Matthias Strub analyse l’activité du cerveau de son patient durant le sommeil de celui-ci.

Mieux comprendre le sommeil

Nuit Tomber dans les bras de Morphée n’est pas toujours simple. En Suisse, une personne sur trois est concernée par les troubles du sommeil. Matthias Strub, médecin du sommeil, étudie ce qui gâche nos nuits.

Les hôtes de Matthias Strub passent généralement la nuit chez lui. Ce neurologue et médecin du sommeil de 50 ans ne gère pas un hôtel. Il dirige un laboratoire du sommeil. Ou plus exactement, il est coordinateur du centre de médecine du sommeil de l’hôpital Bethesda à Bâle. Ceux qui dorment chez lui ne le font en principe pas de gaieté de cœur. «Lorsque les patients arrivent chez moi, ils ont déjà une longue souffrance derrière eux», résume-t-il. Rien d’étonnant à cela: les troubles du sommeil peuvent rendre sérieusement malade. Or ils sont largement répandus.
Les études montrent qu’environ un tiers de la population en souffre à un moment ou à un autre. Comme par exemple Albert* (51 ans), qui souhaite rester anonyme. L’homme se plaint depuis
 longtemps d’une grande fatigue. «Bien que je ne travaille qu’à 50%, j’ai de la peine à rester éveillé pendant le trajet. Il m’arrive de devoir arrêter la voiture pour me reposer un peu», dit-il, tandis que Vivien Kromer, technicienne du laboratoire, le prépare pour la nuit en le «câblant».
Cet équipement médical impressionnant n’est toutefois pas douloureux ni même désagréable pour le patient. «Albert représente un cas typique, explique Matthias Strub. Il dit bien dormir, tout en ressentant une grande fatigue la journée. De plus, il doit effectuer un trajet de cent kilomètres en voiture pour se rendre au travail.»

L’assistante marque les points sur lesquels seront posés les capteurs.

Une pathologie, plusieurs causes

La tâche du médecin est de trouver ce dont souffre Albert, ce qui n’est pas simple. L’insomnie, comme la fatigue extrême, présente différents symptômes et peut avoir de nombreuses causes.
Dans le cas de personnes qui prétendent dormir bien et suffisamment, mais se plaignent d’états de fatigue, voire d’épuisement, «cela peut être causé par un problème physiologique, indique le neurologue. Souvent l’apnée ou le syndrome des jambes sans repos.» Les personnes atteintes d’apnée cessent momentanément de respirer en dormant, sans s’en rendre compte (lire l’interview du Dr Heinzer ci-dessous). Le syndrome des jambes sans repos, lui, provoque le besoin de bouger les membres inférieurs même pendant le sommeil.

Vivien Kromer, technicienne du laboratoire, prépare Albert pour sa nuit en observation.

Gare aux insomnies qui perdurent

Si les patients ont de la peine à s’endormir ou se réveillent au cours de la nuit sans parvenir à retrouver le sommeil, les causes peuvent souvent être d’ordre psychologique. Celles-ci ne doivent pas être sous-estimées. L’insomnie qui résulte du ressassement de problèmes peut se transformer en un véritable trouble du sommeil. En effet, lorsqu’une personne a pendant trop longtemps un sommeil perturbé, le centre du sommeil dans le cerveau s’habitue à cette situation et désapprend à dormir. On parle alors d’«insomnie acquise», ou insomnie chronique. Si celle-ci dure plus d’un mois, elle doit être traitée. Le patient est orienté vers une thérapie cognitivo-comportementale pour démystifier les croyances face au sommeil, et diminuer le lien que font les gens entre la nuit présente et les performances du lendemain.
Bien que ces diagnostics puissent être établis après une nuit dans le laboratoire du sommeil, Matthias Strub révèle que les patients ont souvent des antécédents. Selon lui, «près de 30% des personnes chez lesquelles nous diagnostiquons une apnée du sommeil sont déjà traitées avec des antidépresseurs». Sur la base d’un diagnostic erroné dans la majorité des cas!

Matthias Strub vient vérifier une dernière fois que tout soit prêt pour la nuit.

