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Le Jurassien Nicolas Reymond (57 ans) en Alaska et dans l’une de ses passions: filmer la nature et les animaux.





Son histoire, c’est l’Alaska

Nicolas Reymond Il est guide de montagne, fait des maisons en rondins et vit six mois par année en Alaska. Un film le dévoile dans son quotidien, à deux pas des ours.

À l’idée de rencontrer un homme qui passe la moitié de  son temps, depuis dix ans, dans une cabane au fin fond de l’Alaska, on s’attend à un personnage un peu taiseux, pas franchement communicatif. Mais Nicolas Reymond est tout autre. Ni sauvage, ni ermite, sa poignée de main est franche, son visage souriant et son fort accent jurassien attise d’emblée la sympathie. Protagoniste du film «Passion Alaska» réalisé par Jean- Philippe Rapp et Mathieu Wenger, ce père de famille de la Vallée de Joux rayonne de liberté, de bonheur et de sérénité. À l’image d’un homme qui a osé suivre son instinct et vivre ses rêves jusqu’au bout.
Aujourd’hui, cet aventurier joue également le rôle de lanceur d’alerte et sensibilise la population à la beauté et à la fragilité de la nature.

Vous vivez entre le Jura et l’Alaska. Tout un programme!
Depuis dix ans, je fais des allers-retours entre la Suisse où je fabrique des maisons en rondins et l’Alaska. Ce sont des périodes relativement courtes qui demandent beaucoup d’organisation et je trouve ces transitions pas évidentes. En Alaska, tout roule, mais en Suisse, il faut gérer tellement de choses que l’exercice est parfois un peu stressant. J’aimerais retrouver la quiétude de l’Alaska dans ma vie en Suisse.

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a poussé la première fois vers cette vie?
C’est une longue histoire (rires). À 20 ans, avec mon épouse de l’époque, nous avons passé six mois en Alaska. C’était simplement génial et ça a été un déclic. Nous sommes retournés y vivre un an avec nos trois enfants dans une cabane très loin de tout. En revenant de là, je n’étais plus le même. Et une fois que mes enfants avaient fini leurs formations et apprentissages, je me suis mis à la recherche d’un bout de terre à acheter en Alaska. J’ai mis dix ans à le trouver.

Teaser du film «Passion Alaska» :

«

Cette vie est à la portée de chacun, il faut simplement oser.»

Dans les Talkeetna Mountains?
Exactement. Pas besoin d’en dire plus… (Rires)

Qu’est-ce qui vous plaît donc, loin de la civilisation?
Vivre pleinement les petites aventures du quotidien. La rencontre d’un ours, la pêche d’une truite, l’abattage d’un arbre. Dans la nature profonde, chaque chose se gagne et c’est d’autant plus appréciable. Ensuite, il y a cette proximité avec la faune sauvage. Vivre un hiver en Alaska, c’est des sensations incroyables. Rentrer dans la tente après avoir travaillé au froid est un grand bonheur. Ce sont des moments simples mais authentiques. Cette vie est à la portée de tout le monde, il faut simplement oser!

Tout de même, vous êtes guide de montagne et fustier. Ce sont de sacrés atouts pour vivre en autonomie dans la forêt.
C’est clair que construire des maisons est mon métier, donc quelqu’un qui n’a jamais fait ça demandera de l’aide. Mais je maintiens que vivre là-bas n’est pas compliqué. Il faut juste le vouloir, car les contraintes de la nature sont là. En tant que guide de montagne, j’ai appris à anticiper les problèmes et à écouter les signaux d’alarme. La règle d’or est de ne pas se croire supérieur à la nature. Ça ne pardonne pas! Comme en montagne, l’homme est vite remis à sa place…

Vous avez monté vos cabanes seul durant l’hiver. N’est-ce pas se compliquer la tâche?
J’ai effectivement construit mes cabanes entre novembre et janvier car la neige facilite le transport des troncs d’arbre. Je suis à 25 km de la dernière route et je dois traverser des rivières, des lacs, des marais. Quand tout est gelé, les déplacements sont plus faciles en motoneige. Il faut juste supporter le froid, mais avec de bons vêtements, ça ne pose pas vraiment de problème.
Maintenant, je m’y rends surtout de février à août, ce qui me permet de voir l’hiver, l’été et quelques couleurs d’automne. Et surtout, ça me laisse le temps de travailler le reste de l’année en Suisse pour me refaire financièrement.

Votre voisin le plus proche est à 8 kilomètres. Comment gérez-vous la solitude?
La solitude s’est imposée à moi. Le premier hiver, j’y suis allé avec ma compagne Marie-Jo et au fil des ans, nos vies ont pris des directions différentes. J’aurais bien continué à y aller en couple, mais la vie est ainsi faite! J’étais tellement pris dans ce projet que je ne pouvais pas faire marche arrière. Aujourd’hui, ma compagne Sylvie vient parfois me trouver et je la retrouve six mois par an en Suisse. Donc à présent, cette solitude est choisie. Elle me permet d’aller au fond de moi-même. C’est assez agréable. Mais il faut certes être bien ancré pour ne pas commencer à ruminer.

