Qu’importe l’âge: entre ces trois-là (Blake Eduardo, Noémie Tagan et André Ciocca), il y a du respect et du partage. La plus jeune est très admirative.

Piqués par le virus de la magie

Pourquoi et comment devient-on prestidigitateur? De quelle manière se transmet-on cet art, de génération en génération? Rencontre au Club des magiciens de Lausanne, avec une débutante et deux pros. Ils partagent deux tours avec les lecteurs de «Coopération». A vous de jouer les artistes!

Au deuxième étage d’un bâtiment du cœur de Lausanne, à deux pas de la Riponne, un théâtre est dédié à la magie depuis quatre décennies. Trente-quatre sièges en gradins y sont plantés face à une petite scène. Bienvenue au Théâtre Claude Bercantal, où nous avons rendez-vous avec trois générations de passionnés. «Bonjour, je suis la troisième», lance dans un large sourire André Ciocca, flamboyant dans son costume de scène rouge. Au moment de serrer la main du photographe, un flash bondit de son poing! A quelques pas, Blake Eduardo fait passer des cartes blanches d’un côté à l’autre de la table. Selon leur emplacement, leur texte change, passant textuellement et géographiquement d’«ici» à «là»…

La magie opère! Entre les deux magiciens, la jeune Noémie Tagan a les yeux qui brillent d’émerveillement et d’admiration. Elle vient de commencer à suivre des cours à l’école du Club des magiciens de Lausanne (voir encadré en bas de page) et «aimerait trop arriver» au niveau de ces deux magiciens.

Ils y sont parvenus sans pouvoirs magiques, mais avec beaucoup d’entraînement. «Les magiciens sont des gens tout à fait normaux. Nous ne sommes pas des êtres surnaturels, nous n’avons pas de pouvoirs particuliers», souligne André Ciocca. Il a commencé la magie au tournant de la cinquantaine, suite à un déclic. C’était un soir de Nouvel An: «Nous étions quatre couples à nous réunir chaque 31 décembre. Les dames ayant animé des soirées en chansons, j’ai proposé que les hommes organisent autre chose.»

L’idée des tours de magie lui est venue. Il a demandé conseil à un magicien, pris quelques cours privés, s’est exercé et… le succès a été au rendez-vous! Depuis, André Ciocca met «les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu».

Emerveillé par les tours de son papa, Blake Eduardo a été rattrapé par la magie à l’âge adulte. C’était dans une boutique de magie lors d’un voyage à Las Vegas, il y a près de quinze ans. «Le magicien a pris une pièce et l’a laissée tomber dans sa main en me parlant de la gravité. Ensuite, la pièce est remontée et il m’a parlé de l’anti-gravité! Je garderai toujours le chatouillement que j’ai eu dans l’estomac à ce moment-là. C’est cette émotion que l’on doit faire passer aux spectateurs», raconte celui qui vit principalement de la magie depuis quelques mois. Elle a été longtemps un appoint à ses activités de cameraman, monteur et réalisateur. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Il a créé un spectacle pour la scène, Un truc en plus: «Les gens veulent connaître le truc. Mais l’important est d’avoir le truc en plus qui fait qu’ils trouvent le magicien intéressant.»

Comme la sorcellerie, la magie existe depuis la nuit des temps, selon Martine Ostorero, professeure associée d’histoire médiévale à l’Université de Lausanne: «Elles revêtent des formes différentes selon les cultures, les époques et les lieux.»

André Ciocca insiste sur la différence entre magie blanche, «de divertissement, exécutée avec humour», et magie noire, «pratiquée par tous ceux qui prétendent avoir un pouvoir surnaturel». La transmission de la magie de divertissement s’accomplit lorsque la confiance est au rendez-vous. «A partir du moment où on est membre d’un club de magie, toutes les portes sont ouvertes. Il y a une certaine pudeur entre magiciens, on ne va pas demander à quelqu’un d’expliquer un tour très personnel», expose André Ciocca. La réussite d’un examen théorique et pratique permet d’accéder au Club des magiciens de Lausanne. «Le monde de la magie est un monde de secrets. Il faut faire ses preuves pour y avoir accès. On s’impose de bluffer les autres magiciens pour qu’ils nous bluffent à leur tour.

C’est un univers très masculin, de testostérone», assure Blake Eduardo. Les magiciens ne dévoilent que des tours basiques aux novices. Même lorsqu’on nous en explique un en apparence accessible (voir ci-dessus), on se rend compte à la pratique que la facilité n’est qu’apparente… Dans les mains en or de Blake Eduardo, le tour est éblouissant. Dans les nôtres, après une soirée d’entraînement, il peine à convaincre! Noémie Tagan a déjà appris plusieurs tours avec des cartes, des pièces de monnaie, des élastiques et une corde. «C’est juste magique!», conclut-elle.

