pied et des premiers podiums, elle a 4 ans.

2006 Maude Mathys rencontre son mari qui l’a initiée au ski-alpinisme et aux courses.

2011 Elle donne naissance à sa fille Charlotte en avril et rejoint l’équipe nationale du Club alpin suisse en octobre.

http://maude.mathys.over-blog.com/

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Sophie Dorsaz

Rédactrice

Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 02.02.2015, 16:00 heure



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