Les moutons à lunettes 
de Villnöss doivent leur nom aux taches noires qu’ils ont autour des yeux.

Moutons d’hier, symbole d’avenir

Dans la province de Bolzano, à l’extrême nord-est de l’Italie, une poignée de montagnards s’efforce de préserver une vieille 
race ovine locale, le mouton à lunettes de Villnöss. Reportage.

Quelques claquements de langue suffisent à Günther Messner pour rassembler son troupeau de moutons. Hugo, le bélier en quête de caresses, est le premier à accourir vers lui. Ces moutons à lunettes de Villnöss (Funes en italien) symbolisent à la fois le passé et l’avenir de cette vallée des Dolomites du Haut-Adige. «Cette race aux taches noires typiques autour des yeux vit ici depuis des temps immémoriaux; on l’a surtout élevée pour la douceur de sa laine», explique Günther Messner, propriétaire de plus de 120 bêtes.

Il y a sept ou huit ans, le mouton à lunettes avait quasiment disparu de la vallée de Villnöss, d’où vient le légendaire alpiniste Reinhold Messner. «C’était complètement fou!» lance Oskar, un autre Messner, ami de Günther.
Ce cuisinier reconverti en restaurateur est amoureux de sa vallée. Il admet qu’il trouvait certes de la viande d’agneau dans tous les restaurants, «mais c’était de l’agneau de Nouvelle-Zélande! Alors que nous avions ici, dans la vallée, des moutons de notre propre race, à la viande aussi fine que la laine. Et nous les laissions disparaître!»

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Nous ne voulons pas d’un Disneyland alpestre»

Pour les deux Messner, les moutons à lunettes font partie du patrimoine de Villnöss comme les maisons, les paysages, le dialecte des montagnards et les pics du Geisslergruppe, où Reinhold Messner a appris la varappe.

En dépit de toute raison commerciale, mais avec un cœur gros comme ça, Oskar Messner a réuni quelques amis qui partageaient ses idées. Ils ont créé des recettes avec de la viande d’agneau et ont cherché des artisans pour transformer la laine et la viande. «Je ne saurais plus dire le nombre de nuits blanches que nous avons passées à négocier avec des paysans, des politiciens et des personnes intéressées par notre projet», avoue le restaurateur. Mais ces nuits n’ont pas été du temps perdu, puisque aujourd’hui, une cinquantaine de paysans élèvent des moutons à lunettes, la plupart comme activité accessoire. «Nous leur achetons les agneaux pour 100 euros (ndlr: environ 122 francs)», indique-t-il. Et au lieu de devoir payer pour détruire la laine, les éleveurs touchent aujourd’hui 1 euro par kilo.

Et un beau jour, leur prise de risque s’est avérée payante.Le mouvement Slow Food a décidé d’apposer son label sur les produits issus du mouton à lunettes de Vill-nöss (saucisses, jambon d’agneau cuit, ragù).
Oskar Messner et ses amis ont vécu l’événement comme une victoire d’étape. Et c’est via Slow Food que le ragù, confectionné avec de tendres morceaux d’agneau dans une sauce épicée, a rejoint l’assortiment de Coop*. «Que Coop soutienne nos affaires, ce n’est pas rien», souligne-t-il. Entre-temps, son auberge du «Pitzock», à St. Peter, un hameau de la commune de Villnöss, est devenue une Mecque des gourmets.

Pourquoi Günther et Oskar Messner ne se satisfont-ils pas des objectifs qu’ils ont atteints? Pourquoi ne misent-ils pas, comme leurs voisins du Grödental, sur un Disneyland d’alpage? «Nous ne voulons pas d’un Disneyland alpestre. Les habitants de la vallée doivent pouvoir vivre, respirer et se sentir bien ici. Sinon, nos hôtes n’y trouveront pas leur bien-être.»
Grâce aux moutons à lunettes, les terrains en forte pente et les alpages sont à nouveau broutés. Pour de nombreux paysans, c’est une branche de production supplémentaire qui offre des perspectives économiques.

Dans la région autonome du Trentin-Haut-Adige, les chiffres du tourisme sont en recul. Pas à Villnöss. Des magazines à grand tirage, comme le Stern allemand, ont publié des reportages sur cette vallée, ses 2600 habitants et ses «curiosités» laineuses. Il n’est bien entendu pas question d’en attribuer tout le mérite aux moutons à lunettes. Mais l’animal a été le déclencheur d’une évolution et montre la voie à suivre: préserver plutôt que croître à tout prix.

Pour en savoir plus sur le mouton à lunettes de Villnöss (en italien et en allemand): www.furchetta.it

* Le ragù à la viande d’agneau Slow Food n’est disponible que dans certains magasins Coop.

Slow Food


Pour la culture 
et la diversité

Fondé en Italie en 1986, le mouvement Slow Food est une organisation à but non lucratif qui entend lier plaisir culinaire et production durable. Slow Food est présent dans plus de 130 pays via des groupes régionaux. Coop soutient cette organisation dans la création de «Presidi» (ou sentinelles) – c’est-à-dire de nouveaux projets – en Suisse et dans la vente de spécialités de «Presidi» du monde entier.
Cela afin de venir en aide à des productions de haute valeur menacées de disparition.

www.slowfood.ch
www.coop.ch/slowfood