Michel Drucker, animateur TV: «J’aime concevoir des émissions pour montrer aux gens ceux qu’ils aiment et ceux qu’ils pourraient aimer demain.»

«Mon salut? Ma femme»

Michel Drucker fait partie du paysage audiovisuel français depuis près de cinquante ans. Il nous parle de son parcours, de son pays, de la notoriété et de ses revers. Et notamment de son rapport à la Suisse. 

Coopération. Comment fait-on pour devenir un Français aussi populaire que vous?
Michel Drucker. Il faut avoir une revanche à prendre! Jusqu’à 18 ans, j’ai fait le désespoir de mes parents, parce que je ne réussissais pas à l’école aussi bien que mes frères. Qu’est-ce qu’on va faire de toi?, soupiraient-ils. Je suis le seul homme de télé dont le père a téléphoné au directeur d’antenne pour lui dire: Vous êtes fous d’engager mon fils, il n’a aucun diplôme! Cela m’a donné très envie de réussir quand même. Mais j’ai travaillé dur: j’ai mis quarante ans à rattraper mon inculture. Je suis un autodidacte qui s’est fabriqué des prothèses d’année en année, en lisant tout ce qui est passé à ma portée, en écoutant la radio, en entraînant ma mémoire.

Vous n’avez jamais eu peur de prendre la grosse tête?
Je suis bien trop anxieux pour cela. Il m’a fallu des années pour me détendre. Au début de ma carrière j’ai eu, coup sur coup un zona, un ulcère à l’estomac, je me rongeais les ongles. Et puis, j’ai eu un garde-fou salutaire, ma femme depuis quarante-deux ans, Dany. Je lui dois de m’avoir mis en garde contre l’excès de confiance, et apporté une stabilité affective. Car la popularité est violente. Déstabilisante. Je me souviens d’un soir où, de passage dans une ville en France, je me voyais sur tous les écrans de télé que j’apercevais. A un moment, je suis rentré dans un café, les clients regardaient à la télévision l’émission que j’avais enregistrée, se tournaient vers moi, silencieux, puis se retournaient vers la télé, comme s’ils avaient une hallucination. Com- me si je n’étais pas de la même essence qu’eux.

«

C’est pourquoi j’ai beaucoup de tendresse pour les tombés du train»

Quel a été votre secret pour durer?
J’ai toujours pensé que la nuit était faite pour dormir, que la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt et qu’il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers. Dans mon métier, tout peut arriver du jour au lendemain. J’ai eu peur d’être oublié avant même d’être connu. J’ai frôlé le gouffre à l’âge de 26 ans, en mai 68. Je travaillais à l’ORTF (ndlr: Office de radiodiffusion-télévision française) depuis cinq ans, dans l’ombre du géant qu’était alors Léon Zitrone. Quand il sortait dans la rue, il provoquait aussitôt un attroupement! Et un jour, fini. Il a été destitué et moi avec… C’est pourquoi j’ai beaucoup de tendresse pour les tombés du train.

Vous pensez à qui?
Dans mon livre, je raconte cette scène où Zitrone star déchue, croisant Patrick Sébastien, star montante, dans l’ascenseur lui demande: «Eh petit, toi qui as le bras long, tu ne pourrais pas me trouver quelque chose!»
Ceux qui gardent la tête haute malgré les revers de fortune me fascinent. Un jour, j’ai demandé à Hillary Clinton comment elle avait fait pour surmonter l’affaire Lewinsky. Elle m’a dit: On se lève le matin, on se fait belle, on se met un sourire en position 10, on traverse la Maison- Blanche sans saluer son mari qui dort sur le canapé depuis trois mois et on se dit: ça n’est pas une petite stagiaire qui va foutre en l’air ma vie, car Bill est l’homme de ma vie.
En Suisse, sortir du rang et devenir célèbre, reste compliqué. Comment ça se passe en France?
Quand la réussite est spectaculaire et qu’elle s’accompagne de signes extérieurs de richesse, il faut se la faire pardonner aussi. Je viens d’une époque où la popularité se méritait. Elle était le fruit d’un travail, d’un engagement, d’un talent particulier. Aujourd’hui, il suffit de passer à la télé. Voyez Nabilla. C’est quoi son métier? Etre devenue célèbre dans une émission de télé-réalité.
Ma chienne, qui m’accompagne sur les plateaux, est la plus célèbre de France! Je me méfie de ces engouements passionnés et soudains. Pour s’inscrire durablement dans le cœur des gens, il faut lui donner des gages. Ne pas brûler les étapes.

La France a-t-elle des artistes aussi méritants aujourd’hui qu’à vos débuts d’animateur?
La France reste un vivier de talents extraordinaires; ce qui me gêne, c’est la place trop importante donnée à des Nabilla. Mais les Souchons et les Belmondos de demain existent. Il y a des acteurs magnifiques en France, le cinéma français est le plus dynamique d’Europe, la chanson française prouve sans cesse que la relève des Brels, des Grécos, des Aznavours, des Hallydays est assurée. Je pense à Zaz, Abd Al Malik, Grand Corps Malade…

«

Je suis venu en Suisse interviewer Brel, à Cointrin, quand il apprenait à piloter»

Et la Suisse, pour vous?
Je l’ai d’abord connue comme reporter sportif. J’y venais pour suivre le Servette de Genève, le FC Sion… Plus tard, j’y suis venu pour interviewer des artistes: Jacques Brel, qui a vécu un an à Cointrin dans une chambre meublée parce qu’il apprenait à piloter, la chanteuse Frida du groupe Abba à Zermatt, Petula Clark…
Je la connais aussi pour les exilés fiscaux de mes amis qui s’y sont installés. La liste est longue: Alain Prost, Nana Mouskouri, Charles Aznavour.
A chaque fois que je viens en Suisse, je suis charmé par la beauté des paysages, le calme qui en émane, le sentiment d’y être protégé, mais je ne me verrais pas y vivre. D’ailleurs, votre grand sportif qui est pour moi l’un des plus grands champions du monde, Roger Federer n’habite plus en Suisse!
Je reconnais cependant que tous mes copains qui vivent en Suisse me répètent: Tu n’imagines pas le bonheur que c’est de vivre en Suisse.

Vivement Drucker

Zoom en dates

1942. Naissance en France, d’un père médecin d’origine roumaine et d’une mère d’origine autrichienne. Il est l’enfant du milieu entre Jean, énarque, dirigeant de télé, décédé en 2003 et Jacques, éminent professeur de médecine. Il a une «jumelle de cœur» ainsi qu’il appelle sa coproductrice Françoise Coquet, née le même jour et la même année que lui.

1964. Premiers pas dans le métier de journaliste en intégrant l’ORTF (radio et télévision publiques). Il est reporter, commentateur sportif et travaille sous la houlette de Léon Zitrone.

1975. Il décide de se consacrer entièrement à l’animation et à la production d’émissions de divertissement: «Les Rendez-vous du dimanche», «Champs-Elysées», «Stars 90», «Studio Gabriel», «Vivement Dimanche»…

Actualité 2013. Lui qui a vu se faire et se défaire des popularités publie «De la lumière à l’oubli» (Editions Robert Laffont). Il sera dimanche à 14 h 15 sur le plateau de France 2 dans «Vivement Dimanche».

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Afp Imageforum, Philippe Perusseau/Allpix Press
Publication:
lundi 14.10.2013, 13:58 heure

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