Les sous fascinent les enfants et leur apprennent à connaître la valeur de l’argent.

Paiements: que cash l’avenir?

Monnaie À l’ère des cartes de crédit et de la lutte contre le blanchiment, l’argent liquide a-t-il encore une raison d’être? En Suisse, il n’est pas près de disparaître… Le 12 avril, un nouveau billet de 50 francs entrera en circulation.

La Banque centrale européenne parle de supprimer les billets de 500 euros alors qu’en Suisse, certains vont jusqu’à demander l’impression de billets de 5000 francs…

L’argent liquide étant peu traçable, la Confédération a décidé de renforcer la réglementation pour lutter contre la fraude fiscale, le blanchiment ou les transactions illégales. Depuis le 1er janvier dernier, il faut fournir une pièce d’identité pour tout paiement en espèces dépassant 100 000 francs.

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Cette décision va à contre-courant de la tendance en Europe. Le Danemark envisage l’abolition du liquide pour tout miser sur l’argent virtuel: les cartes de crédit ou les smartphones. La Chambre de commerce danoise a proposé au Parlement de se libérer complètement de l’argent liquide.
Depuis toujours, la Scandinavie est la région du monde qui utilise le moins les espèces. La Suède a été le précurseur du cash-free, devenu entre-temps sa marque de fabrique: café, journaux et tickets de bus ne peuvent être vendus qu’aux détenteurs d’une carte de crédit!
Au vu du large éventail de moyens de paiement électronique, l’argent liquide est-il encore utile, ou pourrait-on s’en passer? «C’est une question de culture. J’ai constaté aux États-Unis qu’il est normal d’utiliser les cartes de crédit pour tous les achats», observe Luigi Rezzonico, conseiller fiduciaire tessinois qui a vécu deux ans aux États-Unis. Il s’est tout de suite habitué à ce système, notamment parce que les paiements y sont faciles et rapides: «Il est possible de les tracer, on se déplace sans avoir trop d’argent sur soi, et en cas de besoin, il est possible d’accéder à de grosses sommes.»

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J’ai payé 80 centimes avec une carte de crédit»

Luigi Rezzonico, 59 ans, conseiller fiduciaire

Quid de la sécurité? «Elle est très élevée: je peux vérifier chaque opération sur mon téléphone portable et bloquer les paiements au moindre doute. Il y a aussi des risques: il faut être très prudent lorsqu’on utilise les cartes de crédit et qu’on effectue des paiements en ligne, surtout à l’étranger, et il ne faut pas vivre au-dessus de ses moyens.» L’aspect pratique le convainc: «L’autre jour, j’ai payé 80 centimes au kiosque en utilisant une carte de crédit, et le parking avec mon téléphone portable parce que je n’avais pas la monnaie…»

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J’utilise du cash et je planifie mes dépenses»

Monica Thaler, 54 ans, employée

Vivre sans carte de crédit

L’avis de Monica Thaler, employée à l’Interprofession de la vigne et du vin tessinois, est très différent: «Je dépense l’argent que contient mon porte-monnaie. Je ne me déplace pas avec beaucoup de liquide parce que je planifie mes dépenses, et si je vois quelque chose qui m’intéresse, je demande au magasin de me le mettre de côté et je repasse le lendemain. J’ai été éduquée comme ça: si tu as l’argent, tu le dépenses, sinon…» Peut-on vivre sans carte de crédit, banque en ligne ou application de paiement sur son téléphone? «Bien sûr, mais je l’avoue: j’ai une carte prépayée en euros, parce que sans carte de crédit, je ne peux pas, par exemple, effectuer de réservation de chambre d’hôtel ni d’achats en ligne. Mais je la laisse à la maison. Je ne la prends même pas quand je vais à l’étranger.»

Contrôler ses dépenses

De son côté, David Delcò, secouriste et formateur à la Croix-Rouge suisse, préfère une solution intermédiaire: «J’effectue la plupart de mes paiements grâce à des services en ligne. Je retire rarement du liquide au distributeur. Par contre, pour les achats quotidiens, j’utilise aussi bien les cartes de crédit que l’argent. Je trouve que l’utilisation de la carte Maestro est sécurisée, même pour les petites dépenses, mais il faut être discipliné et contrôler ses dépenses pour ne pas se retrouver dans le rouge.» 

