Philippe Saire (56 ans), chorégraphe basé à Lausanne et qui revient de tournée entre New York et Paris: «Le mouvement du corps est un langage universel.» 

«Je suis un militant de la danse»

Danseur et chorégraphe, Philippe Saire est aussi le créateur d’un lieu de danse contemporaine 
très dynamique, le Théâtre Sévelin 36, récemment primé. Rencontre lors 
de sa tournée à Paris. 

Coopération.  2014 a bien commencé pour vous?
Philippe Saire.  Elle a commencé devant un feu de cheminée dans ma maison de Lavaux. Un petit moment de tranquillité entre la fin 2013, qui a été dense avec deux spectacles présentés à Paris, et ce début de janvier qui a démarré à New York. Ma compagnie a présenté Black Out à La MaMa Experimental Theatre Club (www.lamama.org)

Paris, New York… et même prophète en votre pays! C’est le succès?
Vous faites allusion au prix décerné par la Confédération au Théâtre Sévelin 36? Oui, je suis très heureux que cette structure que j’ai initiée en 1986 ait été reconnue comme un lieu de création et de programmation culturelle. Car ce prix spécial de danse récompense l’impact de Sévelin 36 sur la danse contemporaine en Suisse romande. Quand j’ai investi cet espace avec ma compagnie, j’ai eu tout de suite envie d’en faire profiter d’autres compagnies et de créer une dynamique autour de moi. Et c’est ce qui se passe.

A Lausanne, vous avez trouvé un public déjà acquis à la danse contemporaine?
Non, le public de danse a grandi avec les années. Il a fallu le gagner. J’ai aimé d’ailleurs mener ce travail de pionnier. De défricheur de sensibilité. C’est parce que j’ai une fibre militante que j’ai créé ma compagnie en Suisse. J’aurais pu travailler à Paris, mais sans pouvoir y accomplir ce travail de fond, de défenseur de la danse.

Vous ne vous sentez pas un artiste isolé?
Pas du tout. D’abord parce que Lausanne est devenue une scène incontournable de la danse contemporaine suisse. Beaucoup de compagnies y créent et s’y produisent. Et cela va s’accentuer encore avec la venue à la direction du théâtre de Vidy de Vincent Baudriller, l’ancien codirecteur du Festival d’Avignon, qui veut programmer de la danse. Et puis, la danse a un atout formidable: elle s’exporte dans le monde entier. Le mouvement du corps est un langage universel. Ainsi ma compagnie tourne partout, sur tous les continents.

«

La danse a un atout formidable: elle s’exporte dans le monde entier»

La danse contemporaine est tout de même un langage qu’il faut pouvoir comprendre.
C’est justement un grand tort de vouloir comprendre! Quand donc lâcherons-nous ce réflexe de vouloir comprendre ce que l’on voit pour aimer? Je reconnais que la danse contemporaine est parfois déroutante car elle n’a rien à voir avec la danse classique, ni avec les chorés qu’on aperçoit sur les clips des chanteurs. C’est une pratique difficile à définir car elle se rapproche parfois d’un travail de médiation entre les arts plastiques, les performances sportives et le théâtre. Je dirais que la danse contemporaine invite à la curiosité culturelle. Il faut accepter de s’ouvrir à des expériences nouvelles.

Regarder un spectacle de danse contemporaine peut être une expérience?
Comme tout spectacle vivant, la danse ramène à l’éprouvé. Quand un corps regarde d’autres corps en train de bouger, il ressent l’énergie qui passe. C’est le principe de la kinesthésie. Dans notre monde de relations virtuelles, le spectacle vivant est comme une sorte de résistance: il donne à ressentir quelque chose dans son corps grâce à la présence d’autres corps. Black Out par exemple, qu’on vient de jouer à Paris et à New York permet aux spectateurs de vivre une expérience très sensuelle.

C’est-à-dire?
Cinquante spectateurs – pas plus – sont invités à regarder la chorégraphie en surplomb, appuyés contre des palissades qui vibrent aux sons de la musique. Sous leurs yeux, trois danseurs dans une boîte de 5 mètres sur 5, déplacent leur corps sur un sol blanc recouvert de graviers noirs et du coup réalisent des tableaux. C’est un spectacle que les spectateurs éprouvent avec tous leurs sens et leur corps.

Qu’est-ce qui vous a amené à la danse?
J’y suis arrivé après avoir pratiqué beaucoup de sport. Et relativement tardivement, j’allais avoir 20 ans. Je n’ai donc pas eu à me battre pour faire ce métier. Je savais déjà qui j’étais quand je me suis investi dans la danse. Car danser pour les garçons représente encore un combat contre les préjugés. Sévelin 36 organise des stages de danse avec des classes d’adolescents et à chaque fois, on voit arriver – à reculons – des garçons qui associent danse à tutu classique et mouvement éthéré. Ils sont surpris de découvrir que la danse réclame beaucoup d’engagement physique, que cela s’apparente parfois à une pratique sportive intense.

Une comédie musicale?
Je reste fan de Chantons sous la pluie et du numéro de claquettes de Gene Kelly dans l’eau.

En bref

Philippe Saire & Cie

Naissance. Philippe Saire (56 ans) est né en Algérie, de parents français. Il y a passé les premières années de sa vie avant de s’établir à Lausanne.

1986. Il crée sa compagnie de danse contemporaine, la Compagnie Philippe Saire, après s’être longuement formé à l’étranger et notamment à Paris. Elle est à l’origine de 29 créations qui ont donné lieu à plus de 1000 représentations dans plus de 170 villes.

«36». Il inaugure en 1995 un lieu de travail, de création et de programmation dédié à la danse, le Théâtre Sévelin 36, appelé le «36». Le théâtre a obtenu en 2013 par l’Office fédéral de la culture, le «Prix spécial de la danse». 

Actualité. Philippe Saire démarre l’année sur les chapeaux de roues. Sa compagnie présentera dès le 17 janvier au Théâtre Sévelin 36 une nouvelle création, «NéONS» (Never Ever, Oh Noisy! Shadows); et du 5 au 7 février, «La Nuit transfigurée», au Centre national de la danse à Paris (www.cnd.fr)

www.theatresevelin36.ch

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Francine Bajande
Publication:
lundi 13.01.2014, 11:00 heure

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