Une meilleure qualité de vie

Dans le laboratoire du sommeil, les patients sont munis d’électrodes reliées à des câbles, qui  mesurent les flux cérébraux, enregistrent les mouvements et la respiration. Et le sommeil est contrôlé visuellement à l’aide de caméras infrarouges. «Ainsi presque rien ne nous échappe et nous sommes généralement en mesure d’établir un diagnostic. Comme il existe des traitements efficaces pour l’apnée et le syndrome des jambes sans repos, les patients bénéficient ensuite d’une nette amélioration de leur qualité de vie.»
S’il est admis qu’un manque de sommeil ou une perturbation du sommeil peut rendre malade, comment définir un bon sommeil? Y a-t-il une manière correcte de dormir, une durée idéale du sommeil? Le spécialiste hausse les épaules. «Le besoin de sommeil varie avec les individus, déclare-t-il. Certains se contentent de dormir six heures, d’autres ont besoin de neuf heures. Ces variations sont normales.»
Par contre, il ne croit pas les gens qui, comme bon nombre de politiciens ou de managers, prétendent vivre bien avec moins de cinq heures de sommeil. «Les short sleepers, qui ont besoin de très peu de sommeil, sont extrêmement rares. Les personnes qui occupent de hautes positions affirment souvent être performantes en tout temps et ne dormir que quelques heures. En réalité, elles se surestiment. Beaucoup de ces cadres font de petites siestes pendant la journée, pendant des séances, dans le train, à l’opéra…»
Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, on dort en moyenne deux heures de moins qu’il y a un siècle. Une conséquence du mode de fonctionnement 24 h/24 h de notre société. Pourtant, le spécialiste ne pense pas qu’il y ait aujourd’hui davantage de troubles du sommeil que par le passé. Il n’accorde pas non plus une grande importance à l’influence de phénomènes tels que la pleine lune ou le changement d’heure: «Bien sûr, certains y sont très sensibles. Mais en général, ces phénomènes ne perturbent pas longtemps le sommeil. Et celui qui dort mal une ou deux nuits est loin d’être malade.»

avec la collaboration de Mélanie Haab et de Mirko Stoppa
* Nom connu de la rédaction

Les câbles posés sur la tête du patient sont reliés à un ordinateur qui calcule toute une série de paramètres.

Le changement d’heure en Suisse

Si l’Allemagne, la France et l’Italie ont introduit l’heure d’été en 1916, la pratique ne s’est généralisée en Occident qu’à la fin des années 1960. En Suisse, le peuple refuse son introduction en 1978. Vaud, Neuchâtel, Genève, le Tessin, Zurich et les deux Bâles l’avaient pourtant acceptée avec une majorité confortable. Le changement est tout de même instauré en 1980. Pour la date, la Suisse s’aligne sur l’Europe. Toute la Suisse? Non, un village d’irréductibles Vaudois résiste toujours: La Forclaz, où les paysans boycottent la mesure. Cela pose surtout problème pour les horaires de la laiterie. «Au passage à l’heure d’hiver, la production de lait ne varie guère, mais au printemps, l’heure en moins peut se ressentir chez les vaches à forte production», explique Sandra Helfenstein, de l’Union suisse des paysans. En outre, on ne constate pas d’influence de la pleine lune. «Mais les animaux ne peuvent pas nous raconter leurs cauchemars!»

L’apnée, problème de santé publique

L’expert

Raphaël Heinzer, médecin-chef du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil, CHUV, Lausanne

Raphaël Heinzer, médecin-chef du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil, CHUV, Lausanne
Raphaël Heinzer, médecin-chef du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil, CHUV, Lausanne

Le centre du sommeil du CHUV a lancé une vaste étude sur le sommeil des Lausannois, dont les résultats officiels seront publiés dans quelques mois.

Dans quel cadre a été effectuée cette étude?
C’est une photographie de l’état général du sommeil dans la population générale, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Nous avons pris une population non sélectionnée, et enregistré le sommeil de plus de 2000 personnes, à domicile, dans leur environnement habituel. En outre, 5000 personnes ont répondu à un questionnaire sur leurs plaintes et habitudes de sommeil. On obtient ainsi des valeurs de référence pour savoir comment dort une population, combien de temps on met pour s’endormir, combien de fois on se réveille pendant la nuit… par exemple, on voit que les gens mettent en moyenne 17 minutes pour s’endormir. La médecine du sommeil est un domaine nouveau, cela ne fait que cinquante ans qu’on a commencé à s’intéresser et à enregistrer le sommeil. L’insomnie chronique survient chez environ un tiers des femmes et un quart des hommes entre 40 et 85 ans. Elle se définit par des difficultés d’endormissement, un éveil plus de deux fois par nuit ou un réveil précoce au moins deux fois par semaine durant deux mois.

