Le footballeur Pirmin Schwegler évolue depuis cet été avec Hanovre. 

«Mon exemple donne du courage à d’autres» 

Engagé Atteint d’une leucémie à 18 mois, Pirmin Schwegler (30 ans) est devenu footballeur professionnel. Le Lucernois s’engage auprès des malades et soutient le «Jour de l’action» le 16 septembre prochain.

Pirmin Schwegler, il faut avouer que la Bundesliga a perdu de son intérêt à cause de la domination du Bayern de Munich, qui rafle chaque année le titre de champion d’Allemagne. Il serait temps qu’un autre club prenne la relève. Pourquoi pas Hanovre?
Non, non, ne rêvons pas...

Pourtant en Grande-Bretagne, Leicester a prouvé qu’une surprise était possible...
(Rire et hochement de tête négatif). Ne fantasmons pas. Notre objectif est de nous maintenir en Bundesliga, ce qui n’est déjà pas une mince affaire. Pour l’heure, nous sommes satisfaits de notre début de saison.

Vous avez rejoint Hanovre sans indemnité de transfert alors que le PSG a déboursé 222 millions d’euros pour Neymar. Il y a de quoi faire un complexe d’infériorité, non?
Non, absolument pas. Ce qui compte pour moi, c’est de jouer dans un bon club. Le reste n’est pas en mon pouvoir. Mais je m’étonne de ces sommes colossales. Où allons-nous?

Les supporters vont peut-être finir par bouder les footballeurs professionnels?
Ce n’est pas la tendance de ces dernières années, bien au contraire. En Allemagne, le football est de plus en plus populaire. Il faut aussi dire qu’en ce moment, il y a du foot quasiment tous les soirs. Malheureusement.

Pourquoi malheureusement?
Car du lundi au dimanche, je trouve toujours un match à regarder. Ma femme me fait souvent la remarque. Et à juste titre, trop c’est trop.

Dans une interview, vous avez déclaré que vous aviez une conception du football un peu différente des autres joueurs. Qu’entendez-vous par là?
Je crois que j’analyse assez bien les situations. C’est sans doute dû à mon histoire personnelle: pour l’avoir souvent vécu moi-même, je sais que tout peut aller très vite, dans un sens comme dans l’autre. J’apprécie donc mille fois plus des félicitations pour une bonne action sur le terrain que pour un tweet ou une photo sur Instagram. Je ne cherche pas à être sous les feux des projecteurs ni à jouer la star. Ce qui se passe dans le milieu du football, à savoir lequel possède la plus belle voiture ou enregistre le plus de «followers», m’importe peu.

«

Ce n’est qu’à 13-14 ans que j’ai compris que j’avais frôlé la mort»

Sur votre compte Twitter justement, vous avez retiré trois messages postés le jour même?
Ils n’étaient pas de moi et provenaient de toute évidence d’un faux compte! D’ailleurs, je ne suis pas non plus abonné à Instagram, car je n’aime pas faire parler de moi. Je préfère m’engager pour mon projet de fondation et pour le don de cellules souches du sang (lire plus bas).

Vous jouez depuis 2006 en Bundesliga. Comment le football a-t-il évolué au cours de ces onze dernières années?
Le football est devenu plus physique et, en même temps, les joueurs ont de moins en moins de temps de récupération entre deux matchs. Nous nous déplaçons toujours plus loin, voire jusqu’en Asie – les clubs cherchant à conquérir de nouveaux marchés. Cela explique également le nombre croissant de blessures, alors que le suivi médical des joueurs s’est encore amélioré.
Je constate moi-même un durcissement des conditions physiques: aujourd’hui, il me faut davantage de temps pour récupérer après un match. J’ai aussi besoin de déconnecter mentalement.

Sur le terrain, vous n’êtes pas un enfant de chœur...
... ah oui, pourquoi?

