Alessandro Maglie (33 ans) est fier de son passeport suisse.

Pourquoi devenir suisse

Naturalisations Les motivations pour obtenir la nationalité suisse sont variées chez les étrangers. Témoignages et interview d’un spécialiste.

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Je me sens autant Suisse qu’Italien»

Alessandro Maglie (33 ans)

Alessandro Maglie (33 ans) est double national suisse et italien. Né en Suisse de parents italiens, il s’est fait naturaliser il y a trois ans. «Je me sens autant Suisse qu’Italien. J’ai cette double personnalité. Je parle avec les mains et suis très expressif et communicatif. Mes parents viennent des Pouilles, vers Lecce. J’ai une moitié de ma famille en Suisse et une moitié en Italie.»
Pour le Neuchâtelois, «la décision s’est imposée d’elle-même. Je n’ai pas obtenu le passeport suisse pour des raisons pratiques même si c’est un avantage d’avoir deux nationalités. Je ne trouve pas normal d’avoir le droit de vote en Italie, où je n’ai jamais vécu, et pas dans le pays où je suis né!» s’exclame Alessandro Maglie. Il n’a pas trouvé la démarche particulièrement compliquée même si la procédure de naturalisation ordinaire a duré deux ans: «C’était long. Il faut payer et il y a beaucoup de papiers à remplir. J’ai dû donner trois personnes de référence mais je n’ai pas eu de questionnaire sur la recette de la fondue!» rigole-t-il.
Le jeune homme, qui travaille à Lausanne comme consultant en ressources humaines, n’a pas souhaité se faire naturaliser avant ses 25 ans pour éviter de devoir faire l’armée. Il est passé par plusieurs phases identitaires: «On n’était que trois étrangers dans la classe et on se sentait une exception. Enfant, j’évitais le sujet. Après j’ai eu une phase à l’adolescence où je revendiquais: je suis Italien! Après 20 ans, j’ai eu une prise de conscience: je suis Suisse…»
Alessandro Maglie a toujours parlé italien avec sa mère et français avec son père. «Ça s’est fait naturellement. Mes parents se sentent plus Italiens que Suisses. Ils ne se sont jamais posé cette question identitaire. Mon père est venu à l’âge de 6 ans en Suisse avec mes grands-parents. Il a fait son CFC en Suisse, est retourné faire l’armée en Italie et y a rencontré ma mère. Ils sont revenus en Suisse quand mon frère aîné avait 1 an.»

«Les Faiseurs de Suisses», film culte des années 1970, décrit avec humour les fastidieuses procédures de naturalisation et critique le zèle des policiers.

«Très fière d’être Suissesse!»

«Quand j’ai eu mon passeport en 2006, c’était un des plus beaux jours de ma vie!» Edina Talic, 49 ans, de Genève, a fui la guerre en Yougoslavie en 1992 avec son bébé de 6 mois. Son époux n’a pu les rejoindre dans la Cité de Calvin qu’un an et demi plus tard, via la Hongrie. «Les hommes ne pouvaient pas quitter le pays.» Aujourd’hui naturalisée, la réceptionniste se dit «très fière d’être Suissesse. J’ai vécu 25 ans en Bosnie et 25 ans en Suisse mais je me sens plus chez moi ici. Je me sens Suisse. Je me suis bien intégrée, je vote… On vit comme tous les Genevois mais on garde notre culture d’origine.»
Edina Talic a dû surmonter la barrière de la langue, le déracinement et la distance avec son époux. «J’ai eu un parcours difficile mais je me suis toujours battue et j’ai toujours travaillé. Au début, c’était compliqué. Je ne parlais pas français. Je vivais chez ma sœur. Avec le permis F de réfugié, mon mari n’a pu voir ses parents qu’après neuf ans et demi. J’ai commencé par faire des ménages pour lui envoyer de l’argent en Bosnie. Aujourd’hui, je suis épanouie. Avec mon mari et nos filles, nous sommes une famille heureuse. La Suisse m’a beaucoup apporté. À la maison, on parle serbo-croate. J’ai une sœur en Bosnie et une autre en Serbie. J’y vais une fois par an.»

