Patrick Warnking: dans l’élan et les chances de la digitalisation.

«La règle? Pas de courriels après 20 h»

Innovation À Zurich, Google a une équipe de près de 2500 collaborateurs, originaires de 85 pays. Rencontre du patron de Google Suisse, Patrick Warnking.

Monsieur Warnking, qu’avez-vous googlé en premier ce matin?
Rien pour l’instant. J’ai débuté la journée par une réunion.

Mais votre smartphone est pourtant avec vous partout?
Je me réveille avec lui mais ne l’utilise ensuite que dans les transports publics quand je me rends au travail. Le matin est tout d’abord consacré à mes enfants, à ma femme et au premier café pris à la maison.

Google Suisse a démarré en 2004 avec deux salariés, la filiale en compte aujourd’hui presque 2500 et vous prévoyez de doubler encore ce chiffre. Quel est le moteur de cette croissance?
Le fait que nous investissions ici depuis 13 ans en dit long sur la force d’innovation et les formidables talents que l’on peut trouver en Suisse. En informatique, les EPF de Zurich et Lausanne, l’Université de Zurich et certaines hautes écoles spécialisées font partie des meilleures du monde.

La qualité de vie joue aussi un rôle?
Bien sûr! Les gens talentueux que nous attirons ici sont nombreux à tomber amoureux de la Suisse et s’y installent volontiers. C’est ce qui m’est arrivé. Enfant, je rendais souvent visite à des proches en Suisse et j’ai appris à skier à Hoch-Ybrig.

Depuis 2015, la holding de Google s’appelle «Alphabet». Pour dire que le digital est maintenant aussi important qu’apprendre à lire et écrire?
Éducation et formation sont des thèmes centraux de la digitalisation, si ce n’est les plus importants. Il nous faut donc tous éveiller une passiondigitale chez les enfants et les adolescents, tout en leur apprenant à gérer intelligemment ces technologies. Il ne suffit pas de jouer en réseau, il faut également développer des compétences médiatiques. Voire même susciter un intérêt professionnel: en tant que place de recherche et de développement, la Suisse a de plus en plus besoin de diplômés en mathématiques, informatique, sciences de la vie et ingénierie.

Comment motiver les jeunes, qui trouvent souvent que l’informatique n’est pas très cool et préfèrent devenir youtubeurs?
Il n’est pas nécessaire qu’ils deviennent tous programmateurs. Mais il faut disposer d’une pensée analytique et être prêt à se perfectionner en permanence après avoir terminé l’école, sa formation professionnelle ou ses études. La qualité et la perméabilité élevées du système d’éducation et de formation suisse offrent beaucoup d’opportunités. Et le fait de pouvoir continuer à apprendre toute sa vie est important pour chacun, mais également une chance pour que la Suisse reste compétitive.

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En informatique, 
les EPF, l’uni de Zurich, des HES font partie des meilleures du monde»

Beaucoup associent la digitalisation à une mise en danger de l’emploi. Est-ce une inquiétude justifiée?
Il ne fait aucun doute que tout le monde va devoir acquérir certaines compétences digitales et médiatiques, et cela peu importe la branche. Il n’en reste pas moins qu’un suivi personnalisé demeurera toujours nécessaire, que ce soit dans le secteur de la santé ou du tourisme.
Dans le domaine des prestations de services, l’automatisation devrait à mon avis être moins marquée, tout comme on continuera de miser sur les ressources humaines en matière de recherche et de développement. Et à l’inverse, les pays dont une grande partie de l’économie est basée sur la production industrielle connaîtront une automatisation plus importante et, par voie de conséquence, une délocalisation de l’emploi.

Les dirigeants s’intéressent avant tout aux chiffres. Pour vous, qu’y a-t-il de si particulier à travailler chez Google Suisse?
Nous sommes avant tout un centre de recherche et de développement; nos pertes et nos bénéfices ne sont donc pas passés au crible comme dans d’autres entreprises. J’aime travailler chez Google car j’aime apprendre. J’ai la possibilité de travailler avec de nombreuses personnes différentes – en dehors de Google aussi – et je ne m’ennuie jamais.

