Une scène comme dans la vraie vie! Elle se joue à la Haute école hôtelière de Lucerne: les clients ont payé leur repas (134 fr.). Comme ils étaient contents du service, ils ont récompensé la serveuse avec un bon pourboire: 15 fr.

Pourboire: le juste montant

Service Combien en donner dans notre pays et à l’étranger? Une chose est sûre: les Suisses sont généreux. Et vous? Nos conseils.

«

On aime récompenser un bon service »

Silvio Tschudi (45 ans), responsable de la restauration à la Haute école hôtelière de Lucerne (SHL)

Silvio Tschudi (45 ans), responsable de la restauration à la Haute école hôtelière de Lucerne (SHL)

Silvio Tschudi (45 ans), responsable de la restauration à la Haute école hôtelière de Lucerne (SHL)
Silvio Tschudi (45 ans), responsable de la restauration à la Haute école hôtelière de Lucerne (SHL)

Nous le donnons sans y être obligés, en nous montrant généreux de surcroît. À l’image de Caroline Grüter et Silvan Sutter, qui ont arrondi leur addition de 134 fr. en gratifiant la serveuse Stella Zürcher d’un pourboire de 15 fr. Si l’argent sur le plateau est réel, la scène est jouée. Elle se déroule dans la salle à manger de la Haute école hôtelière de Lucerne (SHL). Les acteurs du sketch «pourboire» sont des collaborateurs et des étudiants de la SHL. Mais pourquoi aborder le thème du pourboire dans cette école, alors que depuis 1974, l’addition se paie service compris?
«Je pense que cette pratique, largement répandue en Suisse, fait partie de notre culture: on aime récompenser un bon service», déclare Silvio Tschudi, qui a observé la scène. Responsable de la restauration à la SHL, il confirme que le pourboire est bel et bien d’actualité. Dans quelles situations devrions-nous montrer que le service ou la prestation sont particulièrement bons? Au restaurant, à l’hôtel, dans un taxi? Doit-on donner le pourboire dans la main ou le déposer discrètement sur la table? Quel est l’usage ailleurs? Dans certains pays asiatiques, le pourboire est refusé car perçu comme une insulte; aux États-Unis, il est obligatoire et se monte à pas moins de 15% de l’addition.

Un excellent repas et un service attentionné méritent un pourboire.

Stefan Unternährer est directeur adjoint de Hotel & Gastro Union, la plus importante organisation professionnelle de l’hôtellerie-restauration avec 20 000 membres. Il constate lui aussi que le pourboire «tient bon» dans notre pays. Peut-être parce que les clients sont nombreux à penser que les salaires sont plutôt bas dans la restauration. De fait, un serveur qualifié qui débute touche 4108 fr. par mois.
Quel supplément les pourboires représentent-ils pour les employés? «Dans une entreprise florissante, ils peuvent atteindre 1500 fr. par mois. Ailleurs, parfois seulement 150 fr.», explique Silvio Tschudi, qui juge cependant que la qualité du restaurant n’est qu’un facteur parmi d’autres.

Une petite pièce pour remercier la personne qui porte vos bagages.

Chaque détail compte

Par son attitude, le personnel influence le montant du pourboire «avec un sourire, un accueil attentif et aimable, en se souvenant du nom du client, en échangeant quelques mots, en faisant preuve à la fois de politesse et d’aisance». Pour cet expert, «le secret, c’est de se montrer attentif».
Mais le service n’est pas tout. Par son pourboire, c’est l’établissement dans son ensemble que le client complimente. «Cela inclut la propreté – y compris des toilettes – la décoration de table, le travail en cuisine.» Le responsable de la restauration à la SHL insiste sur le fait que le moindre détail est important, jusqu’à la propreté sur le pas de la porte de l’établissement...

Le chauffeur de taxi appréciera que le prix de la course soit arrondi.

