Le Romand Pat Burgener ne veut pas choisir entre son snowboard et sa guitare, ses deux amours. Concilier deux carrières lui assure l’équilibre dont il a besoin.

Il saute du half-pipe à la scène

Polyvalent On ne lui prédisait pas un parcours brillant à Pat Burgener, l’enfant turbulent. Mais à 23 ans, le Valaisan vise une médaille olympique et va sortir un album.

La tempête a eu raison des entraînements prévus sur le half-pipe de Crans-Montana. Mais le local Pat Burgener trouve toujours le moyen de tuer le temps autrement.

Pas de snowboard signifie plus de temps pour la musique?
C’est clair! On a profité de faire de la musique avec mon groupe. On bosse sur l’écriture de la bande-son d’un film pour un sponsor. En tant qu’artiste, je souhaite être impliqué dans les projets.

À la base, vous êtes quand même chez vous à Crans pour une préparation olympique…
Ce matin, j’ai fait un entraînement physique avec mon coach. Puis on a été dans la neige presque nus, c’était hard! On a aussi fait deux-trois runs dans la poudre, c’était moins cadré et ça fait aussi du bien.

En fait, préférez-vous parler musique ou sport?
Les deux. Si je devais préférer l’un, j’arrêterais l’autre. Les deux se complètent parfaitement.

Enfant hyperactif, votre scolarité a été très difficile. Le sport vous a permis de canaliser votre énergie…
Exactement. Il n’y avait aucun moyen de me mettre sur un banc d’école et de me faire étudier. Je refusais car ce n’était pas mon chemin. Je me suis vraiment battu pour avoir la vie que j’ai aujourd’hui. Mais ce n’est ni de la chance, ni du talent… Je n’y crois pas! C’est juste du travail, de la sueur et la volonté de ne pas se contenter de ce qu’on a.

D’où vous vient ce désir d’être libre, de vivre votre vie comme vous vous l’imaginez?
J’étais rebelle. J’ai toujours fait le contraire de ce qu’on me disait, en restant dehors après la récréation, par exemple. Je me suis toujours battu pour avoir ma liberté. Le système scolaire ne fonctionnait pas pour moi. N’ayant pas fait d’études, j’aurais pu accepter ce qu’on voulait bien m’offrir. Mais j’ai tout fait pour me donner les moyens d’être heureux, soutenu par mes parents et mes frères.

Votre aîné est votre manager et votre cadet est musicien dans votre groupe. Comment décririez-vous votre relation?
On s’aime énormément et nous sommes très proches. Notre mère libanaise, qui a vécu au Brésil, nous a inculqué de fortes valeurs familiales. Elle nous a dit que, tous les trois, nous allions construire un mur qui serait indestructible. À l’époque, on rigolait. Mais mon frère a quitté son métier de banquier pour devenir mon manager, se rendant compte que l’univers de la banque ne lui convenait pas. Et mon petit frère étudie la musique à Londres. Chacun suit ses passions et s’inspire des autres.

«

J’ai toujours fait le contraire de ce qu’on me disait »

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’être snowboarder?
J’ai toujours fait plein de sports quand j’étais petit,  c’était le seul moyen de me défouler mais j’abandonnais assez vite. J’ai découvert le snowboard freestyle ici à Crans-Montana. À 10 ans, j’ai fait un 360° et j’ai eu un déclic: j’ai su à ce moment-là que je voulais faire ça de ma vie.

Les blessures n’ont pas épargné votre carrière précoce.
Lorsque je me suis déchiré les ligaments du genou en 2014, je faisais face à une nouvelle blessure qui me privait encore une fois des Jeux olympiques. J’avais déjà manqué ceux de Vancouver en 2010, pour lesquels je m’étais qualifié à 15 ans. J’ai alors failli arrêter le snowboard, car j’étais totalement perdu. 

La musique s’est alors immiscée dans votre vie…
Le seul moyen de passer cette épreuve sans déprimer était de trouver autre chose. J’ai totalement éteint le snowboard pendant 8 mois et dans ma tête, c’était clair: je veux faire carrière dans la musique. J’ai bossé comme un malade du matin au soir et j’ai pris des cours pour devenir musicien. Dès mon premier concert, j’ai eu l’étincelle que j’avais eue en snowboard à l’âge de 10 ans. Ça m’a tout réactivé dans mon corps et tout à coup, je me réjouissais tellement de refaire du snowboard. J’ai
recommencé le snow avec un esprit totalement libre, avec l’intention de m’amuser, d’avoir ce plaisir du début. Je savais qu’au pire, j’avais la musique à côté si après deux ou trois ans, je me rendais compte que ça ne fonctionnait plus en snowboard. Ce relâchement m’a permis de réaliser ensuite les deux meilleures saisons de ma carrière.

