Connaître l’importance des différentes populations de poissons et leur évolution permet de mieux protéger certaines espèces de la surpêche.

Pêche: pour une mer riche en poissons

La surpêche menace certaines espèces. Mariann Breu, du WWF, nous explique ce que signifie le «comptage des poissons».

Coopération. Comment les poissons sont-ils comptés pour que leurs effectifs soient connus?
Mariann Breu. Il ne s’agit naturellement pas de les compter. Le recensement des stocks de poissons se fait à l’aide de modélisations de scientifiques. Les données proviennent de trois sources: la quantité de poissons capturés, les observations faites à bord des bateaux de pêche et les expéditions de recherche. Mais celles-ci coûtent cher, les statistiques sont donc surtout basées sur les données de la pêche. Outre la quantité de poissons, on tient aussi compte du temps nécessaire à la pêche et aux engins de capture. Enfin, la répartition par taille et par âge permet d’estimer le potentiel de reproduction des populations de poissons.

Quelles informations les expéditions de recherche scientifique peuvent-elles encore livrer?
Elles posent des chaluts (ndlr: grands filets) et les chiffres de capture permettent alors d’extrapoler le nombre total d’individus. Par ailleurs, nous utilisons souvent des sennes tournantes coulissantes (ndlr: le poisson est encerclé par un filet) et avons recours à des suivis vidéo et acoustiques. Avec ces méthodes, on peut vérifier les quantités annoncées par les pêcheurs. Les recensements sont généralement commandés par des institutions étatiques.

Il s’agit donc de chiffres fiables?
Oui. Dans l’Atlantique du Nord-Est, par exemple, c’est le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM/ICES) qui est responsable de ces recensements. Cette organisation regroupe des scientifiques de divers pays.

«

Il est possible de consommer du poisson de façon responsable»

Mariann Breu, du WWF.

Quand une espèce est-elle jugée menacée?
Le diagnostic basé sur la quantité d’adultes est la méthode reconnue au plan international. Si une population compte suffisamment de poissons adultes, on pourra pêcher chaque année assez de poisson sans épuiser le stock à long terme. Lorsque leur nombre se trouve en-dessous d’un seuil critique, qu’il passe en quelque sorte dans le rouge, il peut y avoir effondrement du stock.

Si une espèce de petite taille est menacée, c’est aussi un problème pour tous les poissons prédateurs.
Effectivement. Plus on a d’informations sur les stocks, mieux on peut réagir aux changements. Comme les quotas doivent se fonder autant que possible sur des bases scientifiques, il faut recenser toutes les espèces cibles.Et idéalement, recenser aussi les poissons qu’on ne veut pas pêcher, mais qui représentent un maillon important de la chaîne alimentaire.

Devant un étal, comment savoir quel poisson on peut acheter la conscience tranquille?
Coop et le WWF proposent un guide d’achat qui différencie avec des couleurs les espèces qu’on peut consommer la conscience tranquille (vert), celles qui sont à éviter (rouge), et les espèces dites «acceptables» (jaune), c’est-à-dire celles pour qui les problèmes les plus courants que posent la pêche ou l’élevage ont pu être résolus – mais pas tous. On peut en acheter, mais en évitant d’en manger chaque jour.

Les labels tels que le MSC garantissent-ils au consommateur qu’il peut acheter tel ou tel poisson?
Oui. Actuellement, MSC est le label écologique le plus fort sur le marché mondial. Il est aussi une garantie de traçabilité, puisqu’il permet de remonter du produit proposé dans le magasin jusqu’au pêcheur. Le programme MSC prescrit également des améliorations faisant l’objet de contrôles annuels indépendants. C’est pourquoi le WWF recommande les produits qui portent le label MSC.

Baudroie: Coop change sa source d’approvisionnement

Appelée aussi lotte, la baudroie est un poisson très (trop) apprécié, mais ses populations ont décliné. Coop réagit.

Pas très belle mais savoureuse, la baudroie. Un poisson à protéger.

Pas très belle mais savoureuse, la baudroie. Un poisson à protéger.
Pas très belle mais savoureuse, la baudroie. Un poisson à protéger.

La baudroie est un poisson savoureux. Sa chair ferme est prisée des amateurs de poisson. Elle est donc devenue rare. Depuis quelque temps, les baudroies prélevées par Coop dans les stocks de l’Atlantique Nord-Est n’atteignent plus que le niveau «acceptable» (en Islande), voire «préoccupant» (Espagne et Portugal), sur l’échelle d’évaluation du WWF.

Coop s’est donc mise à rechercher des solutions: elle est en train de restreindre sa source d’approvisionnement de la baudroie à l’Islande. A partir de fin juin, Coop en importera aussi depuis Le Cap (Afrique du Sud). L’espèce sera pêchée conjointement au colin, certifié MSC.

Selon l’échelle du WWF, les stocks de baudroie du Cap sont sains et suffisamment robustes pour pouvoir se régénérer. «Comme les quotas et les périodes de fermeture de la pêche doivent être respectés, l’offre de la baudroie dans les magasins Coop risque parfois d’être limitée», précise Pascal Seiler, responsable du rayon poisson chez Coop.

Conçu par le WWF: guide d’achat Coop

Partenaire du WWF Seafood Group, Coop s’engage depuis des années pour la protection des mers et adapte son assortiment aux critères de développement durable. Selon le WWF, 98,6% de cet assortiment proviennent de sources durables.

Concrètement, 35,6% des poissons d’élevage satisfont déjà aux directives sévères de Bio Suisse et 55,5% des poissons sauvages sont conformes à la norme MSC pour une pêche respectueuse de l’environnement. Le guide d’achat actualisé «Pour les poissons et les fruits de mer» du WWF, spécialement conçu pour Coop, donne un aperçu de l’assortiment de poissons de Coop.

Téléchargez le guide d'achat en cliquant ICI!

Plus d'infos sur: www.coop.ch/poisson

Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
AFP, Getty Images
Publication:
lundi 03.06.2013, 12:24 heure