Une bonne ouïe permet d’apprécier des sons agréables.

Quand l’ouïe joue des tours

Santé Porter des lunettes ne choque personne. Mais avoir recours à un appareil auditif ne va pas de soi. Trois personnes témoignent.

À  27 ans, Carmen Frischknecht (aujourd’hui âgée de 50 ans), a appris qu’elle souffrait d’une déficience auditive génétique. Pour elle, il était pourtant exclu de porter un appareil auditif. Durant près de vingt ans, cette ex-hôtesse de l’air, devenue employée de commerce, était «trop coquette» pour porter un appareil auditif. Selon Luca Mastroberardino (47 ans), souffrir de troubles auditifs à un âge aussi précoce reste relativement rare. Mais différer le port d’un appareil auditif par coquetterie est fréquent.
Luca Mastroberardino est le porte-parole de Hearing Systems Manufacturers (HSM), l’organisation professionnelle des fabricants d’appareils auditifs. «Beaucoup attendent trop longtemps avant de confier leurs problèmes auditifs à un acousticien ou à un médecin.»
«Je porte un appareil auditif depuis l’âge de 4 ans. J’ai des tantes qui ont des problèmes auditifs. C’est congénital dans ma famille», explique le Fribourgeois David Mauron (26 ans), étudiant en géographie physique à l’Université de Berne. «Sans appareil, j’entends à 13% dans une oreille et 19% dans l’autre.»

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Prudence avec les écouteurs 

La plupart des problèmes d’ouïe sont la conséquence de lésions de l’oreille interne. Les causes les plus fréquentes sont le processus naturel de vieillissement, une exposition excessive au bruit ou la prise de certains médicaments.
Les cellules ciliées dans l’oreille interne perdent leur mobilité et les sons ne peuvent plus être transmis correctement au cerveau. Une telle surdité ne peut être compensée qu’avec un appareil auditif. Les plus grands risques pour l’audition sont le bruit au travail, les concerts, les clubs et les appareils permettant d’écouter de la musique.
 «Il faut être particulièrement prudent lorsqu’on utilise des écouteurs», avertit Luca Mastroberardino, également directeur de Phonak Suisse, fabricant d’appareils auditifs.
Dans la vie de Carmen Frischknecht, les soucis quotidiens n’ont pas tardé à s’accumuler. «Je suis quelqu’un qui apprécie la compagnie des autres, qui communique volontiers. Mais je me suis de plus en plus repliée sur moi-même.»
Les bruits de fond en particulier, dans un restaurant par exemple, ont d’autant aggravé le problème. «On commence à éviter ces situations, on essaie tant bien que mal de mieux comprendre son interlocuteur en lisant sur les lèvres, mais au bout d’un moment, ce n’est plus possible», confie Carmen. Dans sa vie professionnelle aussi, elle se heurtait à un nombre croissant d’obstacles. «Comment communiquer dans une langue étrangère alors qu’on n’arrive même pas à bien comprendre sa langue maternelle?» À 45 ans, avec le stress causé par la perte auditive, c’en était trop, si bien qu’elle a abandonné son métier d’hôtesse de l’air.

«

J’ai le Bluetooth sur mon appareil auditif»

David Mauron, 26 ans, étudiant en géographie

Jonas Gassmann (28 ans) relate une expérience similaire. Le technicien en radiologie a souffert d’une perte auditive à la suite d’une grave maladie traitée avec une chimiothérapie à haute dose. Alors âgé de 21 ans, le jeune homme s’est débrouillé sans prothèse auditive pendant un an. Mais il s’est vite rendu compte qu’il se repliait sur lui-même, faute de pouvoir suivre les discussions. «On est isolé socialement.» Son travail aussi devenait difficile. «Lorsqu’un patient me disait qu’il y avait un grésillement étrange dans l’appareil de radiologie, je lui répondais: Comment ça? Je n’entends rien. Ce n’était plus possible.»

Certains bruits sont particulièrement désagréables! Mieux vaut protéger ses oreilles…

Le cerveau désapprend à entendre

Une progression lente et insidieuse peut expliquer pourquoi à ses débuts, la perte auditive n’est pas toujours prise au sérieux, indique Luca Mastroberardino. «Généralement, une diminution de l’audition n’implique pas une simple baisse de volume pour tout bruit. On ne parvient plus à percevoir certains sons.» Il s’agit d’abord des «s», des «z» et des «ch». Le cerveau est d’abord capable de compenser ces lacunes, mais avec le temps, il n’y parvient plus. «On a sans cesse l’impression que l’interlocuteur bredouille.» Ainsi, même face à une perte auditive limitée, il ne faut pas tarder à envisager une correction, explique le directeur de Phonak. «Notre objectif principal est que les gens entendent bien et puissent ainsi jouir de la qualité de vie que confère une bonne audition.»
Lorsqu’on n’est plus à même de percevoir des voix ou des bruits, les zones du cerveau se consacrent à d’autres tâches et fréquences sonores. «On désapprend à entendre. Cela peut devenir irréversible dans les cas les plus graves, et même un appareil auditif n’est plus efficace.»
Ni Carmen Frischknecht ni Jonas Gassmann n’en sont arrivés là. Tous deux ont consulté un acousticien et ont décidé de porter un appareil auditif. De nos jours, il s’agit d’appareils de haute technologie, capables de distinguer bruits de fond et voix humaines. Ils peuvent intensifier les sons dont le porteur a besoin.

