Nora Giroud (25 ans) comédienne neuchâteloise à l’affiche à Paris: «Mes valises? Je ne les ai pas vraiment posées. En trois ans, j’ai déjà changé six fois d’adresse».

«J’adore faire rire»

Nora Giroud est montée à Paris pour faire la comique! La Neuchâteloise est à l’affiche d’un spectacle de sketchs au Théâtre des Blancs-Manteaux. Rencontre avec une jeune femme sans artifices.

Coopération. De Travers, dans le canton de Neuchâtel, où vous avez passé votre enfance vous vous voyiez déjà sur l’affiche d’une pièce de théâtre à Paris?
Nora Giroud. L’envie de devenir comédienne est venue progressivement. J’ai commencé par faire du cirque dès l’âge de 8 ans. J’ai pris des cours de jonglage, d’acrobatie, d’équilibrisme… Chaque année, on présentait un spectacle et j’adorais voir briller les yeux des spectateurs. J’ai su assez vite que je ferais un métier qui m’amènerait à monter sur scène. Mes parents ont eu du mal à me faire tenir jusqu’au bac.

Vous vouliez partir?
Grave! D’ailleurs, dès que j’ai eu mon bac, je suis partie comme jeune fille au pair aux Etats-Unis. Quel plaisir de me sentir enfin ailleurs et loin de chez moi! Mais quelle stupeur quand j’ai découvert que quelques heures après avoir vécu une soirée très arrosée, toute ma famille était déjà au courant (rires). Je viens d’une grande famille très soudée qui fonctionne comme une tribu: nous nous portons beaucoup d’attention, mais nous ne nous perdons jamais de vue!

Alors des USA, vous êtes partie en Biélorussie…
Un jour, j’ai entendu parler d’une école internationale de théâtre à Minsk, créée par des Français, qui correspondait à ce que je cherchais. On y apprend à devenir comédien en travaillant son corps, son psychisme. En soixante heures de cours par semaine, on touche à tout: acrobatie, claquettes, danse classique, solfège, simulation de combat, introspection personnelle… Une école très exigeante et très dure où j’ai appris beaucoup.

Pourquoi avoir posé vos valises à Paris?
Je ne les ai pas vraiment posées. Je suis encore très nomade. En trois ans, j’ai déjà changé six fois d’adresse. J’ai choisi Paris, parce que n’ayant pas réussi le concours d’entrée de la Manufacture à Lausanne, j’y ai trouvé une école qui prépare à ce à quoi je me destine: le «stand up». Le one-woman-show, si vous préférez.

«

Pour gagner ma vie, je sers des cafés! Oui, je suis un cliché total»

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce genre?
J’adore faire rire les gens. C’est la chose la plus gratifiante que je connaisse. J’aime jouer des sketchs qui campent des situations dans lesquelles les gens se reconnaissent. J’adorerais pouvoir dire: Bonjour, je suis Nora et je fais rire les gens.

Vous ne le dites pas encore?
Je n’ai pas encore la dimension d’une Florence Foresti, mon idéal de l’humoriste féminine. Pour gagner ma vie, je sers des cafés! Oui (rires), je suis un cliché total. La provinciale montée à Paris pour faire du théâtre qui gagne sa vie en étant serveuse.

La petite nana qui aimerait être féminine mais n’y arrive pas, celle que vous interprétez, c’est vous?
Hélas, oui! J’ai du mal avec les codes féminins. La perspective d’être obligée de m’habiller en jupe et talons me demande un travail de préparation mentale. J’aime tellement être à l’aise dans les vêtements que je porte. Et puis, je n’arrive jamais à rester élégante longtemps.

Les collants glissent, comme vous le racontez sur scène?
Le problème du collant est qu’il n’est jamais à la bonne hauteur. Si on le déploie entièrement, il peut servir de soutien-gorge, si on le replie, ça saucissonne la bouée et si on le baisse, l’entrejambe descend au genou. Quant au bas qui tient comme dans la pub, c’est une légende urbaine!

Votre métier de serveuse vous inspire aussi!
C’est un bon poste d’observation pour saisir les manies des gens, individuellement ou collectivement. Il y a un truc qui est partagé par tous les humains qui entrent dans un café, c’est s’installer à la seule table qui n’est pas encore débarrassée! Vous avez beau leur dire qu’il y en a une propre juste à côté, ils veulent s’asseoir à la plus dégueulasse de toutes et vous stressent pour que vous la laviez rapidement. Une collègue serveuse qui m’a vue sur scène dans un sketch où je parle de notre métier et de ce qu’on y observe s’est écriée: Oh oui, c’est tout à fait ça! C’est l’un des plus beaux cadeaux qu’on puisse me faire!

Comment vous projetez-vous dans dix ans?
Entrer sur scène et crier au public: Bonjour Paris! Puis les embarquer pendant une heure et demie dans mon univers, comme les grands du stand up. Je m’imagine aussi revenue en Suisse, car c’est là que j’aimerais élever mes futurs enfants. C’est quand même l’idéal. On est près de la nature, les écoles ne ressemblent pas à des prisons…
J’aimerais pouvoir vivre de mon métier en Suisse, participer au festival d’humour de Montreux, jouer dans la revue de Cuche et Barbezat, que je ne loupe jamais.

Sur quoi portera votre prochain sketch?
J’ai envie d’écrire sur les différences culturelles entre la Suisse et la France. J’ai vécu aux Etats-Unis, en Biélorussie, et c’est en France que j’ai éprouvé le plus gros choc culturel. A Paris, les gens arrivent en retard, posent des lapins, disent qu’ils appellent mais n’appellent pas, ne communiquent pas de la même manière qu’en Suisse. C’est impressionnant ce que c’est différent de chez nous!

Nora Giroud

Côté scène et côté cour

Neuchâteloise. Nora est née à Travers, il y a vingt-cinq ans. Elle a une grande sœur, beaucoup de cousins et de cousines et adore revenir en Suisse.
Elle a emmené les neuf camarades de sa troupe d’humoristes, les Disjonctés, jouer leurs sketchs au Théâtre de Colombier (NE).

En couple. Elle vit avec un pâtissier. «Deux comédiens ensemble, ce ne serait pas possible. On est trop émotifs, trop explosifs. J’ai besoin d’être avec un terrien.»

Sa dernière émotion. «M’être sentie honteuse en venant à notre rendez-vous parce que ma jupe s’est levée par-dessus ma tête dans le métro.»

Actualité. A l’affiche du Théâtre des Blancs-Manteaux dans un spectacle de sketchs avec neuf autres comédiens, les Disjonctés

www.blancsmanteaux.fr

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Francine Bajande
Publication:
lundi 23.09.2013, 00:00 heure

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