Yann Wyss a baissé son taux de travail pour sa fille.

Papa jongle entre boulot et maison

Temps partiel Les mères sont beaucoup plus nombreuses que les pères à diminuer leur temps de travail pour s’occuper de leurs enfants. Mais on note une augmentation des papas à temps partiel.

Selon les chiffres de l’Enquête suisse sur la population active, seuls 9,2% des pères d’enfants de moins de 15 ans qui ont un emploi ont travaillé à temps partiel (moins de 90%) en 2013. En 2010, ils n’étaient que 7,6%. Ces chiffres montent en flèche du côté des mères selon les mêmes critères: elles étaient 80,3% à travailler à moins de 90% en 2013 (81,4% en 2010).
«L’identité paternelle est plus fragile que l’identité maternelle. Les pères ont plus besoin d’être encouragés par les mères pour s’investir dans la vie domestique», indique le psychologue Nicolas Favez.
Bertrand Page, père d’une fille de 7 ans et d’un garçon de 4 ans, est en train de sortir du linge de la machine. Cet habitant de Romont (FR) travaille dans le développement informatique. Il est passé de 100% à 90%, puis à 80%, suite aux naissances de ses deux enfants, afin d’avoir plus de temps à leur consacrer. «Ce n’est pas donné à tout le monde, tout dépend des corps de métier, constate-t-il. Un collègue qui travaille dans les banques a dû se battre longtemps pour obtenir un temps partiel. Et pour les PME c’est encore plus difficile.»
Chaque jeudi, en plus de s’occuper de ses enfants, Bertrand Page fait des courses pour plusieurs jours et va à la déchetterie: «On a ainsi plus de liberté le week-end, par exemple pour aller skier», se réjouit-il. Son épouse travaille à 50%. Le couple est satisfait de son organisation familiale. «Mais c’est dommage qu’un salaire ne suffise plus de nos jours pour faire tourner un foyer», regrette l’ingénieur.

Dès qu’il passe du temps avec ses enfants, Bülent Kalin évacue la pression du travail. 

«Je gagne en qualité de vie»

Technicien de maintenance pour le métro lausannois M2, Yann Wyss est papa d’une petite fille d’un an. Depuis cinq mois, il peut s’en occuper seul chaque lundi. Son employeur a accepté qu’il diminue son temps de travail à 80%: «Les TL se sont montrés ouverts à la démarche qui veut concilier au mieux vie privée et vie professionnelle. Je me sens chanceux, car le temps partiel n’a rien d’évident dans le monde de l’industrie», se réjouit le Lausannois.
Sa compagne travaille à 60%, lui à 80%. Du lundi au vendredi, leur fille Zia passe deux jours avec sa maman, deux jours à la crèche et un jour avec son papa. «C’est un bon mix pour nous trois. J’espère qu’il va durer longtemps encore! Plus le temps passe, plus mon amour grandit pour ce petit être. En ce moment, Zia commence à bien marcher, c’est des instants géniaux à partager!»
Un peu inquiet les premiers temps du point de vue salarial, Yann Wyss (35 ans) s’est bien vite rassuré: «On paie moins pour la crèche et je gagne beaucoup en qualité de vie.» Si ça lui fait du bien d’avoir du temps avec sa fille, les journées qu’il passe avec elle ne sont en rien des vacances: «S’occuper d’un bébé et des tâches domestiques, c’est assez sport!» Lorsqu’il se balade avec Zia et la poussette, il ne croise presque que des mamans et il en sourit: «La situation est ainsi. Je pense qu’elle s’explique à la fois par le fait que beaucoup de pères ne peuvent pas baisser leur temps de travail et que ce n’est pas entré dans les mœurs de chacun», conclut-il.
Progrès il y a eu: «Pour la génération de mes grands-parents, il était inimaginable qu’un homme se promène avec une poussette. Aujourd’hui, cela n’étonne personne. Mais si un père se retrouve seul au parc avec son enfant avec un groupe de mères avec leurs enfants, il risque d’avoir une impression d’étrangeté, de faire faux. Cela ne facilite pas l’investissement…», constate le psychologue Nicolas Favez.

La famille Kalin de Villeneuve (VD) profite de se retrouver à quatre le week-end.

