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Le pêcheur Ibrahim Ramzee, le mécanicien Ali Sajdhee, le capitaine Ahmed Aslam et le pêcheur Ahmed Vajdhee (de g. à dr.) posent sur le pont quelques heures avant de prendre la mer. 

Ahmed Aslam montre le local des machines.


Mohamed Zafar s'affaire aux machines.

Mohamed Zafar aux commandes du bateau.

La cambuse: petite mais bien équipée.

Le dortoir – qui fait aussi office de salle de séjour – bien que l’endroit préféré des pêcheurs pour dormir soit le pont supérieur (à cause des ronflements?).

Les pêcheurs passent le temps en jouant aux échecs ou au poker.


Le photographe (en pantalon rouge) a la tête en bas pour photographier les pêcheurs.

Pêche au thon à la ligne

Aux Maldives, les pêcheurs capturent les poissons de manière traditionnelle: à la ligne, l’un après l’autre. Une méthode qui ménage l’environnement. Reportage.

Aux Maldives, selon la tradition musulmane, on ne travaille pas le vendredi. Et pourtant, une étrange agitation règne dans le port de l’île Dhiffushi. Cinq journalistes, dont la présence ici est quelque peu insolite, sont assis sur le pont d’un bateau de pêche coloré. Des représentants de Rio Mare et de MSC (Marine Stewardship Council) les accompagnent. Les rédacteurs prennent consciencieusement des notes dans leur calepin. Le travail ne manque pas, tant les pêcheurs ont de choses à raconter sur leurs sorties en mer et sur leur embarcation, l’Amaaz -8 (qui signifie Fin du voyage).

«Come here sister» (viens ici, ma sœur) me lance Ahmed Aslam (l’homme au turban et aux lunettes de soleil sur la photo) en ouvrant une trappe donnant à l’intérieur du bateau. «Voilà la cale à glace où l’on stocke les thons que nous avons pêchés.» Les bons jours, les captures peuvent atteindre vingt-cinq tonnes. Mais prudence! La quantité estimée peut varier d’un pêcheur à l’autre.

Tandis qu’Ahmed referme la trappe de la cale, Ali Sajdhee me conduit à l’escalier qui mène au poste de pilotage du bateau. Sur la droite se trouve un espace exigu équipé d’un réchaud à gaz: «Voici la cuisine, m’indique-t-il. Au cours de nos sorties, nous mangeons du riz et du poisson, parfois des spaghettis et du poulet.» Leurs sorties en mer durent environ une semaine, mais si la pêche a été bonne, ils peuvent se permettre le luxe de rentrer plus tôt. A Malé, l’île principale de l’archipel, ils vendront le poisson pêché à des négociants. L’équipage se compose de vingt-cinq à trente-cinq hommes âgés entre 15 et 50 ans.

«

Les bons jours, les captures peuvent atteindre jusqu’à vingt-cinq tonnes»

Les thons capturés sont des bonites à ventre rayé. C’est l’espèce la plus commune des eaux tropicales de l’océan Indien qui bordent les Maldives. On la reconnaît aux raies grises qui ornent ses flancs et à sa relative petite taille comparée aux autres espèces du même genre. La bonite au ventre rayé est la variété de thon la plus utilisée pour les conserves. Contrairement à d’autres espèces, la population de bonites à ventre rayé des eaux maldiviennes est considérée comme saine et non menacée.

A l’instar d’Ahmed et d’Ali, quelque 11% des Maldiviens travaillent dans l’industrie de la pêche. Celle-ci représente 98% des exportations de cet état insulaire situé au sud de l’Inde. La technique de pêche pratiquée aux Maldives est traditionnelle: c’est la pêche à la ligne. Ce n’est pas une mode pour séduire les touristes, mais une technique très ancienne comprenant cannes à pêche, appâts et hameçons. «Quand nous apercevons des thons, nous commençons par les appâter en lançant de petits poissons vivants à l’eau, explique Ali. Ensuite, nous les pêchons à avec nos Dhan’di (cannes à pêche) munies au bout de la ligne de leurres en plume appelés Bulhi (hameçons). On sort les thons de l’eau l’un après l’autre. Même sans être un pêcheur à la ligne invétéré, on se rend compte que le travail est éreintant. L’agilité avec laquelle ces jeunes hommes minces l’exécutent nous surprend d’autant plus. «Ce n’est pas une question de force, affirme Ali. Souvent, les pêcheurs qui prennent le plus de poissons ne sont plus tout jeunes. En revanche, ils ont beaucoup d’expérience et ont développé, au cours du temps, leur propre technique.»

Une partie du port de Malé, l’île principale de l’archipel.

