Depuis le XIIIe siècle des marchandises transitent à dos de mulet à travers le col du Gothard.

Mutation alpine

Histoire L’ouverture du premier tube ferroviaire du Gothard en 1882 a amené de profonds changements dans ses régions limitrophes, le Tessin et Uri. Retour sur cette étape historique où le mulet joue un rôle emblématique.

Depuis le XIIIe siècle, sel, huiles, tissus, vins, fromages et mille autres sortes de marchandises traversent à dos d’infatigables mulets le massif du Gothard, créant ainsi une voie directe entre Bâle et Milan. Les ouvertures successives de la route carrossable du col en 1832, puis surtout du tunnel ferroviaire en 1882 vont mettre fin à cette activité importante pour les deux côtés du passage, la Léventine tessinoise et Andermatt (UR).

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Complémentaires au sommage – le transport avec des bêtes de somme – d’autres secteurs furent touchés par cet arrêt. En plus des transporteurs et de leurs bêtes, les auberges ou locande tessinoises, entrepôts et autres services aux voyageurs se retrouvèrent d’un coup désuets. «En quelques mois, plusieurs dizaines de personnes se sont retrouvées au chômage», explique Luigi Lorenzetti, responsable du Laboratoire d’histoire des Alpes à Mendrisio (TI).

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Le tunnel devient une attraction touristique»

Luigi Lorenzetti, responsable du Laboratoire d’histoire des Alpes

Anselm Zurfluh, historien uranais spécialiste des économies alpines, confirme: «Uri a connu deux décennies de difficultés économiques à la suite de l’ouverture du tunnel.» Les gens ne se sont par ailleurs pas trompés: lors des célébrations de sa mise en service au portail nord de Göschenen, certains muletiers nouèrent un bandeau noir à leur manche pour signifier le deuil de la profession.

L’usine, le Titanic ou l’armée

Au-delà du soubresaut des économies locales, il faut distinguer l’espoir de modernisation que ces deux régions avaient placé dans l’ouvrage: «Sans le chemin de fer, poursuit Anselm Zurfluh, les industries ne se seraient pas installées à Uri.» Rapidement, elles apportèrent de nouveaux emplois: «Le canton n’a pas manqué de travail, mais à l’origine les Uranais ne voulaient pas vraiment travailler en usine.» Certains ont donc, pour la première fois de l’histoire du canton, émigré définitivement: «Une cousine de mon père s’est embarquée sur le Titanic pour rejoindre l’Amérique», illustre l’historien.
Au même moment, l’armée suisse est entrée en jeu. En décidant de faire du Gothard une place forte stratégique au cœur des Alpes, desservie par le train, elle a créé tant à Andermatt qu’à Airolo  (TI) des places de travail plus acceptables  pour les populations locales. L’armée est restée un employeur important pour ces régions, avec le tourisme.

Ascenseur et tunnel touristique

Pour le Tessin, le tunnel revêt une dimension supplémentaire. Il lui permet de mieux s’intégrer à la Confédération, économiquement, mais aussi culturellement. Grâce à lui, les Tessinois partent étudier et travailler de préférence dans les villes alémaniques et romandes: «Avant, ils allaient à Pavie en Italie ou en Allemagne», commente Luigi Lorenzetti.
Les débuts du tourisme au Tessin coïncident avec l’ouverture du tunnel. Faido, entre Bellinzone et Airolo, devient un lieu de villégiature important. Les Alémaniques ont aussi commencé à s’intéresser au sud des Alpes. «La ligne ferroviaire et le tunnel mêmes deviennent des attractions touristiques, poursuit-il. Il y a même eu un projet de construire un ascenseur pour descendre dans la galerie depuis Andermatt, mais ce projet n’a jamais vu le jour.»

Jens Classen, ingénieur spécialiste des tunnels

Jens Classen, ingénieur spécialiste des tunnels
Jens Classen, ingénieur spécialiste des tunnels

Comme un astronaute

En travaillant dans un tunnel, je me sens comme un astronaute qui met chaque jour le pied sur une terre inviolée. En tant qu’ingénieur civil spécialisé dans la construction de tunnels, j’avançais dans l’inconnu. Il n’y a pas de repère comme sur le chantier d’une maison, où l’on voit ce qu’on est en train de faire.
Mon métier exige de la flexibilité, de l’ingéniosité, de la curiosité… et un goût pour l’aventure.
Évidemment, il ne faut pas être claustrophobe non plus. Ce travail est très dangereux. Il demande beaucoup d’intuition et d’esprit réactif. Peut-être que c’est ce qui me fascine: l’inconnu et la science non exacte.
Durant les huit ans passés sur le chantier d’Alptransit, je ne me suis jamais ennuyé. Il régnait une grande solidarité et un sentiment d’appartenance. Beaucoup de liens se sont créés entre des hommes de régions et de métiers très différents. Je dirigeais 800 personnes, dont Nino, qui m’a appris l’italien. Par ma fonction, je devenais la «mamma» de mes hommes, on appartenait à la même famille. Oui, je peux dire que je fais un métier de rêve!

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Gilles Mauron

Rédacteur

Photo:
Arthur Wyss-Niederer, SP
Publication:
lundi 07.12.2015, 14:20 heure



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