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Je me mets à payer avec mon smartphone»

David Delcò, 46 ans, secouriste

Sur Internet, il se montre prudent, mais grâce à PayPal, il estime avoir toutes les garanties que son argent est bien transféré: «Et je peux effectuer mes paiements confortablement assis chez moi, sans me promener avec trop de billets en poche. Un autre avantage est celui de pouvoir transférer les montants qui me servent à payer mes achats d’un compte à l’autre, même si je reste attentif à ce que je dépense.» Des dangers? «En activant tous les contrôles de sécurité, en mettant constamment l’antivirus à jour et en faisant attention à qui je transmets telles ou telles données, j’ai l’esprit tranquille. En outre, je reçois un message pour chaque paiement effectué sous forme électronique, mais je note également toutes les entrées et toutes les sorties d’argent pour éviter de trop dépenser.» Et au quotidien? «J’ai peu de liquide sur moi et si je fais du shopping, j’essaie de planifier mes dépenses. Au pire, je retire ce dont j’ai besoin au distributeur.» Payer avec le smartphone? «Je m’y mets. Le système est intéressant: j’ai vu qu’à Bellinzone, il est déjà possible de payer le parking avec», note le Tessinois.

Une carte pour la moitié des achats

Aujourd’hui, 50% des achats réalisés dans les magasins Coop sont payés avec une carte: «Nos clients préfèrent utiliser les cartes, quel que soit le montant. En 1991, le montant à partir duquel les gens payaient par carte était de 120 francs; en 2014, il est descendu à 63,33 francs.», constate Beat Leuthardt, responsable des finances de Coop. Cette tendance est confirmée par les données 2005-2014 publiées par l’association suisse pour les paiements électroniques.
Cet été, la première montre permettant de payer des montants jusqu’à 40 francs sera lancée sur le marché suisse: il suffira de l’appuyer sur un appareil et, sans même saisir un code personnel, de procéder au paiement. Avec ces nouveaux systèmes, le cash disparaîtra-t-il des caisses? «Sûrement pas, du moins pas à court terme et en Suisse», répond en riant Beat Leuthardt. Il précise que l’argent liquide, surtout les pièces de monnaie, seront toujours nécessaires: «La moitié de nos clients paient volontiers avec des billets et nous devons leur rendre la monnaie.»

Exposition à découvrir jusqu'au 30 octobre 2016 au Musée Barbier-Mueller de Genève: Monnaies – Objets d'échange. Afrique-Asie-Océanie. 

Billets en circulation en suisse

Source BNS; infographie Niki von Almen

Contrefaçon: à la hausse

Le 12 avril, l'émission d'une nouvelle série de billets sera lancée en Suisse, nécessitant une adaptation des distributeurs de billets. Elle débutera avec le billet de 50 francs, suivi à intervalles de six mois par les autres billets. Pourquoi une nouvelle série? Les raisons sont essentiellement liées à la sécurité: la série actuelle date de 1998 et a fait son temps. En outre, la quantité de billets contrefaits a augmenté: en 2014, l’Office fédéral de la police signalait le retrait de 417 billets photocopiés pour une valeur de 66 000 francs, et de 2155 billets réalisés avec des imprimantes à jet d’encre, pour un total de 284 000 francs. Peu de gens le savent, mais les caveaux de la Banque nationale conservent également les séries imprimées qui ne sont jamais entrées en circulation et qui sont destinées aux cas d’urgence, par exemple, lorsque les faux billets sont trop nombreux…

Coupures déchirées

Les billets détériorés ou déchirés peuvent être remplacés directement auprès de la Banque nationale ou envoyés par voie postale à l’institut d’émission. En principe, l’échange est gratuit. Le billet doit être authentique (ou sa vérification doit être possible). Si le billet est déchiré, le fragment entier doit être plus grand que la moitié du billet et le numéro de série doit être identifiable dans sa totalité. Si le billet est déchiré en deux, les deux fragments doivent être, ensemble, plus grands que la moitié du billet, et le numéro de série doit être identifiable dans sa totalité. Si le billet est taché par inadvertance, les frais de fabrication, soit 30 centimes par coupure, vous seront facturés, sauf s’il s’agit de billets déjà abîmés ou périmés (n’ayant plus cours) avant l’incident. Pour l’envoi postal, il faut remplir le formulaire «Demande de remboursement de billets de banque détériorés» que vous trouverez sur le site de la Banque nationale suisse.