Une répartition à la carte

La question de la répartition des pourboires se règle au sein du restaurant ou de l’hôtel.
«L’une des règles appliquée est deux tiers pour le service et un tiers pour la cuisine», révèle Beat Waldmeier, attaché de presse d’hotelleriesuisse. Parfois la somme est répartie à parts égales entre tous les collaborateurs. Ailleurs encore, cet argent est destiné, entièrement ou en partie, à une excursion ou un repas. L’attaché de presse explique que «l’association ne fait pas de recommandations à ses membres pour l’utilisation des pourboires».  
Seul le chef n’a pas droit au pourboire. «Un patron qui se sert dans les pourboires nuit au climat de travail et se porte donc préjudice à lui-même», relève avec conviction Silvio Tschudi.
Il est évidemment impossible de contrôler quoi que ce soit, y compris si tous les collaborateurs reversent leur pourboire dans la caisse commune, si c’est ce qui a été convenu. Selon le responsable de la restauration, «c’est une question d’honneur». Le fisc, quant à lui, a également droit à sa part des pourboires, qui doivent être déclarés. Mais là encore, les contrôles sont impossibles.

Si le barman réalise un cocktail exceptionnel rien que pour vous, il mérite une petite attention.

«En général, je donne trop»

Cette question des impôts est abordée avec les étudiants de la Haute école hôtelière de Lucerne, mais elle est finalement secondaire. L’important, c’est la notion même de pourboire, quel qu’en soit le montant.
«Le collaborateur remercie toujours poliment lorsque le client paie, que le pourboire ait été grand, petit, ou même inexistant», déclare Silvio Tschudi. À la question «Quelle est votre pratique?», notre interlocuteur répond: «Je suis l’exemple classique de celui qui laisse toujours trop de pourboire. Mais c’est le cas de presque tous ceux qui travaillent dans la restauration!»

Depuis 1974, les prix sont «service compris»

Jusque dans les années 1979, les pourboires représentaient une part importante du salaire des «demoiselles» du service. Comme certaines entreprises avaient déjà décidé d’appliquer la règle du «service compris», savoir quoi donner à qui à quel endroit était devenu un vrai casse-tête pour les clients.
En 1973, les organisations des employés ainsi que l’association des aubergistes et la société des hôteliers ont donc décidé de généraliser le «service compris» et d’augmenter tous les prix de 15 %.

La France, l’Espagne, l’Allemagne, l’Autriche, et bien sûr la Suisse, sont les destinations de vacances préférées de nos compatriotes. Voici les principaux usages en matière de pourboires dans ces pays. Partout l’habitude se répand de laisser le pourboire à la réception lors du départ. Idéalement dans une enveloppe fermée, avec un mot gentil, voire en mentionnant à qui le pourboire est destiné. Lorsque au bar, le soir, le barman sert un cocktail très réussi, l’initiative est en général récompensée (en Suisse) par une pièce de 2 fr. Mais quelle que soit votre façon de faire, n’oubliez pas le principal: dire votre satisfaction après un séjour particulièrement agréable dans un hôtel ou un repas savoureux au restaurant.

Source Paul Gonseth, infographie Niki von Almen 

France

Au restaurant

  • Le pourboire représente 10 à 15% maximum de l’addition (comme il est parfois compris, il est utile de regarder la note en détail). Les Français ont l’habitude de laisser 2 euros après un repas et 50 ct. s’ils ont consommé une boisson.
  • L’usage est de laisser le pourboire en espèces sur la table après avoir réglé l’addition.

À l’hôtel

  • Pour les femmes de chambre, 1 à 2 euros par jour avec une carte («Merci beaucoup») pour montrer que vous n’avez pas oublié l’argent dans la chambre.
  • Si vous faites appel au room-service, laissez 1 ou 2 euros à l’employé et donnez 2 euros par valise à l’employé qui apporte vos bagages dans la chambre.

Dans un taxi

  • 10% du montant de la course.

Allemagne

Au restaurant

  • 10% du montant de la note, en espèces, 5% si la note est conséquente.

À l’hôtel

  • 4 euros par jour pour les femmes de chambre, de préférence avec une carte de remerciement («Danke schön»).
  • Si vous faites appel au room-service, laissez 2 euros et remettez 2 euros par valise à l’employé qui vous apporte les bagages dans la chambre.

Dans un taxi

  • 10% du montant de la course.

Suisse

Au restaurant

  • En principe, le service est compris. Laisser 10% de l’addition en pourboire (en espèces) en guise de remerciement n’a rien d’incongru.
  • Pour les montants élevés, vous pouvez laisser moins. Si dans un restaurant très chic, vous payez 600 fr. pour deux, vous pouvez donc laisser 40 fr. de pourboire.

À l’hôtel

  • Il n’y a pas de règle, mais dans les hôtels, il est d’usage de récompenser les prestations de qualité.
  • Vous donnerez ainsi 5 fr. à l’employé qui porte vos bagages et 5 fr. par nuit à la femme de chambre.

