Ironie de la vie: au XIXe siècle, cette jeune femme aurait été courtisée comme une diva.

Peur du maillot de bain?

Une majorité de femmes se trouvent trop grosses. Surtout à la veille des vacances. Olivia Hagimont s’élève contre la dictature de la minceur*.

L’été qui a tardé à venir a repoussé l’échéance: celle d’avoir à découvrir son corps. Mais plus moyen de se défiler! Les vacances sont à la porte et, dans leur sillage, la perspective de se glisser dans un maillot de bain. Une épreuve pour une majorité de femmes.

*«Dodue», Christophe André, Olivia Hagimont, éd. Odile Jacob, 2013

Selon un tout récent sondage Ifop, six femmes sur dix se sentiraient complexées dans un bikini. Du côté des moins de 16 ans, le pourcentage pourrait bien monter à neuf sur dix. C’est sur les plus jeunes que s’exerce le plus rudement la dictature de la minceur: qui ne rentre pas dans un slim taille 32 à 15 ans est, à en croire les échanges sur les forums de discussion, mal partie dans la vie.
Résultat, les régimes express du style «perdre trois kilos en une semaine» ont la cote. Mais pour y arriver, transformer les rondeurs déplaisantes en un temps record, il faut se priver, déséquilibrer ses repas… et s’affamer.

Ceci peut générer des carences, des frustrations que l’organisme enregistre. Et c’est alors souvent l’entrée dans une spirale infernale: celle du yo-yo, qui consiste à perdre trois kilos et à en reprendre cinq, en reperdre quatre pour en reprendre six. Or sachant, comme le rappelle le psychiatre nutritionniste Gérald Apfeldorfer, «que plus les rondeurs s’installent et plus elles sont dures à perdre», mieux vaut prévenir. Et donc s’abstenir de se lancer sans raison dans un régime déstructurant. Voire ravageant.
C’est aussi l’avis d’Olivia Hagimont, une dessinatrice trentenaire, qui raconte son parcours de ronde addict aux régimes dans Dodue ou comment j’ai vaincu la dictature de la minceur (éd. Odile Jacob), une bande dessinée à l’usage de toutes celles qui auraient peur d’enfiler un maillot de bain. Et aussi de toutes les autres…

«Après mon régime, j’ai sombré dans l’anorexie»

Olivia Hagimont, dessinatrice et blogueuse (blog.oliviaaparis.com)

Olivia Hagimont, dessinatrice et blogueuse (blog.oliviaaparis.com)
Olivia Hagimont, dessinatrice et blogueuse (blog.oliviaaparis.com)

Coopération. Cette BD, c’est un manifeste?
Olivia Hagimont. Absolument! J’ai voulu dire la vérité sur les régimes amaigrissants en choisissant une forme, la BD, qui séduise les jeunes. Près de 80% des gens qui ont entamé un régime reprennent leur poids initial, voire plus au bout d’un an. Les vendeurs de régimes sont avant tout des vendeurs de rêve. Leurs méthodes restrictives sont vouées à l’échec. Pire, elles sont souvent dangereuses pour la santé.

Vous parlez en connaissance de cause?
J’ai fait mon premier régime à 8 ans parce qu’à l’école, on m’avait fait sentir que j’étais plus ronde que les autres. Eh oui, je ne rentrais pas dans du «8 ans»! Alors j’avais demandé à ma mère de me restreindre. Ensuite j’ai continué. Jusqu’en 2010. Cette année-là, j’ai perdu 15 kilos en quinze jours. A partir d’un régime qui m’a fait décoller très vite, j’ai sombré dans l’anorexie. Mes cheveux ont commencé à tomber, mes dents à bouger, et j’ai été hospitalisée. Le comble, c’est que le fait que je me sois mise en danger, est passé en deuxième plan pour certains proches. En me découvrant avec 15 kilos de moins, ils se sont exclamés: «Ah, ça te va bien d’être mince.»

«

Nous sommes pour nous-mêmes les juges les plus impitoyables»

Comment avez-vous alors vécu cette nouvelle situation?
Cette réflexion a agi comme un détonateur. J’ai pris conscience de la tyrannie du culte de la minceur. Et j’ai décidé d’arrêter de me maltraiter. Le bonheur ne se trouve pas dans la minceur, quoique le proclament les magazines féminins. La beauté n’est pas que du côté de Kate Moss. Moi, j’adore Marianne James, par exemple.

Fini les régimes, alors?
Je m’assume telle que je suis constitutionnellement. Avec une morphologie de dodue et une forte poitrine. Pourquoi chercher à être différente? Pour se conformer à des normes, à un indice de masse corporelle qui ne prend pas en compte la masse osseuse ou musculaire d’un individu, sans parler de la quantité de ses états d’âme? Nous sommes souvent pour nous-mêmes nos juges les plus impitoyables. Si on porte un autre regard sur soi, un regard bienveillant, capable de voir ce qu’il y a de beau en soi, on parvient à se voir autrement. Maintenant, je sais comment m’habiller pour mettre mon corps en valeur.

Quel message pour les jeunes filles face à l’épreuve du maillot de bain?
Regardez-vous dans le miroir sans vous fixer sur la partie du corps que vous aimez le moins. Regardez-vous entièrement. Dites-vous que c’est vous, que vous vous aimez et que vous êtes belle. Vous ne faites pas du 34? Ce n’est pas grave. L’important n’est pas dans l’apparence. Ce qui compte c’est que vous soyez vraie, vivante. De toute façon, si vous maigrissiez, les gens trouveraient autre chose à vous reprocher pour ne pas vous juger belle. N’essayez pas de plaire à tout le monde, c’est impossible. Et dites-vous bien que la fille qui rentre dans un maillot 34 est aussi complexée que vous. 

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Publication:
lundi 08.07.2013, 00:00 heure
Mise à jour:
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