La chanteuse Mayra Andrade: «J’ai envisagé de devenir psychologue clinicienne. Mais je chantais tout le temps, c’était comme boire ou manger pour moi…»

«Je fonctionne 
à l’instinct»

Mayra Andrade, qui aura 29 ans le 
13 février, et qui vient de chanter à Lausanne, est 
nominée aux Victoires de la Musique, le 14 février, 
pour son dernier album «Lovely difficult». La 
reconnaissance d’un parcours atypique. Rencontre.

Clip

Interview

Coopération.  Avoir 29 ans la veille des Victoires de la Musique, c’est un beau clin d’œil de la vie, non?
Mayra Andrade.  Oui! Je suis heureuse que ce quatrième album ait été repéré. Il correspond bien à l’artiste que je suis devenue ces dernières années à Paris. Je me suis ouverte à la pop, j’ai absorbé les influences d’autres styles musicaux. Je suis désormais une afropolitaine: je revendique mes origines africaines, capverdiennes, mais je me sens terriblement cosmopolite.

Pourquoi êtes-vous venue vous installer à Paris lorsque vous aviez 16 ans?
J’ai un lien très fort avec la culture française. J’ai passé l’essentiel de ma scolarité dans les écoles françaises des différents pays, où mon beau-père diplomate nous a fait vivre.
Quand j’ai remporté le concours des Jeux de la Francophonie en 2001, j’ai reçu une bourse pour un stage de perfectionnement vocal et j’ai choisi de l’effectuer à Paris, ville cosmopolite par excellence. Je me vois encore débarquant dans cette capitale tant admirée, mais si peu accueillante, où il faut avoir le cuir dur pour survivre.
J’allais au devant des autres et me présentais: Bonjour, je m’appelle Mayra, je suis chanteuse et j’aimerais faire de la scène.

Cette spontanéité vous a plutôt réussi!
Oui. Mais j’ai eu de la chance aussi. A Paris, j’ai retrouvé un Français qui avait travaillé au centre culturel français du Cap-Vert et qui s’est démené pour me trouver des concerts. On filmait les concerts, on les envoyait aux programmateurs des festivals qui m’embauchaient. En Suisse plusieurs fois…
C’est ainsi que j’ai accumulé dix ans de scène avant d’enregistrer un premier disque. Ce premier disque aussi je le dois à la chance. Un chef de projet de chez Sony m’avait entendue en concert et avait eu un coup de cœur pour moi. A son tour, il s’est démené pour me faire signer un contrat de disque.

Cela représente quoi l’enregistrement d’un album, pour vous?
L’obligation de me domestiquer. Je fonctionne à l’instinct. Je n’aime pas chanter mes chansons de la même manière, je cherche toujours une autre façon de les aborder. Sur scène, c’est possible. L’improvisation seule ou avec les musiciens apporte quelque chose d’unique à un concert.
En studio, il faut que je me dompte. Car le disque inscrit le travail dans le temps. Cela invite au perfectionnisme, à refaire une nouvelle prise, encore et encore. Cela nécessite de l’endurance.

«

Cesaria Evora m’a dit: «C’est le public qui décide de te mettre en haut…»

D’où vous vient votre vocation de chanteuse?
Je ne sais pas. Je suis la première artiste de ma famille. Ma mère, qui a fait des études, ne voyait d’ailleurs pas d’un très bon œil que je veuille chanter. Elle m’a poussée à poursuivre des études.
J’ai envisagé un temps de devenir psychologue clinicienne. Mais je chantais tout le temps, c’était comme boire ou manger pour moi.
A 12 ans j’ai rencontré Cesaria Evora en Allemagne. Je suis allée lui apporter des fleurs sur scène. Je lui ai parlé de mon ambition, devenir chanteuse et elle m’a dit une chose que je n’ai jamais oubliée: C’est le public qui décide de te mettre en haut…ou pas. Plus tard, quand j’ai gagné un prix au Canada, je suis allée lui montrer ma médaille, elle m’a fait visiter sa maison, m’a montré ses prix à elle. Il y en avait beaucoup. Ensuite, on ne s’est jamais perdues de vue. On s’est croisées dans les aéroports, j’allais lui rendre visite à l’hôpital à Paris quand elle était malade. Je l’aimais beaucoup. Elle avait cette liberté d’être, de penser et de s’exprimer des femmes capverdiennes. Et la chaleur aussi.

Vous souffrez de solitude, thème que vous abordez dans l’une de vos dernières chansons?
Je suis seule, sans ma famille et sans repères capverdiens autour de moi, mais je ne suis pas isolée pour autant. Je fais 120 concerts par an à travers l’Europe, avec des musiciens. J’ai un compagnon. Et un bon réseau de camarades artistes: Benjamin Biolay, Tété, Yael Naim, qui m’écrivent des chansons.

Que faites-vous quand vous ne chantez pas?
Il ne me reste pas beaucoup de temps: mon métier m’accapare beaucoup. J’aime bien le cinéma, j’ai une carte d’entrées illimitées. J’aime bien la compagnie de personnes plus âgées que moi. Je discute volontiers. Je ne m’intéresse pas à la politique mais aux grandes causes. Je suis la marraine d’un hôpital psychiatrique pour enfants au Cap-Vert.

Comment êtes-vous accueillie quand vous revenez au pays?
Les gens sont fiers de moi. D’autant que je m’affirme de plus en plus comme une chanteuse avant d’être Capverdienne. Ma mère me soutient et suit tout ce que je fais au quotidien. Elle a un «Google Alertes» et est au courant de tout ce qui se dit sur moi. Elle s’implique dans mes choix. Pour moi, elle est un phare. Le phare qui me permet de ne pas échouer.

Mayra Andrade

Adorable… mais pas que!

28 ans plus pour longtemps. Mayra est née le 13 février 1985 à La Havane. Elle a débuté sur scène à 15 ans. Et vit à Paris depuis douze ans.

Citoyenne du monde. Capverdienne, Mayra a vécu dans de nombreux pays: Sénégal, Angola, Allemagne, France… Dans son dernier album, elle chante dans quatre langues: français, kriolu (créole capverdien), portugais et anglais.

Son repère absolu. Sa mère. Elle lui a d’ailleurs dédié la chanson «Meu Farol», mon phare, dans son nouvel album.

«Lovely difficult». C’est le surnom que lui donne son compagnon. Parce qu’elle est adorable… mais pas que! Ce surnom est devenu le titre de son quatrième album (Sony Music) qui compte des contributeurs prestigieux: Yael Naim et David Donatien, Piers Faccini, Tété, Benjamin Biolay, Hugh Coltman, Krystle Warren, Pascal Danae, Mario Lucio Sousa…

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Francine Bajande
Publication:
lundi 10.02.2014, 00:00 heure

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