Italiens en tête des naturalisations

Edina Talic et Alessandro Maglie sont deux exemples de personnes bien intégrées qui ont fait la démarche pour obtenir le passeport suisse. En 2015, il y a eu 40 588 naturalisations, une hausse de 20% par rapport à 2014 alors que la tendance était à la baisse depuis 2006. Ceci s’explique notamment par les incertitudes liées aux initiatives UDC. Par pays, l’Italie arrive première (13,6%) devant l’Allemagne (12,3%). Suivent le Kosovo (8%), le Portugal (7,5%), la Serbie (5,6%) et la France (5,3%). Si le taux d’étrangers est élevé chez nous, c’est aussi parce que le taux de naturalisation y est plutôt faible. Avec 1,8%, il est inférieur à la moyenne européenne, de 2,6% (lire interview dans l'onglet «Interview»). Le taux de naturalisation est plus élevé parmi les personnes nées en Suisse (3,3%). Il n’est que de 1,4% chez les personnes nées à l’étranger.

Taux de naturalisation: la suisse à la traîne

Les conditions

  • Avoir résidé 12 ans en Suisse (entre l’âge de 10 et 20 ans, les années comptent double)
  • S’être intégré à la communauté suisse
  • S’être accoutumé aux mœurs et aux usages suisses
  • Se conformer à l’ordre juridique suisse
  • Ne pas compromettre la sûreté du pays

«Pour se sentir chez soi»

Le vice-président de la Commission fédérale des migrations répond à nos questions.

Etienne Piguet, professeur de géographie à l’Université de Neuchâtel

Quels sont les facteurs qui influencent la décision de se faire naturaliser?
«Faire pleinement partie de la communauté», «se sentir chez soi» sont souvent évoqués par les candidats. Mais le passeport suisse permet aussi de voyager plus facilement et d’avoir la certitude de pouvoir rester et revenir en Suisse.

Est-ce que les personnes de certaines nationalités sont plus enclines à se faire naturaliser que d’autres?
Les personnes qui ont dû tout quitter – surtout les réfugiés – sont souvent très demandeuses d’une nationalité qui permet une nouvelle vie. Les migrants de l’UE ou ceux qui envisagent de rentrer sont moins enclins à se naturaliser.

En comparaison européenne, le taux de naturalisation suisse est plutôt bas avec 1,8%.
Ce taux était historiquement encore plus bas. Il a augmenté, mais reste inférieur à la moyenne européenne. Certaines personnes ne souhaitent pas changer de nationalité. Le temps de séjour nécessaire de douze ans (ndlr: dix ans dès 2018) et les exigences élevées posées par la Suisse sont aussi un frein. Dans un pays comme la Suède, la nationalité s’acquiert après quelques années et ce n’est qu’une formalité administrative.

La Suisse devrait-elle assouplir ses conditions d’octroi de la nationalité?
Pour la troisième génération (personnes dont les grands-parents étaient déjà en Suisse), c’est vraiment une nécessité. Le Parlement y travaille actuellement. Pour les autres, avec la révision de la loi dès 2018, les conditions seront au contraire plus restrictives (permis C exigé).

Le taux de naturalisation varie aussi fortement selon les cantons. Pourquoi?
Le profil des étrangers (durée de séjour, nationalité) varie d’un canton à l’autre. Mais certains cantons encouragent activement la naturalisation ce qui est une bonne chose. Les naturalisés ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que les Suisses. Ils renforcent ainsi la cohésion nationale.

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Basile Weber

Rédacteur

Photo:
Darrin Vanselow, T&C Film Produktion 1978, Anita Schlaefli
Publication:
lundi 18.07.2016, 14:25 heure



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