Natacha Polony (39 ans) journaliste, chroniqueuse TV et radio, ici à Paris: «J’ai découvert qu’en étant une femme, je devais défendre mes idées en les enrobant d’un sourire.»

«J’ai un côté batailleur»

Sur le plateau d’«On n’est pas couché», Natacha Polony apparaissait comme la réac de service. Mais la chroniqueuse est bien plus complexe que cela. Elle nous parle de son parcours, de sa famille, de ses trois enfants.

Coopération.  Comment devient-on réac et fière de l’être?
Natacha Polony.  Les valeurs que je défends, une exigence de l’éducation, le respect du bien public et de l’environnement, la transmission des valeurs héritées du monde dont on vient, sont peut-être réacs mais elles n’appartiennent pas à la droite. J’ai été étiquetée à droite lorsque je suis entrée au Figaro. Mais auparavant, j’avais travaillé à Marianne, l’hebdomadaire de Jean-François Kahn et j’ai été candidate aux législatives sur la liste de Jean-Pierre Chevènement, qui n’est pas un homme de droite. Ce clivage gauche/droite est très pénible. J’ai d’ailleurs construit toute ma pensée politique en le récusant. Cela dit, cela m’a plutôt servi d’être rangée dans la case des réacs de droite car la place était peu occupée. Cela m’a apporté de la visibilité (sourire).

Comment assumez-vous d’être du mauvais côté du manche? Et sans cesser envoyée à de la dureté, de l’intransigeance?
J’ai eu une éducation rigoureuse, où l’on m’a appris à me tenir, à ne pas me laisser aller, cela m’aide à rester sereine. J’essaie de ne pas ressembler à ma caricature et de garder un discours le plus nuancé possible. Du moment que j’arrive à faire passer des idées… Mais je reconnais que c’est parfois très énervant. La bonne conscience de gauche est terrible. Je ne supporte pas les gens qui croient qu’ils ont le monopole du cœur.
Ce qui m’énerve particulièrement est que le clivage gauche/droite repose sur des questions sociétales. Or le vrai clivage est économique. C’est le système économique dans lequel nous vivons qui est destructeur et devrait nous mobiliser. Plus que le mariage pour tous! Le culte du marché qui sévit à droite tout comme le culte des mœurs à gauche participent à l’atomisation des individus et à la destruction des institutions et du bien commun.

«

J’ai eu des enfants pour être avec eux! Je leur consacre tous mes week-ends»

Comment vous vous êtes retrouvée à débattre de politique et d’économie en partant de la poésie, votre spécialité?
Si je suis une passionnée de la poésie du XXe siècle, je suis depuis toujours une passionnée de politique. Mon premier souvenir fondateur en politique a été le débat télévisé entre Mitterrand et Séguin à propos de Maastricht. J’avais 17 ans et j’étais amoureuse de Séguin! J’ai renoncé à me vouer à la poésie qui intéresse peu de gens, pour suivre une voie où je pensais servir à quelque chose. Sans doute parce que mes parents, médecins tous les deux, m’ont transmis cette envie de donner du sens à ma vie.

Parmi vos valeurs, il y a l’éducation, la transmission de savoirs. Quelle sorte de mère êtes-vous avec vos trois enfants?
Je pense être une mère ferme qui ne cherche pas à être aimée à tout prix. Il n’y a rien de plus pervers, quand on est éducateur que de vouloir être aimé de celui qu’on a la charge d’éduquer. On ne doit pas guetter l’amour de ses enfants si on veut les aider à devenir des adultes autonomes et responsables. Je passe chaque jour du temps avec mes enfants. Je fais lire l’aîné – 6 ans et demi – le mets au piano, raconte des histoires aux plus jeunes – 3 et 1 ans. Je leur consacre tous mes week-ends, absolument. J’ai eu des enfants pour être avec eux! Mais, si je suis relativement rigoureuse, j’éprouve de grandes bouffées d’amour pour eux qui dépassent tout le reste. C’est extraordinaire de voir des consciences en train de se construire.

Trois enfants, c’est une famille nombreuse!
Oui. J’ai d’ailleurs la carte «famille nombreuse». Heureusement, leur père est très présent: le matin, c’est lui qui prépare les chocolats chauds, le biberon. Et comme il considère qu’il fait tout mieux que moi, la vaisselle, la cuisine, il occupe beaucoup l’espace domestique. Je pense que notre manière de vivre est la preuve vivante que je ne soutiens pas l’ordre patriarcal, ainsi que me le reprochent parfois mes adversaires!

Quels ont été vos modèles?
J’ai été très déterminée par l’éducation que j’ai reçue. Je suis d’une famille de trois enfants, j’ai deux frères, ma mère médecin rentrait tard le soir, et tenait un discours féministe.
A travers mes lectures, je me suis beaucoup identifiée à des personnages masculins, les Trois Mousquetaires, Cyrano de Bergerac… J’ai donc intégré un côté batailleur, qui n’est pas fréquent chez les femmes. J’ai d’ailleurs dû apprendre à être moins véhémente dans mes interventions sur un plateau de télévision, car on me trouvait trop dure. J’ai découvert qu’en étant une femme, je devais défendre mes idées en les enrobant d’un sourire.

Quels sont vos projets pour l’été?
Tous les ans, nous faisons un tour de France avec nos enfants. Nous allons de beaux endroits en belles maisons, rendre visite à des amis. Nous traversons le Massif central, la Provence, les Corbières, le Tarn, la Touraine qui sont aussi des régions célèbres pour leur gastronomie et leurs vignobles!

Portrait express


Chaleureuse et directe

Naissance. A Paris, en 1975. «Contrairement à une rumeur, je n’ai aucune racine slave. C’est le goût de la littérature russe qui a inspiré mon prénom à ma mère.»

2002. Agrégée de lettres modernes puis diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris.

Parcours. Elle devient journaliste à «Marianne» et au «Figaro». Puis chroniqueuse pour Europe 1, France Ô et France 2. Elle vient de quitter l’équipe de Laurent Ruquier, «On n’est pas couché» et rejoindra celle du «Grand Journal» de Canal+ à la rentrée.

2007. Elle épouse Périco Légasse, journaliste spécialisé dans la gastronomie.

2013. Naissance de son troisième enfant. «Inconsciemment, j’ai reproduit le schéma maternel: un garçon, une fille, un garçon. Moi-même je suis une fille du milieu.»

Livre. Vient de paraître: «Ce pays qu’on abat - Chroniques», Editions Plon–Le Figaro.

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Francine Bajande
Publication:
lundi 30.06.2014, 10:30 heure



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