À quoi ressemblent vos journées là-bas?
Chaque jour est une page blanche. C’est à moi d’imaginer mes journées, il n’y a pas d’agenda à tenir. Donc je me réveille quand je ne suis plus fatigué. Et je n’ai d’ailleurs jamais été malade là-bas car le rythme biologique est respecté. Je vis beaucoup dehors. La nature me passionne, je l’observe, je l’explore tous les jours. Sinon, je lis beaucoup. Je n’ai pas de télé ni de radio mais la vue sur le lac depuis ma cabane m’offre des spectacles saisissants. Il m’arrive de me poser devant la vitre durant des heures pour observer. Il y a un côté très méditatif et c’est impossible pour moi de vive ça en Suisse.

De quoi vous nourrissez-vous sur place?
Il y a les truites du lac que j’adore cuisiner. Ça remplace la viande. Sinon, avant chaque séjour, je m’approvisionne de diverses céréales, de riz, de pâtes et de quinoa. Dès que le printemps revient, je complète mes assiettes avec des salades du potager et des fleurs sauvages. L’hiver, je fais maintenant germer des graines pour ne pas manger que de la nourriture en boîte.

Vous filmez aussi beaucoup. Une passion transmise par votre père qui réalisait déjà des documentaires sur la nature.
Tout petit déjà, je participais à ses documentaires sur la Vallée de Joux. J’aimais bien ça. Et là, j’ai sa caméra et je filme des animaux. J’aime les approches et l’observation que ça demande.

On vous voit en effet évoluer dans la toundra tel un animal…
Il y a deux façons d’évoluer dans la nature. En faisant du bruit pour éloigner les prédateurs ou en se comportant comme eux pour les approcher. Encore une fois, cela demande de l’expérience pour sentir le comportement de l’animal. J’ai approché des grizzlis sans problème à quelques dizaines de mètres. Mais j’ai aussi senti que parfois il fallait que je me retire et vite. En dix ans, je n’ai toutefois connu que trois situations un peu délicates.

Dans le documentaire, on vous sent très en colère quand vous parlez des chasseurs d’ours. La sensibilisation à la nature est votre cheval de bataille!
J’ai accepté d’être filmé pour que ce film porte un message de sensibilisation. Là-bas, je sens cette pression de l’homme toujours plus motorisé qui met en péril des espaces encore intacts. L’administration américaine a rouvert la chasse au loup et à l’ours par hélicoptère et par avion dans tout l’Alaska. Pour moi, c’est intolérable. Quand on voit les efforts déployés par les animaux pour survivre à l’hiver, on ne peut pas comprendre ceux qui s’amusent à les chasser de loin pour épingler leur trophée dans leur salon. C’est lâche et inacceptable! Chaque coup de feu que j’entends me blesse au plus profond.

Jusqu’à quand vous imaginez-vous vivre entre ces deux continents?
Aussi longtemps que je me sens en forme et que ça me procure du plaisir.

Le réalisateur Mathieu Wenger et Nicolas Reymond en interview, avec des images du film sur Val TV.

Vivre l’Alaska au quotidien

Nicolas Reymond lors de l’interview, à Vercorin (VS).

«Passion Alaska», réalisé par Mathieu Wenger, avec Jean-Philippe Rapp, montre le quotidien de Nicolas Reymond, autonome dans sa vie en pleine nature. Après avoir été projeté au Festival international du film alpin des Diablerets en avant-première, le film tourne cet automne en Suisse romande.

Les prochains endroits où est projeté le film documentaire sur Nicolas Reymond, «Passion Alaska»

  • Le 29 novembre à 18h à Délemont
  • Le 1er décembre à 18h30 à la salle Astor à Vevey
  • Le 2 décembre à 18h et le 3 décembre à 17h30 à Ste-Croix.
  • 2, 3 décembre à 16h10 à Cinélux à Genève
  • 2, 3 décembre à 18h30 au Casino de La Sarraz
  • Les 3, 4 et 5 décembre à 18h30 à la salle Rex à Vevey
  • Les 6 et 7 décembre au festival d’Autrans (FR)
  • 16 décembre à 18h à Oron
  • 17 décembre à 10h30 à Orbe
  • Le 28 décembre à 20h30 à la Bobine au Sentier
  • Le 30 décembre à 20h30 à la Bobine au Sentier
  • Le 4 janvier 2018 à 21h à Métabief (FR)
  • 12 janvier à 20h au Gala de la Montagne du Groupe Montagne Abbaye de St-Maurice
  • 19, 20 janvier à 20h30 à Chexbres
  • 18 mars au Festival Aventure et environnement à Cossonay
  • 29, 30 septembre à Paris

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Sophie Dorsaz

Rédactrice

Photo:
Mathieu Wenger
Publication:
lundi 27.11.2017, 12:21 heure



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