Un autre résultat montre la présence d’apnées du sommeil chez un quart des femmes et presque la moitié des hommes de 40-85 ans, cela devient un problème de santé publique!
C’est clairement un problème de santé publique. Les autorités devraient s’intéresser à ce problème, développer des programmes de dépistage et de prévention de l’obésité qui favorise les apnées nocturnes. On voit une association entre les troubles du sommeil et l’hypertension, le syndrome métabolique, le diabète ou encore la dépression. Les étouffements nocturnes secondaires à l’apnée peuvent intervenir jusqu’à cinquante fois par heure, soit plusieurs centaines de fois par nuit. Le stress qu’ils provoquent mène à l’hypertension, et peut augmenter le taux de glucose. D’autre part, à cause de ces réveils, on a insuffisamment de sommeil profond, ce qui provoque de la somnolence diurne avec des risques d’accidents de la route et de dépression.
L’apnée se développe avec la prise de poids et de graisse autour du cou. Mais aussi avec l’âge et la ménopause, à cause du relâchement des tissus – surtout ceux de la gorge, qui favorise l’obstruction.

Y a-t-il une part d’hérédité dans les troubles du sommeil?
Absolument! Il y a des familles de grands ou petits dormeurs, qui sont plutôt du soir ou du matin. Les apnées du sommeil sont aussi liées à l’aspect anatomique du visage, il y a donc une part héréditaire. Grâce aux résultats de cette grande étude, on trouvera peut-être des types génétiques favorisant l’insomnie. Nous allons suivre ces personnes sur plusieurs années, pour savoir, par rapport au temps zéro, si les troubles du sommeil influent effectivement sur des maladies.

Entre les statistiques actuelles, qui parlent de 4% des hommes et 2% des femmes souffrant d’apnée, et vos chiffres qui évoquent la moitié des hommes et un quart des femmes, il y a un monde!
Cela illustre bien le manque de connaissances que l’on avait dans ce domaine. Ces données datent des années 1980, sur une population sélectionnée, avec des capteurs anciens. Avec les enregistreurs plus précis qui sont utilisés actuellement, les résultats sont différents.

On a beaucoup d’idées reçues sur son propre sommeil.
Nos résultats montrent que les personnes âgées se plaignent moins de somnolence durant la journée, alors qu’objectivement, la qualité de leur sommeil est moins bonne. Peut-être qu’elles ont moins de pression de performance au travail. Donc ce sont plutôt les personnes sous pression professionnelle qui seront enclines à se plaindre de leur sommeil.

Les rêves et cauchemars peuvent-ils être un symptôme de quelque chose?
Oui et non. D’un côté, c’est normal de rêver, positivement ou négativement. Ensuite, si on a des apnées ou des angoisses, les réveils durant les phases de sommeil paradoxal font qu’on se rappelle de son rêve. Durant le sommeil paradoxal, on rêve davantage et de manière plus farfelue.

Le bruit est un problème lorsqu’on habite en ville, non?
Oui. Nous sommes en train d’établir une collaboration avec un groupe qui développe un algorithme permettant de prédire le bruit devant chaque façade d’immeuble suisse. On va essayer de faire un matching avec cette cartographie du bruit en Suisse et les troubles du sommeil, afin de déterminer s’il existe un lien entre le bruit nocturne et la qualité du sommeil. Nous verrons alors si l’idée reçue qu’à la campagne, on est moins exposé au bruit et donc on a un taux de stress et d’hypertension plus bas, se vérifie.

Constate-t-on déjà une évolution de l’approche du sommeil par rapport à il y a cinquante ans?
Les gens sont plus concernés, ils consultent beaucoup plus leur médecin et les centres spécialisés. La demande est exponentielle. Les gens osent en parler, et sont conscients des conséquences sur la santé. On devient très exigeant par rapport à son sommeil, car on s’imagine que de lui dépendent nos performances. Pourtant, plus on essaie de contrôler son sommeil, plus il nous échappe. Il faut casser cette angoisse du lendemain, prendre de la distance et arrêter de se mettre cette pression.

Mais dans les faits, les médecins prescrivent des somnifères.
Nous ne prescrivons jamais de somnifère pour les insomnies chroniques. Souvent, les médecins généralistes le font. Nous essayons de les rendre attentifs aux risques et inconvénients du somnifère, de la dépendance qui s’installe rapidement. On peut en prescrire en période de stress aigu, comme un deuil, mais pas pour plus de sept à dix jours. Pour les insomnies chroniques, on axe nos traitements sur les techniques cognitivo-comportementales visant à mieux gérer l’angoisse liée à l’insomnie. Parfois, on est obligé «d’imposer» des restrictions de temps de sommeil pour qu’il se concentre sur une plus courte période de la nuit et gagne en qualité. Les gens retrouvent alors une meilleure capacité à s’endormir et se réjouissent d’aller au lit pour récupérer. Ça change complètement l’approche du sommeil!

Et vous, vous dormez bien?
Très bien. Pas toujours assez, il y a des périodes de stress, mais en respectant quelques règles d’hygiène du sommeil et en ayant mes sept heures et demie de sommeil, ça va. Mais je compatis avec les gens qui ont des insomnies. Quand ça arrive, c’est dur!