Pour voir Blake Eduardo sur scène dans son spectacle «Un truc en plus», avec son assistant Stève Geiser, rendez-vous à l’Etage Club de Bienne le 8 février à 20 h 30. Puis au CIP de Tramelan (BE) le 22 février en soirée.

www.blakeeduardo.ch
www.andrecadabra.com

Notions de base: la magie de divertissement 

Prestidigitation. Technique et art de créer des illusions grâce à la manipulation, au trucage et au détournement d’attention. La frontière entre prestidigitation et illusionnisme est floue.

Routine. Série d’effets magiques formant un numéro.

Forçage. Habileté à orienter le choix du spectateur.

Close up. Magie très rapprochée, réalisée à proximité immédiate des spectateurs.

Mentalisme. Capacité de créer l’illusion autour de phénomènes prétendus surnaturels.

Noémie Tagan

Emerveillée par la magie depuis longtemps, cette Lausannoise de 19 ans prend des cours depuis quelques semaines. Grâce à la magie, celle qui souhaite devenir photographe a envie d’entrer en contact avec les gens. Elle est fascinée par le talent de ses aînés et espère progresser rapidement.

Blake Eduardo

Il vit entre Bienne et La Chaux-de-Fonds. A 34 ans, cet illusionniste fait de la scène et du «close up», donne des cours de magie et propose du renforcement de l’esprit d’équipe aux entreprises. Il adore l’humour absurde. Les Monty Python et Raymond Devos font partie de ses artistes préférés.
www.blakeeduardo.ch


André Ciocca

Spécialisé dans la magie pour enfants, cet habitant de Saint-Sulpice (VD) pratique aussi le «close up» et, avec son épouse, la transmission de pensées. Donne des cours de magie, préside le Club international de magiciens IBM.  Auteur avec Jean de Merry du «Dictionnaire de la prestidigitation» (Ed. Georges Proust, Paris).

Un tour que partage Blake Eduardo

Retrouver la carte choisie

1) Préparation avant le tour: prendre un jeu de cartes et retourner en secret la carte du dessous du paquet.

2) Tendre le jeu en éventail à quelqu’un, en dissimulant la carte retournée. Lui demander de choisir une carte et de la regarder sans vous la montrer.

3) Pendant qu’il la regarde, rassembler les cartes en paquet et le retourner sans que cela ne se remarque.

4) Reprendre la carte sans la regarder, la placer au milieu du jeu. Ne rien faire voir des cartes à l’envers.

5) Dire à la personne que l’on va retourner sa carte de manière invisible. Fixer son regard, prononcer une formule magique pendant qu’on retourne le paquet.

6) Ouvrir l’éventail et – si vous êtes agile et entraîné – faire sensation en révélant la carte à l’endroit!

Un tour que partage André Ciocca

Deviner un lancer de dés

Demandez à votre spectateur, même par téléphone, de jeter deux dés, réellement ou mentalement. Priez-le de doubler le chiffre du premier dé, d’ajouter 5, de multiplier par 5 et d’ajouter le chiffre du deuxième dé. Dites-lui de vous annoncer son résultat.

Déduisez 25 de ce total. Dévoilez le chiffre du premier dé qui sera le chiffre des dizaines du nombre obtenu, et celui du deuxième dé, celui des unités!

A l’école de magie

«On fait perdurer cet art»

Coopération. Qu’apportez-vous à vos élèves?
Sébastien Jordan*. On se partage les cours à six. Enseigner la magie, c’est passer un savoir pour donner du rêve. C’est l’amour du spectacle et des gens.

Quels sont les critères pour entrer dans votre école?
Il faut être vraiment intéressé par la magie. C’est un monde de secrets. Pour qu’on fasse perdurer cet art correctement, on ne peut pas accepter ceux qui veulent juste venir voir un cours. Cela s’apparente à du voyeurisme.

A partir de quel âge peut-on apprendre la magie?
Nous proposons des cours aux juniors et aux adultes. Nous conseillons d’avoir au moins 11 ans. On se rend compte alors si la vraie magie a lieu, si l’envie de continuer se manifeste.

Y règne-t-il comme une atmosphère d’école de Poudlard, comme dans les aventures d’Harry Potter?
On essaie de donner cet esprit! Les livres d’Harry Potter nous ont amené des jeunes. Mais beaucoup pensent qu’on va leur apprendre à faire voler des gens! Ce n’est pas le cas… Un jour peut-être!

* Sébastien Jordan, nom d’artiste Passe-Partout, est le nouveau responsable de l’école de magie du Club des magiciens de Lausanne.

www.cml.ch

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Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Joëlle Challandes

Rédactrice

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Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 27.01.2014, 11:27 heure

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