Comment vivez-vous avec ce risque permanent lié au half-pipe et ses sauts à plus de 5 mètres de hauteur?
Le risque, c’est la peur et tout le monde a peur. Je la recherche avant chaque concert, chaque enregistrement et chaque compétition. Quand je m’élance sur le pipe, je sais que cette figure risque de me briser la nuque si je la rate. Mais il faut serrer la main à la peur, lui dire «OK, on est potes, on va travailler ensemble». Avec elle, tu apprends énormément car elle t’oblige à puiser au plus profond de toi.

La peur avant de s’élancer sur un pipe est-elle la même que celle avant de monter sur scène pour un concert?
C’est exactement la même chose, sauf qu’en snowboard, il y a le risque physique en plus. Au début, il y a cette peur mais ensuite une extase absolue.

Quelles comparaisons peut-on faire entre musique et sport?
Tous les deux ont en commun la créativité et la performance. Il y a plus de communication dans la musique et c’est aussi ce qui me plaît. C’est quelque chose qui me manque en snowboard, un monde solitaire dans lequel on est seul dans son pipe et en l’air, même s’il y a un public et des téléspectateurs. En musique, on est plusieurs dans le groupe, il y a cet esprit de famille. Et le public est en face, on voyage ensemble. C’est vraiment du partage et c’est un complément parfait au snowboard.

Qu’est-ce que la musique vous apporte en tant que sportif?
Elle m’apporte le calme nécessaire pour être performant en compétition et m’enlève de la pression. Depuis que je fais de la musique, j’ai commencé à écrire. Et écrire, c’est tellement important dans le sport: tu sors tout ce qui est au fond de toi. La musique m’a aussi beaucoup appris sur la persévérance. Il faut répéter des centaines de fois une musique. À l’inverse, le snow m’apporte de la
créativité, de l’ouverture d’esprit et de l’inspiration en tant que musicien.

La conciliation de deux carrières comporte aussi ses inconvénients, comme récemment à Laax…
Si je n’ai pas gagné ces finales (ndlr: il était en tête après les qualifications pour reculer à la 11e place finale), c’est surtout lié au concert qu’on a donné la veille et à ses imprévus. Le soundcheck a duré 2  h au lieu de 30 minutes à cause de problèmes de son et le lendemain, je n’avais plus l’énergie nécessaire pour affronter des conditions météo difficiles. J’assume mon choix et j’apprends de mes erreurs, mais j’ai tellement de peine à dire non à un concert. J’aime beaucoup trop la musique pour annuler et à Laax, c’est l’endroit idéal, on a joué 1 h 30 devant 600 personnes. C’était intense, j’étais trempe.

Pas de regrets donc?
C’est dommage, j’aurais vraiment pu m’y imposer. Mais mentalement, le concert m’a fait du bien. Je suis au top de ma forme, je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis deux mois et il m’a juste manqué un peu d’énergie pour plaquer mes runs en finale. Mais finalement, ce n’est pas plus mal de ne pas pouvoir se satisfaire de ce succès à trois semaines des Jeux.

D’où vient le titre «Korea», sur votre prochain album?
Lors du test préolympique l’an passé en Corée, je suis tombé violemment alors que j’allais gagner. Déprimé et souffrant dans ma chambre d’hôtel, j’ai relativisé en me disant que les JO, c’était l’an prochain. J’ai alors trouvé une énergie positive. J’ai pris ma guitare et composé ce morceau en quelques heures. Il évoque le fait de devoir surpasser ces voix négatives dans ta tête, qui te disent que ça ne va pas passer. Alors que si!

Écoutez-vous de la musique pendant vos runs?
Toujours. Avant chaque compétition, j’écoute Korea. Elle me fait revenir au présent quand mon esprit part dans tous les sens. Pendant un run, je suis trop dedans avec ma musique pour rester concentré. Je privilégie plutôt du son d’ambiance pour me motiver.

Qu’avez-vous prévu pour la Saint-Valentin?
Je serai en finale des Jeux olympiques! (rires)

Pas sur scène?
Trois concerts sont prévus à Pyeongchang les 15, 16 et 17 février. Si j’obtiens une médaille, et c’est mon but, ce sera difficile de jouer le soir même. Mais bon, si ça se trouve, je vais quand même débarquer avec ma guitare et improviser un concert dans l’euphorie…

Pat Burgener lors de notre entretien dans un hôtel de Crans, où l’équipe nationale de snowboard half-pipe s’est entraînée.

Un talent qui a trouvé sa voie

Patrick Burgener est né en 1994 à Lausanne et vit une scolarité difficile, obligé de changer plusieurs fois d’établissement scolaire en raison de son comportement lié à son hyperactivité. Le sport est son remède et il débute à 15 ans comme snowboarder pro, remportant notamment une médaille de bronze aux Mondiaux en 2017. Parallèlement, il est musicien et sortira un album en mars. 

Commentaires (0)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.










Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Sylvain Bolt

Rédacteur

Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 29.01.2018, 13:00 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?