De passage à Genève, Omar Sy (38 ans) se dit moins léger avec l’âge, mais assure que le rire est le meilleur moyen de traverser l’existence.

Omar Sy remet en lumière le clown Chocolat

Cinéma L’acteur césarisé sera «Chocolat» dès le 3 février, dans un scénario tiré du parcours du premier artiste noir vedette à Paris. Rencontre.

Fils d’esclaves né à Cuba, vendu avant d’avoir atteint ses 10 ans, Rafael Padilla a eu un destin incroyable. Il est devenu Chocolat, une vedette du Paris de la Belle Époque, premier artiste noir de la scène française.

Dans le duo clownesque qu’il a formé avec l’Anglais George Foottit, il a joué l’auguste qui se faisait botter les fesses par le clown blanc, «incarnation de la domination coloniale», comme en parle l’historien français Gérard Noiriel, qui a publié deux livres* sur Rafael Padilla.

Cette histoire vraie a inspiré le scénariste français Cyril Gély. Le film romancé qui en découle, «Chocolat», de Roschdy Zem, sera à l’affiche dès le 3 février. C’est l’histoire poignante d’un succès dérangeant.

Il met en avant une amitié forte entre les deux hommes clowns et la force de Rafael Padilla dans sa bataille afin d’être reconnu en tant que véritable artiste. Dans un contexte historique où les Noirs étaient vus comme des bêtes curieuses, ce projet n’a rien d’une évidence.

Dans la peau de Chocolat et Foottit, Omar Sy et James Thierrée crèvent l’écran. Porté par des partenaires, des décors et une musique de haut vol, le duo se révèle artistiquement concluant et humainement touchant.

* Gérard Noiriel, Chocolat, clown nègre, Bayard, 2012.
Gérard Noiriel, Chocolat, la véritable histoire d’un homme sans nom, Bayard, 2016

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Démoralisé, le clown Foottit ne se fait plus engager. 

Dans un cirque de province, il convainc le directeur de le laisser jouer en duo. C'est du jamais vu: un Blanc et un Noir réunis en clowns: le succès est immédiat.

Le clown Chocolat suit Foottit dans la capitale française. Ils ont été repérés par Joseph Oller, le patron du Nouveau Cirque de Paris.

L'ascension des deux artistes est prodigieuse: l'argent et la gloire sont au rendez-vous.

Chocolat a envie d'être reconnu en tant qu'artiste, pas seulement en tant qu'auguste qui se fait botter les fesses par un Blanc.

La star d’Intouchables s’est mise dans la peau du premier artiste noir de la scène française. Omar Sy joue le clown Chocolat, vedette du Paris de la Belle Époque.

«

Ma famille donne du sens au reste»

Quels sont vos premiers souvenirs liés au monde du cirque?
Des souvenirs d’enfance, le cirque itinérant qui venait dans ma petite banlieue. Ce n’était pas très gai, un pauvre chapiteau avec des animaux pas très en forme.

Alliez-vous voir les spectacles?
Oui, il était là, alors on en profitait. Les prouesses étaient impressionnantes et les clowns me faisaient rire, mais j’ai toujours eu de la peine pour les animaux. Adulte, j’ai eu la chance d’aller au Cirque d’Hiver Bouglione de Paris et j’y ai découvert le cirque grandiose, exubérant et coloré. Pour Chocolat, James Thierrée (ndlr: son partenaire dans le film, artiste suisse et petit-fils de Charlie Chaplin) m’a offert d’accéder à de formidables artistes de cirque.

Si vous étiez devenu l’un d’eux, quelle discipline auriez-vous choisie?
Je pense que j'aurais été clown.

Vous interprétez Chocolat, alias Rafael Padilla, artiste célèbre de la fin du XIXe et premier clown d’hôpital. Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans son parcours?
Le fait qu’il soit tombé dans l’oubli après tout ce qu’il a traversé. On doit à Foottit et Chocolat l’union du clown blanc et de l’auguste. Tellement de duos comiques en découlent. Il faut en rappeler l’origine, je suis fier de leur rendre cela.

Il y a un peu plus d’un siècle, les Parisiens voyaient des Noirs pour la première fois. Les expositions coloniales exhibaient des Africains comme des sauvages.
Oui, il n’y a pas si longtemps, on se demandait si les Noirs étaient des êtres humains ou des animaux. C’est notre histoire. Il faut s’en rappeler, même si c’est crispant et gênant.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous durant le tournage?
Jouer du Shakespeare (ndlr: il interprète Othello au théâtre dans le film). J’avais les mêmes peurs que Rafael Padilla, celles de ne pas être accepté, de ne pas avoir la légitimité d’y toucher. J’ai dû désacraliser ce texte et cet auteur.

Vous verra-t-on un jour jouer Othello sur scène, comme dans le film?
Ce n’est pas pour demain! Je suis un instinctif, je n’ai pas de technique.

De quoi rêvez-vous pour la suite de votre carrière?
Si tout continue comme aujourd’hui, je serai heureux. Je joue des rôles qui m’animent en faisant de mon mieux, je rencontre des personnes talentueuses et inspirantes. J’arrive à le faire en France et je commence aux États-Unis, c’est vraiment génial. Que demander de plus?

Qu’aimez-vous de votre vie américaine, en Californie?
Il y a tout cet espace qui fait qu’on a un grand sentiment de liberté. Et cette nature extraordinaire: les canyons, la mer, le désert… Mais la France me manque.

L'humour de ce film de 1998 l'a incité à se lâcher en la matière

L'humour de ce film de 1998 l'a incité à se lâcher en la matière
L'humour de ce film de 1998 l'a incité à se lâcher en la matière

Vous êtes gastronome…
Oui. Manger et cuisiner pour nourrir autrui, c’est du bonheur. J’ai envie de citer quatre plats que j’adore et qui sont assez représentatifs de ce que je suis. Il y a la blanquette de veau, le ris de veau, le yassa et le tiebou dienne (ndlr: mets sénégalais, à base respectivement de poulet et de poisson).

Votre extraordinaire rire dans «Intouchables» résonne encore dans les mémoires. En avez-vous marre qu’on vous associe à ce film?
Je n’en aurai jamais marre, c’était une tellement belle aventure. Ce rôle est le plus beau cadeau que l’on m’ait fait. La rencontre avec François Cluzet est importante dans ma vie et ce film m’a offert et continue de m’offrir énormément. Si demain on arrêtait de m’en parler, je m’en parlerais tout seul!

Faire de la moto lui inspire la liberté

Faire de la moto lui inspire la liberté
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Le plus beau compliment que l'on vous ait fait sur ce rôle?
Quand je faisais de la télé on me disait bravo, lorsque j’ai commencé au cinéma aussi. Après Intouchables, des gens m’ont dit merci.

Quel a été le plus beau jour de votre vie?
Je suis marié. Ma femme et moi avons quatre enfants. Il y en a donc eu plusieurs!

Que représente votre famille?
La base. C'est elle qui donne du sens à tout le reste. Je vis pour elle.

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4 dates dans la vie de l'acteur

1978 Naissance dans la banlieue de Paris. Son père est Sénégalais, sa mère Mauritanienne.
2005 Lancement de l’humoristique Service après-vente des émissions, avec Fred Testot, pour sept ans.
2012 César du meilleur acteur pour son rôle dans Intouchables. Il est le premier Noir à l’obtenir.
2016 Tourne entre la France et les États-Unis depuis le carton d’Intouchables. Chocolat sort le 3 février.

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Joëlle Challandes

Rédactrice

Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno, Alamy, SP
Publication:
lundi 25.01.2016, 14:05 heure



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