«

Lʼheure dʼhiver ne perturbe pas longtemps le sommeil.»

Matthias Strub, médecin du sommeil

Heure d’été, heure d’hiver

Le passage de l’heure solaire à l’heure «légale» peut provoquer un certain nombre de troubles liés au sommeil. Durant les premiers jours, certaines personnes se sentent «déboussolées», bien que l’influence d’un tel changement s’avère presque imperceptible pour le corps humain. Cette impression d’égarement serait due en réalité à la variation de l’équilibre entre sérotonine (l’hormone de la bonne humeur activée par la lumière du jour) et mélatonine (l’hormone du sommeil produite à la tombée de la nuit). Pourtamt, quelques mesures simples suffisent: avancer l’heure du repas d’une dizaine de minutes, éviter les aliments en boîte, les plats trop épicés et les boissons énergisantes. Une autre astuce, valable toute l’année, consiste à débarrasser la chambre à coucher de tout appareil électronique, et d’éviter de surchauffer la pièce.

Un moteur sous la couette

Ronfler n’est pas sain, et pas seulement pour celles et ceux que les ronflements du ou de la partenaire empêchent de s’endormir. Bien qu’il s’agisse d’un phénomène très répandu, il a été prouvé que les personnes sujettes au ronflement durant la nuit avaient tendance à souffrir de somnolence durant le jour. Le ronflement peut également être un symptôme de l’apnée du sommeil, un trouble grave qui exige la consultation d’un spécialiste. Véritables interruptions de la respiration, les apnées empêchent en effet l’oxygénation correcte du sang. Le corps réagit alors en imposant d’importants mouvements aux muscles respiratoires de la cage thoracique et de l’abdomen, causant ainsi de nombreux réveils inconscients, brusques et rapides qui entraînent une augmentation du rythme cardiaque et de la pression artérielle.

Ensorcelés par la lune

Les effets de la lune sur notre planète sont bien connus. Nombreuses sont les personnes qui affirment ne pas réussir à fermer l’œil durant les nuits de pleine lune. S’appuyant sur des mesures effectuées sur l’activité cérébrale, la sécrétion hormonale et les mouvements oculaires nocturnes, une étude scientifique de l’université psychiatrique de Bâle est parvenue à démontrer pour la première fois le lien entre le phénomène de la pleine lune et les troubles du sommeil. Ces mesures ont permis d’identifier une diminution du niveau de la mélatonine (l’hormone influant sur le cycle du sommeil et de la veille), dont la conséquence directe est d’entraîner une augmentation des difficultés à s’endormir. En outre, les chercheurs signalent une réduction de près de 30% de l’activité cérébrale liée au sommeil profond, équivalant à 20 minutes de moins par nuit de sommeil.

Dix conseils pour bien dormir

1. Évitez de rester longtemps au lit, ne l’utilisez que pour y dormir.
2. Lorsque vous vous réveillez la nuit, ne restez pas au lit, levez-vous.
3. Levez-vous et couchez-vous tous les jours à la même heure.
4. Si vous faites la sieste, limitez-la à trente minutes (mettez un réveil).
5. Buvez moins à partir de 18 h, afin d’éviter de devoir vous lever pendant la nuit.
6. Évitez la caféine, l’alcool et le tabac, surtout le soir. L’alcool permet certes de s’endormir immédiatement, mais la qualité du sommeil qui s’ensuit est plus faible.
7. Évitez de prendre régulièrement des somnifères.
8. Créez votre propre rituel d’endormissement.
9. Faites de l’exercice tous les jours, mais arrêtez quatre heures avant le coucher.
10. Passez plus de temps en plein air et à la lumière du jour, surtout le matin.

À lire: «Le sommeil», dans la collection «J’ai envie de comprendre», coécrit par Raphaël Heinzer, Elisabeth Gordon, José Haba-Rubio, Éd. Médecine & Hygiène.

La nuit une succession de cycles

Hypnogramme

Durant la nuit, les cycles de sommeil d’environ 1 h 30 se succèdent, du sommeil lent profond – le plus réparateur – à la phase paradoxale, durant laquelle l’activité du cerveau est la plus intense. C’est durant cette phase qu’on rêve le plus.

Quiz Des questions à dormir debout

 
01
sur
 

 

Solution du quiz (dans la version papier du journal n°43): EVEIL

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Stefan Fehlmann

Rédacteur

Infographie: tirée du livre d’E. Gordon, R. Heinzer, J. Haba-Rubio «Le sommeil. J’ai envie de comprendre», Éd. Médecine & Hygiène

Photo:
Christoph Kaminski
Publication:
lundi 20.10.2014, 14:00 heure



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