Dans un taxi

  • 10% du montant de la course.

Espagne

Au restaurant

  • 5 à 10% du montant de la note, en espèces.
  • Pas de menue monnaie (considérée comme une insulte).

À l’hôtel

  • 1 à 2 euros par jour pour les femmes de chambre, de préférence avec une carte de remerciement («Gracias»).
  • Si vous faites appel au room-service, laissez 1 à 2 euros à l’employé et remettez 2 euros par valise portée en chambre.

Dans un taxi

  • Le pourboire n’est pas obligatoire. Arrondis appréciés. Vous pouvez également donner 1 euro pour les lourds bagages.

Italie

Au restaurant

  • Laisser 10% de la note en espèces sur la table.
  • Si l’établissement facture le couvert («coperto»), vous pouvez ne laisser que 5%.
  • Dans les bars à espresso, laissez quelques centimes dans la coupelle sur le bar.

À l’hôtel

  • 1 à 2 euros par jour pour les femmes de chambre avec une petite carte («Grazie»).
  • Si vous faites appel au room-service, laissez 1 ou 2 euros à l’employé et donnez 2 euros par valise.

Dans un taxi

  • Les pourboires ne sont pas courants.  Vous pouvez arrondir et laisser 2 euros pour les bagages, si ceux-ci sont nombreux et lourds.

Autriche

Au restaurant

  • Laisser 10% du montant de l’addition en espèces sur la table.
  • Au Kaffeehaus, remerciez le Herr Ober pour les services rendus (verre d’eau servi sans que vous le demandiez avec le café, journaux) en le gratifiant d’un généreux «Schmattes» (10-20% de la note).

À l’hôtel

  • 1 à 2 euros par jour pour les femmes de chambre avec une petite carte («Danke schön»).
  • Si vous faites appel au room-service, laissez 1 ou 2 euros à l’employé et donnez 2 euros par valise à celui qui porte vos bagages.

Dans un taxi

  • 10% du montant de la course.

Être radin, c’est pas bien

Laissons généreusement aux Allemands le qualificatif  d’être avares. Rien d’étonnant à cela d’ailleurs puisqu’un slogan vantant les mérites de la radinerie s’est imposé comme un mode de vie, comme on peut malheureusement trop bien en être témoin dans les hôtels et les restaurants, où certains laissent 50 cents sur la table après avoir réglé une note de 110 euros. Les vacanciers allemands sont également assez mal vus par les serveurs, comme il ressort d’une enquête réalisée sur le site de réservation «Expedia». 13’000 ressortissants de 13 pays européens ne peuvent pas se tromper. Les vacanciers allemands  décrochent ainsi le titre de «worst tipper in Europe». La deuxième position revient aux Britanniques. Les Français se placent en troisième position. Les Suédois et les Suisses passent pour les plus généreux clients.

Des usages radicalement différents

Même si vos intentions sont bonnes, ne laissez jamais de pourboire au Japon. Au Pays du Soleil Levant, ce geste n’est ni plus ni moins qu’une insulte, une dépréciation du travail. Un peu comme une remarque condescendante: «Bravo, tu as bien travaillé, voilà pour toi». Au Japon, le sens de l’hospitalité et de la perfection est une évidence.

En Corée du Sud et en Chine, les pourboires ne sont pas non plus monnaie courante. La pratique s’est généralisée dans les grands hôtels internationaux et il est courant de laisser un petit pourboire aux femmes de chambre ou au room-service quand on y fait appel.

Aux Etats-Unis en revanche, impossible de ne pas être «généreux» et votre probité ne répond pas à un penchant personnel. Dans les restaurants et les «diners», le personnel attend un pourboire représentant de 15 à 20 % du montant de la note. Le pourboire est une composante du salaire. Car dans ce pays où tout est possible, les salaires versés aux employés du service sont honteusement bas. Et peu importe si le repas était mauvais ou le service sans la moindre attention: vous ne pouvez pas être radin. Bref, il faut toujours avoir assez de billets d’un et de cinq dollars sur soi, car vous allez devoir distribuer des tips à tour de bras: au chauffeur de taxi, à la dame pipi, à la femme de chambre, au livreur de pizza, etc.

Interview de Cécile von Mutzenbecher, experte en matière de style et de bonnes manières.

«Pas question d’être pingre!»

