Les pêcheurs peuvent 
éviter que les oiseaux 
marins ne s’empêtrent 
dans les mailles des filets.

Pour que vivent les océans

Les mers sont surexploitées: c’est ce qu’affirme le dernier 
rapport sur les pêches et l’aquaculture de la FAO*. Les explications de Marnie Bammert, responsable adjointe de MSC Europe.

Coopération.  Les affirmations sur l’avenir des mers et des océans du dernier rapport de la FAO vous paraissent-elles fiables?
Marnie Bammert.  Depuis 1974, le pourcentage des stocks de poissons surexploités a passé d’environ 10% à presque 29%. Toutefois, cette tendance s’étant inversée ces dernières années, on peut espérer qu’il s’agisse d’un signe positif. Simultanément, le nombre de stocks exploités au maximum a fortement augmenté. Sur plus de 600 stocks de poissons faisant l’objet d’une surveillance, 61% sont aujourd’hui exploités au maximum. En 1974, on était encore en dessous de 50%.

Quels sont les poissons les plus menacés?
Nous constatons un problème majeur chez certaines espèces de thons. On en exploite commercialement six espèces, parmi lesquelles le thon rouge du Sud, dont l’existence est très menacée. Le cabillaud de la mer du Nord a également atteint un niveau faible et ses effectifs n’ont pas encore pu se reconstituer. On peut toutefois dire en général que les stocks évoluent de manière différente et qu’ils ont la capacité de se régénérer.
La pêche commerciale est une activité onéreuse. Si le volume des prises baisse, les pêcheurs finissent par ne plus sortir. C’est une chance pour le poisson: la pêche commerciale cesse avant la disparition totale d’un stock.

Ce n’est pas le cas pour tous les poissons…
Vous avez raison. Il existe malheureusement des exemples ou des sites dans lesquels les stocks ont été exploités à un point tel qu’ils ne sont plus parvenus à se reconstituer. C’est ce qui est arrivé au cabillaud de Terre-Neuve dans les années 1980.Dans cette région, les stocks de cabillaud ont tellement diminué qu’il a fallu interdire la pêche. Conséquence: 40 000 personnes employées sur les bateaux et dans les pêcheries se sont retrouvées au chômage.
Cela a été un signal d’alarme permettant de se rendre compte que les ressources halieutiques devaient être gérées avec ménagement. C’est aussi un des éléments qui a provoqué la création du MSC (Marine Stewardship Council).

«

Tout ce qui vit sur 
le fond peut être pris dans les filets»

Et ce stock de cabillaud s’est-il reconstitué depuis?
Pas à Terre-Neuve. C’est pourquoi les scientifiques incluent toujours dans leur calcul des stocks une certaine marge de réserve. Mais les quotas de pêche ne suffisent pas à assurer le maintien d’un stock de poissons. Il faut aussi tenir compte des ressources naturelles, de la nourriture disponible et des prédateurs.

Ne serait-il pas plus judicieux d’imposer des règles légales plutôt que de convaincre des milliers de pêcheries de se qualifier pour obtenir un label?
Nous espérons que l’Union européenne (UE) appliquera bientôt sa législation – en train d’être révisée – de manière appropriée. Mais il faudra du temps avant de savoir si elle débouche sur la solution souhaitée. Comme cela n’a pas marché jusqu’ici, nous avons cherché à atteindre des résultats concrets plus rapidement en faisant appel à des mesures volontaires, comme le label MSC. Et il semble que la réussite soit au rendez-vous.
Nous travaillons avec des entreprises qui souhaitent offrir dans leur assortiment du poisson capturé par une pêche durable. Ainsi, un fournisseur qui veut vendre son poisson chez Coop doit respecter un certain nombre de règles.

Les consommateurs connaissent-ils le label MSC?
C’est en Allemagne que le label est le plus connu. Près de 58% des Allemands qui mangent du poisson ont déjà vu ce label et 27% connaissent sa signification. En Suisse, le degré de notoriété du label est de 57% et 38% des consommateurs savent qu’il est synonyme de pêche durable. Ce sont de très bons résultats.

Les poissons les plus appréciés sont des carnassiers. Il faut donc les nourrir avec d’autres poissons. Ce qui favorise l’exploitation abusive des stocks halieutiques. Le MSC s’en préoccupe-t-il?
Oui. Nous certifions aussi des pêcheries qui capturent du poisson pour la production de farine. Le label ASC pour les poissons d’élevage, qui est le pendant du label MSC pour le poisson sauvage, exige ainsi que la farine de poisson provienne de pêcheries certifiées MSC.
Autre sujet de polémique: les prises accidentelles…
En principe, le danger de prises accidentelles est plus faible quand on pêche des espèces vivant en bancs de grande taille et se mélangeant peu avec d’autres espèces. C’est le cas du colin ou du hareng. La situation est plus critique dans la pêche des poissons plats, qui se passe près du fond. Tout ce qui vit sur le fond peut être pris dans les filets. Mais les pêcheurs ne sont pas impuissants et peuvent agir pour réduire les prises accidentelles.

* FAO: Food and Agriculture Organization of the United Nations (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture)

Petit mémento

Soyez attentifs à ces labels

Le label MSC (Marine Stewardship Council) indique les poissons et les fruits de mer pêchés en milieu sauvage dans le respect de l’environnement.

Les poissons et crevettes Naturaplan proviennent d’élevages contrôlés et sont reconnaissables au Bourgeon de Bio Suisse.

Le label ASC (Aquaculture Stewardship Council) caractérise les poissons d’élevage conventionnel conforme aux standards minimums: écosystème/protection des eaux environnantes, pas d’usage préventif de médicaments.

La consommation de poissons sauvages suisses ménage les océans. Coop s’efforce de collaborer autant que possible dans toutes les régions avec des pêcheurs professionnels.