Ils ne parlent pas la même langue mais se compren-nent parfai-tement bien: Glois Gasser, l’Obwaldien, et Miguel Ortega, le Bolivien.

Paysans d’un bout à l’autre du monde

Franchement, échangeriez-vous votre vie contre une autre pour un million de dollars? Deux agriculteurs de montagne bio, l’un du canton d’Obwald, l’autre de Bolivie, répondent spontanément non. 

Il n’y a que la distance géographique qui les sépare. Pour le reste, ils sont très proches: Niklaus, dit Glois Gasser, de Lungern (OW) et Miguel Ortega, de la région de Ayllu Viloco, en Bolivie. Tous deux sont agriculteurs de montagne bio, la quarantaine, avec des familles nombreuses. Leurs mains sont rugueuses, leurs journées de travail interminables et tous deux sont convaincus que l’agriculture est une bonne chose. Ils répondent d’ailleurs de la même manière à la question à un million de dollars: «Je ne partirais pas. J’utiliserais cet argent pour améliorer mon exploitation.»

«

C’est presque incroyable qu’on puisse vivre et survivre ainsi»

Pour Miguel Ortega, cela veut dire continuer de travailler le sol à la main, cultiver du quinoa (plante cultivée pour ses graines) et une vingtaine de variétés de pommes de terre. Tout cela à une altitude de 4200 à 4500 mètres. En espérant que les dieux et Pachamama, la Terre-Mère, lui soient favorables, à lui et aux siens. Vingt variétés de pommes de terre? «Oui, répond le Bolivien, en visite en Suisse sur l’invitation d’Helvetas. La diversité garantit notre survie. Avec une seule variété, le risque de maladies est bien trop élevé.»
Franziska, l’épouse de Glois, écoute attentivement: «C’est presque incroyable qu’on puisse vivre et survivre ainsi. Mais c’est aussi ce que les citadins suisses pensent de nous, les agriculteurs de montagne.»

La famille Gasser possède une exploitation laitière sur trois sites, entre 700 et 1800 mètres. Il y a bien longtemps qu’elle s’est reconvertie au bio. Le lait est transformé en fromage d’alpage en été. Le reste de l’année, il est livré à un grand groupe laitier. Pas de quoi devenir riche.
Miguel Ortega non plus n’est pas riche. Ni subventions ni Parrainage pour les régions de montagne. Toutefois, grâce à Helvetas, il a pu se former pour devenir un agriculteur bio de référence. Il forme même d’autres agriculteurs. «En combinant le savoir traditionnel et les nouvelles techniques, nous produisons des excédents lors de bonnes années», souligne-t-il. Toujours grâce à Helvetas, il contourne les intermédiaires commerciaux et vend ses excédents directement aux consommateurs.

Il est midi et les Gasser se retrouvent autour d’un repas savoureux et solide. «Les meilleurs macaronis au fromage du monde», se réjouissent les enfants. Est-ce que l’un d’eux reprendra l’exploitation? «Je ne pense pas, répond le père. Elle est trop petite, elle n’a pas d’avenir.» Puis il se ravise: «Qui sait? Peut-être le plus jeune? Mais pour l’instant, ils doivent aller à l’école.»
Le paysan bolivien connaît bien cette situation: «C’est tellement important d’apprendre», insiste-t-il. Et il ne pense pas qu’aux enfants mais aussi aux agriculteurs de sa région. «Nous voulons en savoir le plus possible sur les rotations de cultures, les engrais naturels, et surtout sur l’irrigation.»
En raison des changements climatiques, le manque d’eau est devenu son plus gros problème. «Autrefois, les saisons se succédaient naturellement. Aujourd’hui, on peut avoir le printemps, l’été, l’automne et un froid dévastateur en l’espace d’une journée.»
Si les changements climatiques se remarquent aussi à Lungern, le grand sujet de préoccupation de Glois Gasser est ailleurs: «On a tellement de contrôles, de paperasserie, de formulaires à remplir. Cela me prend énormément de temps.»

Les deux agriculteurs ne rêvent pourtant pas d’une existence plus confortable. «Il y aurait peut-être des travaux moins pénibles dans la plaine, admet Miguel Ortega. Mais je devrais obéir à un chef et je perdrais le contact avec Pachamama. Je ne serais plus libre.» «Je vois les choses de la même manière», ajoute le paysan obwaldien.

Année de l’agriculture familiale de l’ONU

Coop est sponsor pour la Suisse

Qui sont au juste les personnes, d’ici et d’ailleurs, qui nous fournissent les aliments dont nous avons besoin pour vivre? Durant l’année de l’agriculture familiale de l’ONU, l’Union suisse des paysans, Helvetas et d’autres organisations mettent ces agriculteurs en évidence.
Coop est le sponsor principal pour la Suisse. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur la vie de la famille Gasser à Lungern (OW), de la famille Ortega en Bolivie ou d’autres familles paysannes:

www.monpaysan.ch