Vous travailliez auparavant pour une société de télévision. Qu’est-ce qui vous a attiré chez Google?
À l’époque, YouTube venait de faire son apparition et je trouvais très intéressant que la recherche textuelle ait été élargie aux images animées. Je savais que l’utilisation de vidéos s’était déplacée vers Internet et tout indiquait que cette tendance allait encore se renforcer. À cela s’ajoutait le fait que j’appréciais les nouvelles formes de collaboration que Google offrait au sein de l’entreprise.

C’est-à-dire?
Chez Google, nous travaillons davantage en équipes, avec beaucoup moins de hiérarchies figées, ce qui rend possible une approche ascendante de l’innovation: chacun peut consacrer 20% de son temps de travail à ses propres idées, mais il doit essayer d’enthousiasmer ses collègues afin qu’ils mettent ensuite le projet en œuvre ensemble. C’est ce gain de liberté que j’apprécie.

Combien de temps consacrez-vous à votre famille?
Bien sûr mes fonctions exigent que je participe à des manifestations ou des réunions tardives. Mais je prévois suffisamment de temps pour pouvoir passer des soirées en famille et je ne travaille pas du tout le week-end. La règle est de ne pas envoyer d’e-mails après 20 h ni le week-end, sauf en cas d’urgence. L’équilibre travail/vie de famille est ainsi préservé sur le long terme.

Comment vous maintenez-vous en forme?
J’adore faire du sport et ce loisir est facile à intégrer dans ma vie professionnelle: les «feedback-walks», c’est-à-dire des promenades d’une heure sans gadgets techniques, lors desquelles nous discutonset échangeons nos idées en pleine nature, font partie intégrante de notre manière de travailler. Je le fais aussi avec des collègues lors d’un jogging le long de la Sihl jusque dans la forêt ou sur les bords du lac de Zurich.

Vous avez évoqué votre famille. Vos enfants sont-ils fiers du job de leur papa?
Ils s’y intéressent, me posent des questions sur la digitalisation. Comme leurs copains, ils sont fans de certains contenus sur YouTube.
Mais ma femme et moi veillons à ce que nos enfants fassent un usage pertinent des médias numériques. Qu’ils ne s’en servent pas uniquement pour se divertir mais aussi pour faire leurs devoirs. Qu’ils sortent pour rencontrer des amis. Pour que cela ne soit pas trop compliqué, nous avons deux réseaux wifi. Chacun peut installer relativement facilement un dispositif similaire chez soi. L’un est pour les enfants et je le débranche régulièrement, l’autre est destiné à ma femme et moi.

Un rêve, un objectif que vous aimeriez concrétiser?
J’aimerais apporter ma pierre à l’édifice afin que la transition digitale permette aux individus d’améliorer leurs perspectives d’avenir et aux entreprises de créer de nouveaux emplois.
C’est pourquoi je m’engage chez Google pour l’initiative «Digital Switzerland», dans le comité consultatif «Digitale Transformation» du Conseil fédéral, mais aussi auprès d’organisations à but non lucratif comme l’Unicef.

Le grand potentiel suisse

Patrick Warnking (50 ans) 
dirige Google Suisse depuis 2011.

Dans le dictionnaire «Larousse», le mot «googliser» (et sa variante «googler») signifie: «rechercher des informations sur Internet en utilisant le moteur de recherche Google». À Zurich qui est, hormis celui aux États-Unis, le plus grand centre de recherche de Google, les équipes travaillent par exemple au développement des recherches sur YouTube ou aux innovations de l’intelligence artificielle par le «machine learning». 

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Martin Winkel
Photo:
Stéphanie Liphardt
Publication:
lundi 20.11.2017, 12:50 heure



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