Un match sur cinq, vous avez droit à un carton jaune…
Je ne connaissais pas cette statistique. Cela tient certainement à ma position axiale sur le terrain, où les fautes tactiques sont inévitables. Mais je ne suis pas teigneux. Je n’ai d’ailleurs reçu que deux cartons rouges dans toute ma carrière. Une fois comme défenseur central en Coupe d’Allemagne pour une faute de dernier recours, une autre fois en équipe juniors. Mon entraîneur m’a dit: «Si tu as besoin de te reposer, arrange-toi pour décrocher un carton jaune. Tu écoperas d’un match de suspension et tu seras au top de ta forme au match suivant!» J’ai suivi son conseil. Hélas, j’ai reçu un carton rouge et j’ai été suspendu pour deux matchs (rires).

Le journal «Bild» affirme que vous êtes «le footballeur le plus futé de la Bundesliga»...
Ah, balivernes!

... parce que vous avez suivi deux formations par correspondance, l’une en management du sport, l’autre en marketing sportif. En avez-vous commencé une troisième?
Oui, en économie du sport. Mais j’ai dû l’interrompre car elle était difficilement conciliable avec mon transfert.
En tant que footballeur professionnel, j’ai malgré tout passablement de temps libre. Je fais en sorte de l’employer utilement, bien que je n’aie encore aucune idée de ce qui m’attend quand j’aurai raccroché. J’aimerais travailler dans le domaine de la gestion du sport, même si dans le football, les aléas rendent la planification difficile.

Vous avez fait allusion tout à l’heure à votre histoire personnelle. Enfant, vous avez été atteint de leucémie. Quels souvenirs gardez-vous de cette maladie?
Je suis tombé très malade à 18 mois alors que j’étais en vacances en Valais. Je n’ai pas en tête d’épisodes concrets de cette période, mais plutôt des images: je me revois marcher dans les couloirs de l’hôpital avec ma perfusion, ou en compagnie de ma sœur assise au bord de mon lit. Je pense que le fait d’être trop jeune pour prendre la mesure de la situation m’a probablement aidé. On m’a simplement fait comprendre que ma vie au quotidien serait un peu différente de celle des autres enfants. J’ai alors commencé à me fabriquer un collier: après chaque chimiothérapie réussie, j’avais droit à une petite pierre pour ma chaîne. Ce n’est qu’à 13-14 ans que j’ai compris que j’avais frôlé la mort. Au moment du diagnostic, mes chances de survie étaient de 10%.

Est-ce un sujet tabou pour vous?
Beaucoup moins qu’avant. Enfant, j’avais beaucoup de mal à en parler. À cet âge, il est difficile d’accepter que l’on soit différent des autres. J’avais honte de mes cicatrices sur le corps.
Aujourd’hui, je parle de la maladie, car je sais que mon exemple donne du courage à d’autres. Je pense notamment aux parents qui, à travers moi, gardent l’espoir de voir un jour leur enfant vaincre la leucémie. Des malades m’écrivent régulièrement. J’ai même reçu une lettre très touchante d’une jeune Colombienne.

Du fait de votre histoire, avez-vous un rapport particulier à la vie?
Difficile de répondre. En tout cas, je vis intensément. J’apprécie les choses à leur juste valeur, en particulier d’avoir pu devenir footballeur professionnel. Mais pour que ce rêve perdure, je dois encore et toujours surmonter des obstacles, même s’ils sont moins importants qu’autrefois. l

Sensibiliser la population

Atteint de leucémie à l’âge de 18 mois, Pirmin Schwegler a subi une douzaine de chimiothérapies en l’espace de 14 mois. Mais grâce à sa bonne étoile, le petit Lucernois finit par guérir. «Je me sens redevable et ai besoin de m’investir à mon tour au côté des malades.» Le footballeur n’hésite pas à profiter de sa notoriété pour soutenir des projets comme le «Jour de l’action», le 16 septembre prochain, consistant à sensibiliser la population sur le don de cellules souches du sang, un geste qui peut sauver des vies. Pour l’occasion, Pirmin Schwegler a collecté des maillots de clubs suisses de Super League pour les mettre aux enchères sur Internet. Le bénéfice de la vente sera intégralement reversé pour financer l’inscription des nouveaux donneurs de cellules souches du sang. 

Plus d’infos sur l’opération «Jour de l’action»
Pour participer à la vente aux enchères

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Andreas W. Schmid
Photo:
Freshfocus, Andreas W. Schmid
Publication:
lundi 11.09.2017, 13:50 heure



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