«Je m’évade avec mes filles»

Bülent Kalin (36 ans) est directeur d’entreprise dans le secteur de la construction. Il travaille à temps complet, mais fait tout pour s’organiser lorsqu’il y a besoin de garder ses deux filles: «J’aime mon boulot et ma famille, je ne pourrais pas vivre sans l’un ni sans l’autre. C’est donc normal de trouver un compromis entre les deux.»
Astreint à des délais stricts et à une concurrence rude sur le marché, il est ravi de faire le vide et d’oublier cette pression lorsqu’il s’occupe d’Asya (presque 5 ans) et Sibel (2 ans et demi). «Je m’évade et fais l’enfant», rigole-t-il. Son épouse Emilie (29 ans), styliste, a toujours gardé un petit pourcentage en tant que vendeuse en confection ou secrétaire depuis qu’elle est maman: «C’était important pour moi de m’occuper de mes filles, mais je voulais garder une vie active.» Elle se lance cette année en indépendante, avec sa propre marque de vêtements: «Je me réjouis, mais en même temps j’ai du mal à lâcher prise par rapport à mes filles. J’aurai moins de temps pour elles.» Heureusement, elle peut compter sur son mari et son entourage pour la soutenir.
Trouver un équilibre entre vie familiale et vie professionnelle n’a rien d’une sinécure…

Entre sa fille, le ménage et les repas, Yann Wyss ne chôme pas le lundi!

«Une petite ambivalence chez les pères et les mères»

Nicolas Favez (49 ans), professeur de psychologie à l’Université de Genève

Nicolas Favez (49 ans), professeur de psychologie à l’Université de Genève
Nicolas Favez (49 ans), professeur de psychologie à l’Université de Genève

Pourquoi les pères sont-ils peu nombreux à travailler à temps partiel pour s’occuper de leurs enfants?
Cette question déchaîne des discussions passionnelles et on n’a pas de réponse claire. Les défenseurs des approches néo-darwiniennes disent que c’est parce que la femme est faite pour s’occuper des enfants et l’homme pour protéger le noyau familial. À l’opposé, d’autres expliquent cette situation par le résultat de siècles d’intériorisation des rôles traditionnellement attribués aux hommes et aux femmes.

Et plus concrètement, les employeurs se sont pas tous prêts à diminuer les temps de travail…
En effet, surtout lorsqu’il s’agit des hommes. Et on sait que dans la plupart des couples, à taux de travail égal, les revenus de monsieur sont plus élevés que ceux de madame. Il est donc plus rentable de maintenir le salaire du père à plein temps que celui de la mère. Si chacun avait le même salaire au sein d’un couple, je suis persuadé que ça provoquerait un changement important sur l’organisation.

Qu’en est-il du regard des autres sur le choix des hommes et des femmes?
Si monsieur travaille à 100% et madame s’occupe du foyer, on ne va pas être frappé. Si c’est l’inverse, on va soupçonner chez madame l’absence d’une fibre maternelle et chez monsieur une incapacité à trouver du travail, alors que c’est peut-être juste leur choix à tous les deux!

Qu’est-ce qu’une relation de parents équilibrée au niveau de l’organisation?
Les recherches montrent que l’important est que la répartition des tâches soit équitable, c’est-à-dire que chacun y trouve son compte. Du point de vue psychologique, il n’y a pas une répartition meilleure que l’autre si chacun se sent à l’aise au quotidien. Mais il y a une petite ambivalence chez les pères et les mères…

Laquelle?
Certaines femmes ne laissent pas le contrôle domestique au père. Face à une attente sociale importante, elles ont intériorisé le fait qu’elles doivent être des mères de famille responsables des enfants. Quant aux hommes, ils sont souvent trop optimistes sur leurs capacités… C’est comme s’ils anticipaient mal ce que c’est que de changer un bébé sept fois par jour!

Commentaires (2)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Etes-vous d'accord?

À quoi ressemble un bon équilibre entre vie professionnelle et vie de famille selon vous?

Choisissez d’abord une réponse SVP.

Merci de votre participation!

Joëlle Challandes

Rédactrice

Photo:
Charly Rappo/arkive.ch, Darrin Vanselow, Félix Imhof/PRN LIVES
Publication:
lundi 09.02.2015, 15:40 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?