Le secret de la réussite? Impossible à dire. Chacun garde son secret. Ce qui n’empêche pas Ali d’exhiber fièrement son iPhone pour montrer une photo prise un jour de pêche record. Outre un côté romantique, cette technique de pêche a surtout un aspect écologique. En pêchant des poissons à la ligne, l’un après l’autre, on évite d’exterminer des bancs entiers. De plus, on n’endommage ni les fonds ni les récifs coralliens. Contrairement à d’autres techniques, celle-ci ne fait pas de victimes collatérales. C’est-à-dire qu’aucun requin, dauphin ou tortue n’est pêché sans le vouloir. Ce type de pêche écologique est d’autant plus louable que les prises sont plus modestes qu’avec d’autres méthodes de pêche. C’est pourquoi les pêcheurs maldiviens ont demandé en 2009 à bénéficier du label de pêche durable MSC (voir encadré). «L’obtention de ce certificat n’a pas été une mince affaire», rappelle le ministre de la pêche, Mohamed Shainee.

Le nouveau ministre de la pêche des Maldives: Dr Mohammed Shainee.

Le nouveau ministre de la pêche des Maldives: Dr Mohammed Shainee.
Le nouveau ministre de la pêche des Maldives: Dr Mohammed Shainee.

Ce jeune politicien a fait ses études en Norvège et en Angleterre. Depuis novembre dernier, il dirige le Ministère de la pêche et de l’agriculture. Personne mieux que lui ne réalise combien cette certification est importante pour la pêche au thon des Maldives: «La mer et la pêche sont le gagne-pain des Maldiviens. Ils sont quasi tous pêcheurs ou parents de pêcheurs. Nous avons donc tout intérêt à protéger ces trésors du pillage. Nous voulons aussi être reconnus. D’autant plus que nous sommes un petit Etat, au territoire éparpillé, qui n’a ni la capacité ni l’envie de développer une production de masse, généralement nuisible à l’environnement.»

Un certificat comme celui de MSC permet aux pêcheurs de faire reconnaître leur technique de pêche traditionnelle comme respectueuse de l’environnement. Ce qui lui vaut d’être correctement rémunérée et pérennisée.

Les gens qui sont réceptifs à ce message sont toujours plus nombreux. En particulier chez Rio Mare, le leader des conserves de thon sur le marché. Comme les pêcheurs maldiviens, la société donne la préférence à des méthodes de pêche au thon écologiques et propose désormais un produit certifié MSC. Quant aux autres produits de son assortiment, Rio Mare mise aussi sur la pêche au thon à la ligne. Ainsi, les amateurs peuvent déguster sans scrupules leur sandwich au thon.

Ressources ménagées

Conserves de poisson avec valeur ajoutée

D’ici la fin 2014, toutes les conserves de poisson de marque Coop devraient être issues d’une exploitation durable des ressources halieutiques et porter le label MSC. Le projet a démarré en 2010 avec les sardines salées Weight Watchers, suivies des sardines et du thon blanc à l’huile. Le thon rosé au naturel 155 g, le thon rosé à l’huile végétale 155 g et 295 g et les moules 340 g de Coop ont suivi.

Coop use aussi de son influence sur les fabricants de conserves de marque pour qu’ils s’approvisionnent en poisson auprès de pêcheries pratiquant une pêche écologique durable. Dès 2008, Coop a proposé dans toute la Suisse les premières conserves de thon blanc et de filets de maquereau de la marque Connétable certifiées MSC. Les harengs de marque Norda arborent aussi le label bleu marine. Avec Rio Mare, c’est un poids lourd de la branche qui propose maintenant en Europe des conserves de thon certifiées MSC. Le thon est pêché à la ligne aux Maldives selon une méthode de pêche traditionnelle (voir article principal).

Pêche: ce que signifie le label MSC

 

Environ 80% des espèces marines sont surpêchées ou en passe de l’être. Si nous voulons continuer à manger du poisson, nous devons privilégier les labels de pêche durable. Coop est membre fondateur du WWF Seafood Group et s’engage depuis 2007 pour une pêche responsable. Les produits de la mer certifiés MSC (Marine Stewardship Council) sont issus d’une exploitation durable des ressources halieutiques. Concrètement, cela signifie que la quantité de poisson pêchée ne doit pas être supérieure aux capacités des espèces à se renouveler. De plus, les pêcheries certifiées veillent à garder intacts les habitats marins et protègent les espèces menacées.

www.msc.org
www.coop.ch/poisson
Michaela Schlegel

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Photo:
Yannik Andrea
Publication:
mardi 06.05.2014, 12:21 heure