Même lorsque la facture est indiquée «service compris», beaucoup d’entre nous donnent un pourboire. Pourquoi?
Nous souhaitons faire honneur au personnel et le remercier pour la qualité du service, surtout lorsque celui-ci sort de l’ordinaire.

Si le service est juste correct, que faut-il faire?
Selon moi, soit on donne un pourboire conséquent, soit rien du tout!

Y a-t-il une manière élégante de donner un pourboire?
Toujours en espèces, jamais par carte de crédit, afin que le pourboire tombe dans la poche de
l’employé et n’aille pas se perdre dans la masse des flux d’argent. D’autant que le patron paie des frais sur les règlements par carte de crédit, donc sur le montant que vous laissez en pourboire.

Que faut-il éviter absolument en matière de pourboire?
C’est un affront de donner des pièces de 10 ou 20 ct. Selon moi, pas question d’être pingre avec
un pourboire! Il me semble également impoli d’arrondir le montant, par exemple en demandant:
«Rendez-moi la monnaie sur 30 fr.» quand l’addition se monte à 27 fr. Ce procédé est condescendant. Il vaut mieux laisser les 3 fr. sur la table.

Comment s’y prend-on à l’hôtel pour donner un pourboire? Le bon déroulement du séjour dépend en effet des femmes de chambre, du service et de la cuisine.
Il est possible de distribuer les pourboires séparément, autrement dit de remercier personnellement la femme de chambre, le chef cuisinier et le chef du service, ou même toute personne qui nous a beaucoup plu. On peut aussi remettre une enveloppe à la réception en précisant les bénéficiaires du pourboire, par exemple «Pour vos consœurs et vous-même».

L’argent est-il la seule manière de témoigner de l’estime que nous portons à quelqu’un?
Non, évidemment. On peut aussi simplement dire «merci». Nous avons tendance à ne signaler que ce qui ne convient pas ou n’était pas bien. Cette mentalité du dénigrement est regrettable. Nous devrions plutôt nous réjouir lorsque des personnes se donnent du mal pour les autres. Pour remercier le chef, vous pouvez lui offrir un petit cadeau si vous ne lui donnez pas de pourboire. Ça lui fera aussi plaisir.

Et vous, quelles sont vos habitudes en matière de pourboire?
J’ai tendance à laisser un pourboire généreux. Je suis mal à l’aise lorsque je n’ai pas assez de monnaie ou de petits billets avec moi.

Faut-il donner un pourboire au déménageur, à la coiffeuse ou au garagiste qui a réparé la voiture? Nos conseils:

Déménageurs

Il est d’usage de leur donner un pourboire. Le geste n’a rien d’obligatoire certes, mais il est courant, comme l’explique Monique Gobel, membre de la direction de l’entreprise de déménagement Wagner à Bâle. La règle veut que l’on donne 3 fr. par heure et par personne. Comme les clients lui posent souvent la question, elle leur recommande de verser de 15 fr. à 20 fr. pour une demi-journée de travail lorsque le travail fourni est irréprochable. Les déménageurs gagnent entre 4000 fr. et 6000 fr. par mois en fonction de leur qualification (montage compris, chauffeur) et de leur expérience.

Coiffeurs

Ils acceptent volontiers un pourboire eux aussi, mais les clients n’ont aucune obligation d’en donner un. Les hommes sont en général un peu plus généreux que les femmes qui paient en revanche bien plus pour une coupe soignée. Plutôt qu’un pourboire, vous pouvez aussi offrir à l’occasion un petit cadeau à votre coiffeuse, par exemple des chocolats ou des confiseries.

Ouvriers

Ils ne peuvent pas prétendre à un pourboire, mais remettre un bonus à un peintre ou un installateur sanitaire pour le remercier d’avoir fait du bon travail n’a rien d’incongru. Selon les travaux, vous pouvez lui donner un billet.

Mécaniciens auto

Est-ce déplacé de leur verser une obole lorsque nous récupérons notre chère voiture après le service, eux qui en prennent toujours tellement soin? Non. En glissant une pièce dans la caisse pour le café, vous ferez acte de générosité, et surtout vous témoignerez de votre estime.

Postiers

Les facteurs n’ont pas le droit de recevoir des cadeaux, mais peuvent accepter de petites attentions.

Commentaires (10)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

texte:
Paul Gonseth
Photo:
Christoph Kaminski, Alamy, Getty Images, DR
Publication:
lundi 20.06.2016, 14:30 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?