Twint

Le portefeuille numérique

Twint est l’un des modes de paiements numériques. Cette application permet de charger de l’argent sur son smartphone, puis de procéder aux paiements de manière sécurisée, sans utiliser d’argent liquide. Le téléphone portable devient une sorte de carte de crédit: à la caisse, il faut activer l’application et placer son téléphone sur le dispositif prévu à cet effet (Beacon) afin d’enregistrer la transaction. Il est aussi possible de recevoir et de s’envoyer de l’argent entre connaissances. Afin de pouvoir effectuer ce genre de paiement, il faut disposer d’un compte bancaire ou postal. www.twint.ch

Les informations de la Banque nationale suisse sur les nouveaux billets: films, brochures, photos

Un aperçu de l’histoire des billets suisses

C’est seulement après la création de la Banque nationale (1905) que la Suisse a imprimé des billets au niveau national. La première émission date de 1907. Au vu de l’ouverture proche des guichets, on a décidé d’émettre des billets intérimaires, qui reprenaient des modèles de billets précédemment imprimés par les banques cantonales.

© BNS

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1907-1925

Billets de 50, 100, 500 et 1000 francs. Ils n’ont plus de valeur depuis 1945.

© BNS

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1911-1958

Billets de 5, 10, 20, 40, 50, 100, 500 et 1000 francs. Ceux de 10 et 40 francs ne sont jamais entrés en circulation. Ils n’ont plus de valeur depuis 1978.

© BNS

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1938

Billets d’urgence de 50, 100, 500 et 1000 francs, jamais mis en circulation. Le billet de 500 francs n’a même jamais été imprimé.

© BNS

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1957-1980

Billets de 10, 20, 50, 100, 500 et 1000 francs. Ils n’ont plus de valeur depuis l’an 2000.

© BNS

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1978-2000

Billets de 10, 20, 50, 100, 500 et 1000 francs. Ils n’auront plus de valeur à partir de 2020.

© BNS

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1998-2016

Billets de 10, 20, 50, 100, 200 et 1000 francs. Ils n’auront plus de valeur à partir de 2036.

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2016

Des nouveaux billets de 10, 20, 50, 100, 500 et 1000 francs seront mis en circulation à intervalles réguliers d’ici 2019. Cette neuvième série de billets, conçue par la graphiste zurichoise Manuela Pfrunder, a pour thème «La Suisse aux multiples facettes». Le billet de 50 francs sera le premier à être mis en circulation, le mardi 12 avril. Celui de 20 francs suivra au printemps 2017.

© BNS

La sûreté du liquide

Sergio Rossi (48 ans), professeur de macroéconomie et d’économie monétaire à l’Université de Fribourg

Sergio Rossi (48 ans), professeur de macroéconomie et d’économie monétaire à l’Université de Fribourg
Sergio Rossi (48 ans), professeur de macroéconomie et d’économie monétaire à l’Université de Fribourg

L’argent liquide est-il voué à disparaître?
On l’utilisera de moins en moins. Même les petits montants seront toujours plus souvent réglés par le biais d’applications pour téléphones portables. D’autre part, le paiement de sommes élevées se fera par virement bancaire, car les grosses coupures, comme les billets de 1000 francs, seront retirées de la circulation afin de lutter contre la soustraction d’impôt et de réduire le nombre de transactions illégales. En outre, le commerce électronique gagnera en importance.

Quels sont les dangers et les avantages d’une société sans argent liquide?
Deux dangers principaux: les paiements réalisés via les appareils mobiles ne garantissent pas la sécurité informatique et peuvent être entravés par des problèmes techniques. Et il est plus facile de s’endetter et de se retrouver ensuite dans l’incapacité de payer ses dettes, puisqu’il n’est plus nécessaire de disposer d’argent liquide pour acheter des biens ou des services. Il existe cependant des avantages évidents, tels qu’effectuer des paiements sans devoir prélever d’argent liquide de son compte, ou obtenir des produits avant d’avoir gagné le revenu nécessaire pour les acheter.

Peut-on vivre au quotidien sans argent liquide?
À court terme, l’absence d’espèces peut apparaître comme une libération de la nécessité d’avoir des billets, et par conséquent un revenu, pour acheter des biens et des services. Une fois l’euphorie initiale passée, on comprendra que l’argent liquide est le meilleur moyen et le plus sûr pour payer des petits montants, sans craindre d’être la victime d’un méfait ou d’un problème informatique, ni de se retrouver surendetté parce qu’on se laisse tenter par l’achat à crédit. En fin de compte, cela dépendra beaucoup du niveau des connaissances financières de chacun.

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Texte: Mirko Stoppa

Photos: Heiner H. Schmitt, Massimo Pedrazzini, BNS, SP

Publication:
lundi 04.04.2016, 14:30 heure



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