Patrick Lapp, comédien: «La création d’un spectacle commence toujours par de l’impro. On enregistre. On réécoute. Marivaux procédait ainsi – à part l’enregistreur…»

«Je fais ce que j’aime»

Ce n’est pas parce que la radio lui a fermé le clapet que Patrick Lapp va se mettre au jardinage. Rencontre avec un formidable comédien que le cinéma découvre enfin.

Coopération. «Les Grandes Ondes», le film de Lionel Baier – dans lequel vous êtes un preneur de son – sort ces jours. C’était (presque) votre première expérience du cinéma. Comment s’est passé le tournage?
Patrick Lapp. J’en ai bavé…Deux mois de tournage au Portugal, avec quarante personnes, tous des pros du cinéma et de formidables comédiens, c’était stressant. On travaillait la nuit, alors que j’ai l’habitude de dormir, la nuit… Les rares nuits où je pouvais dormir, Baier m’envoyait un mail pour me dire qu’il avait complètement réécrit ma scène. Sinon, quand il n’envoyait pas de mail, je me réveillais en sueur, certain qu’il avait coupé ma scène. Bon, ça apprend l’humilité, beaucoup de gens devraient en faire l’expérience.

L’histoire se passe au Portugal, au moment de la Révolution des œillets, en 1974. Vous gardez quel souvenir de ces événements?
En 1974, je jouais Le Chant du fantoche lusitanien de Peter Weiss, monté par le Théâtre de l’Atelier de François Rochaix, spectacle qui évoque les méfaits de la dictature de Salazar en Angola et qui avait tourné un peu partout en Europe. Sauf au Portugal.

Votre personnage de preneur de son, faux grognon et vrai mariole, attendrissant et déluré, comment l’avez-vous construit? Il y a quelque chose de Bob en vous? Ou l’inverse?
Pour construire ce personnage, j’ai pensé à des copains preneurs de son. Et puis c’est toujours pareil, il suffit d’y croire. Si j’ai un rôle de roi, je suis un roi. Ou Hamlet ou Othello ou Bob. Le preneur de son est quelqu’un d’extrêmement important, très proche des comédiens, mais auquel on ne pense pas toujours. Sur un tournage, il met des micros à tout le monde et quand on coupe, les gens ne font plus attention à ce qu’ils disent, alors que lui continue d’entendre. Donc il sait tout sur tout le monde: qui couche avec qui, etc.

Votre personnage, Bob, s’apprête à partir en retraite, alors que Cauvin, son collègue reporter perd la mémoire. Prendre de l’âge, ça vous fait quoi?
Vieillir, c’est encore la meilleure manière de ne pas mourir tout de suite…

Et l’idée de la retraite?
Pour moi qui n’ai ni jardin ni caniche, je ne vois aucune raison de la prendre. Si j’étais maçon, je comprendrais: la plupart des gens qui font un métier pénible aspirent à une nouvelle vie et à une libération. Comme je suis mon propre employeur, j’en ai discuté avec moi-même et nous sommes convenus que ça n’avait aucun sens.

Le film de Baier porte un regard doucement caustique sur la radio, avec ces envoyés spéciaux qui sont une bande de pieds nickelés. Vous y adhérez?
Je crois que le film correspond à la réalité. Non, ces envoyés spéciaux ne sont pas des nouilles, d’ailleurs, ils gagnent un prix avec leur reportage. Je crois que ce qui est fait de manière peu formatée, spontanée, donne parfois des résultats formidables. Ce qui tient de l’impro réussit souvent mieux que ce qui est très construit.

«

Pour moi qui n'ai ni jardin ni caniche, pas de raison de prendre la retraite»

La radio s’est arrêtée, avec la fin d’«Aqua Concert», qui prenait une place importante dans votre vie. Et maintenant, de quoi sont faites vos journées?
Je fais tout ce que j’aime: cinéma, théâtre, radio, télé…

Et vos autres projets?
Un spectacle qui s’appelle «Les curistes», avec Jean-Charles et la soprano Brigitte Hohl – pour lequel nous avons coécrit nos sketches, avec le spa comme fil rouge. Nous jouons des curistes qui se retrouvent dans une station thermale et, comme les soins leur laissent beaucoup de temps, se confient leurs histoires. Brigitte Hohl est la masseuse et responsable des soins… Nous jouerons bientôt en Valais.
  
On peut aussi annoncer le retour de «Bergamote»?
«Bergamote», bien sûr, ça continue. D’abord par une reprise des «Noces de carton», dès le 25 septembre. Puis avec un nouveau spectacle qui s’appellera «Bergamote v.o.», dans lequel nous dirigeons, Claude-Inga Barbey et moi-même, une entreprise de pompes funèbres. Avec des morts qui parlent…

Là aussi, vous écrivez vos propres textes avec les autres comédiens?
La création d’un spectacle commence toujours par de l’impro. Claude Blanc enregistre et monte. On réécoute et on laisse toujours une ouverture, une place à l’inspiration du moment. Marivaux ne procédait pas différemment… à part l’enregistreur.

Pour en revenir aux «Grandes Ondes», comment jugez-vous le cinéma suisse?
J’en étais resté à Tanner, Soutter, Goretta et leurs longs plans qui renvoient à la suissitude. La grande qualité de Lionel Baier, c’est qu’il ne fait pas des films suisses…

Le film: zizanie en Lusitanie

Cauvin, ex-grand reporter perclus d’angoisses, Julie, jeune journaliste fonceuse, Bob, preneur de son un peu ours. Le trio de losers attendrissants embarque dans un vieux Combi VW de la radio romande pour des reportages sur l’aide suisse au Portugal. Mais c’est avril 1974 et la Révolution des œillets s’apprête à déferler… Une comédie nostalgique et espiègle aux couleurs des seventies.

«Les Grandes Ondes (à l’ouest)» de Lionel Baier, avec Valérie Donzelli, Michel Vuillermoz, Patrick Lapp. Sortie le 18 septembre

Patrick Lapp


Planches et ondes

Lieux. Né à Rolle en 1944, Patrick Lapp vit aujourd’hui à Gimel (VD).

Radio. C’est par les ondes qu’il est connu du grand public: là où naîtront les deux couples mythiques qu’il forme respectivement avec Claude-Inga Barbey («Bergamote» dès 1998) et Jean-Charles Simon, improvisant au jour le jour pour évoquer la musique classique de manière décalée.

La scène. Mais c’est sur les planches que Patrick Lapp donne d’abord la mesure de son talent: formé au Théâtre de l’Atelier de François Rochaix, avant d’interpréter de nombreux rôles du répertoire classique ou contemporain, de Shakespeare revisité au théâtre de boulevard, d’écrire et de tâter de la mise en scène.

Actuellement au cinéma. Seul le cinéma l’avait boudé jusqu’ici (excepté «Mérette» de Jean-Jacques Lagrange, en 1982), lacune comblée grâce à Lionel Baier et ses «Grandes Ondes».

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Veronica Aldazabal
Photo:
Darin Vanselow
Publication:
lundi 16.09.2013, 08:46 heure

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