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Nicole Niquille près de Charmey (FR): «La montagne est une énorme école de vie. Elle m’a entre autres appris la discipline, la méticulosité et la solidarité.»

Devant les yourtes des Rochers-de-Naye.



Dans l'une des yourtes.


Vue sur le Léman en descendant des Rochers-de-Naye.



«La nature, c’est l’harmonie»

Première femme guide de haute montagne en Suisse, Nicole Niquille participe chaque mois à un bivouac aux Rochers-de-Naye cet hiver. Entretien sur les traces de sa passion pour la nature et de son optimisme à toute épreuve.

Coopération.  Comment votre passion pour la montagne est-elle née?
Nicole Niquille.  Tout naturellement. Quand on était enfants, on passait tous nos week-ends à Charmey en Gruyère. Mon père nous emmenait observer les chamois. Ma mère nous apprenait à reconnaître les plantes et les fleurs. Puis, à 18 ans, ma sœur Françoise m’a emmenée grimper. C’est là qu’est née ma passion pour l’escalade. J’ai ensuite connu Erhard Loretan, dont je suis tombée amoureuse. Je passais tout mon temps libre avec lui, donc en montagne.

Que vous a-t-elle appris?
La montagne est une énorme école de vie sur tous les plans. Mes compagnons de cordée m’ont appris l’autodiscipline – quand on atteint un sommet, ce n’est pas fini, il faut redescendre. La méticulosité aussi. Si vous avez oublié d’emporter ne serait-ce qu’une lampe frontale, votre course est finie. La montagne m’a aussi enseigné l’ordre, une organisation merveilleuse et le sens de l’esthétique. Quand elle est recouverte de neige fraîche, il n’y a rien de plus beau. Même la plus belle toile de maître ne peut égaler la splendeur de la nature. La montagne m’a aussi transmis une valeur primordiale: la solidarité. Quand quelqu’un est en mauvaise posture, on ne l’abandonne pas!

A la façon d’Ueli Steck qui a abandonné son ascension de l’Annapurna en 2008 pour venir au secours d’un alpiniste espagnol, qui est ensuite mort dans ses bras…
Je trouve sa mentalité merveilleuse. D’autant plus qu’il était très proche de réussir à atteindre le sommet par la face sud. Je lui tire mon chapeau!

«

Mon secret pour rebondir? Etre 
heureuse et vivre le moment présent»

Qu’est-ce que la nature vous a apporté et vous apporte encore aujourd’hui?
L’harmonie, l’équilibre mental et psychique. Mais aussi un juste équilibre des choses et un retour vers les vraies valeurs. Quand on est perdu dans la nature, ce sont les valeurs de survie qui viennent en premier et non des préoccupations quotidiennes.

Vous avez souvent dit que vous ne pourriez pas vivre en ville…
Il me faut ce contact avec la nature. Ma chaise roulante m’isole déjà de la terre, du rocher, de la neige, de la forêt, etc. Si, en plus, je devais vivre dans un environnement de goudron, je crois que je n’atteindrais pas cette sérénité et cet équilibre mental que je crois avoir. Dans la ferme où je vis, d’un côté, il m’arrive de voir des chevreuils et de l’autre des chamois. Et, en février, c’est la période où on entend les renards glapir parce qu’ils sont en rut. Avec mon handicap, d’autres sens se sont beaucoup plus développés.

Quel est votre secret pour toujours rebondir suite aux épreuves de la vie?
C’est d’être heureuse. C’est-à-dire toujours avoir des projets, qu’ils soient petits ou grands, même s’ils me semblent impossibles à réaliser. Et surtout, vivre le moment présent. Mon accident m’a aussi appris qu’il valait mieux faire moins de choses mais les faire bien.

Avant vous faisiez peut-être trop de choses?
J’étais une hyperactive et je pensais que le bonheur ne pouvait venir que de la mobilité. Et puis, là, réduite à l’immobilité, je vois que le bonheur peut très bien venir en rendant quelqu’un heureux. Par conséquent, égoïstement, on donne du bonheur aux autres pour être heureux soi-même! (Rire)

Après votre accident en 1994 et deux ans de rééducation, vous achetez l’auberge du lac de Taney (VS). Un projet un peu fou pour une personne en chaise roulante…
Je suis un taureau avec les pieds bien sur terre et si je m’engage dans quelque chose, je sais que je pourrai l’assumer. J’ai donc fait le cours de cafetier-restaurateur et appris sur le tas!
Et, petit miracle de l’engagement, c’est là que vous rencontrez votre mari Marco…
Oui. Je m’étais séparée de mon premier mari quand j’étais au centre de rééducation à Bâle et je me disais: Ma vieille, en chaise roulante, tu n’as plus aucune chance de rencontrer quelqu’un! Et puis, il faut croire que non, j’ai rencontré Marco à Taney et il a vendu son entreprise pour faire sa vie avec moi. C’est magnifique comme la vie est belle!

Etes-vous une adepte de la nourriture bio?
Je suis pour la protection de la nature et donc contre les pesticides et les produits chimiques dans l’agriculture. Je fais attention à ce que j’achète. J’ai moi-même un jardin derrière la maison avec un potager dans des bacs surélevés. J’y plante des patates que j’ai ramenées du Khumbu au Népal.

Si vous étiez une montagne?
Le K2 (ndlr: 8611 m) en Himalaya. Pour moi, c’est la plus belle montagne du monde et la plus difficile d’accès.

Si vous étiez un animal?
Ni un chamois ni un bouquetin, contrairement à ce que l’on pourrait attendre de moi, mais un grand oiseau comme le gypaète ou l’aigle, ou même le chocard à bec jaune, qui vole haut et par-dessus les montagnes!

Portrait

Alpiniste philanthrope

Itinéraire. Née le 13 mai 1956 à Fribourg, Nicole Niquille devient en 1986 la première femme guide de haute montagne en Suisse. Alors qu’elle cueille des champignons en 1994, la brillante alpiniste est victime d’un accident qui la laisse paralysée des deux jambes. Après deux ans de rééducation, elle tient pendant près de quinze ans l’auberge du lac de Taney (1408 m) en Valais. A partir de 2003, elle crée avec son mari l’hôpital de Lukla au Népal, en activité depuis 2005 avec une équipe de 22 personnes. www.hopital-lukla.ch

Bivouac aux Rochers-de-Naye (VD). Avec le soutien du Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut, elle participe à un bivouac dans les yourtes des Rochers avec une quinzaine de participants. Prochaines dates: 20 février et 6 mars. Inscriptions: tél. 0848 110 888, www.gruyerepaysdenhaut.ch

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Alain Wey

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo / Arkive.ch
Publication:
lundi 03.02.2014, 10:30 heure

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