Meilleure qualité de vie

Pour Carmen Frischknecht, il est essentiel que ces appareils soient plus petits et discrets que leurs ancêtres. «Le port d’un appareil auditif n’est plus du tout tabou!» s’exclame David Mauron. «Je n’ai jamais eu de réactions négatives.
L’appareil est très discret. Parfois, mes interlocuteurs ne le remarquent même pas… Il est de la même couleur que mes cheveux.»
Le port d’un appareil auditif a sensiblement amélioré la qualité de vie de nos interlocuteurs. À l’époque, Carmen Frischknecht avait notamment dû abandonner son poste de réceptionniste, car sans aide auditive, elle n’était plus en mesure de passer des appels. Aujourd’hui, l’employée de commerce utilise un accessoire qui redirige les appels directement vers ses appareils auditifs.

Un appareil très sophistiqué

«J’ai eu mon dernier appareil auditif pendant sept ans. Je viens de changer. Avec le nouveau, le son est meilleur, légèrement moins fort mais plus précis et plus net», explique David Mauron. «Mon Audéo V90 binaural est très sophistiqué. Le son vient simultanément dans les deux oreilles. J’entends très bien avec. Il y a plusieurs programmes à choix selon la situation. Par exemple, un adaptateur de bruit qui me permet de mieux entendre mon interlocuteur et pas le bruit alentour. Il y a un nouveau programme contre le bruit du vent et un autre si je me trouve dans un endroit très bruyant. J’ai une télécommande pour choisir. Je peux également connecter un appareil Bluetooth pour écouter de la musique, téléphoner ou regarder la télévision.»

Le coût d’un appareil auditif va de 500 à 5 000 francs par oreille. Un tiers, voire un quart du prix seulement correspond à l’appareil lui-même, tandis que le reste couvre les frais de l’acousticien qui effectue le réglage. «Cela est bien plus coûteux que pour une paire de lunettes, qu’il suffit de mesurer et de mettre pour bien voir», explique Luca Mastroberardino. Le réglage d’un appareil auditif nécessite plusieurs visites chez l’acousticien, au cours desquelles le client expose ses expériences et l’acousticien configure le logiciel de l’appareil en conséquence. Pour les personnes actives, l’assurance invalidité octroie un montant forfaitaire de 840 francs pour un appareil ou 1650 francs pour deux appareils auditifs. Pour les retraités, l’AVS prend à sa charge 630 francs. Certaines caisses maladie peuvent en outre apporter un soutien financier complémentaire.

Selon une étude réalisée l’année dernière en Suisse, la perte auditive est répandue: un adulte sur dix indique avoir un problème d’audition.

Carmen Frischknecht

L’employée de commerce thurgovienne (50 ans) a longtemps rechigné à porter un appareil auditif. Elle a connu des problèmes de communication au travail et dans sa vie privée, l’obligeant à changer de métier par deux fois. Aujourd’hui, elle est très contente de son aide auditive et de la qualité de vie qu’elle lui offre.

David Mauron

L’étudiant en géographie de Granges-Paccot (FR) salue les progrès effectués avec des appareils auditifs de plus en plus performants et discrets: «C’est le jour et la nuit entre la technologie d’hier et d’aujourd’hui! Mais ça ne remplacera jamais l’ouïe. Ça reste une machine. On se fatigue plus qu’un entendant et il faut être concentré.»

Décibels: attention à vos oreilles!

Entendez-vous correctement?

  • Avez-vous l’impression que les gens parlent dans leur barbe?
  • Devez-vous mettre la TV ou la radio toujours très fort?
  • Comprenez-vous moins les voix d’hommes que celles des femmes et des enfants?
  • Entendez-vous mal la sonnette ou la sonnerie du téléphone?
  • Avez-vous de la peine à suivre une discussion en groupe ou au restaurant?
  • Vous a-t-on dit que vous entendiez mal?

Avec plus d’un «oui», vous devriez faire un test auditif ou consulter un spécialiste.

Historique. On a toujours cherché à dissimuler les appareils qui aidaient à entendre mieux.

Au XVIe siècle, des artisans développent des cornets acoustiques avec divers matériaux. Dès le départ, on cherche à les dissimuler dans des objets. Au XVIIe siècle, le moine bénédictin Pedro Ponce de Leon invente une technique permettant de communiquer avec les malentendants, grâce à l’idée révolutionnaire de lire sur les lèvres. Au XIXe siècle, la recherche d’une solution auditive améliorée aboutit à l’invention du téléphone. Alexander Graham Bell, connu pour être son inventeur, travaillait en tant qu’enseignant pour les sourds.
Il cherchait une méthode permettant de visualiser la langue et est parvenu à transformer les ondes sonores en signaux électriques. Les premiers appareils auditifs apparaissent vers 1900. Dans les années 1940, le format poche arriva sur le marché (en photo, un appareil portatif). Suivant les progrès de la microélectronique, leur développement est fulgurant. Un appareil moderne traite jusqu’à 200 millions d’opérations à la seconde, laissant un grand nombre d’ordinateurs loin derrière lui!

«N’attendez pas trop avant de consulter»

Dr Thomas Uebelhart, médecin spécialiste en oto-rhino-laryngologie (ORL)

Pourquoi la perte de l’ouïe ou les appareils auditifs sont-ils encore souvent tabous?
Il s’agit d’une stigmatisation qui a une longue histoire. Par le passé, les personnes souffrant de problèmes de l’audition étaient en général âgées ou taxées de bêtise. En outre, les appareils auditifs étaient gigantesques. Personne n’en voulait.

La diminution de l’ouïe avec l’âge est normale. À partir de quand convient-il de consulter un spécialiste?
Quand on se rend compte qu’on éprouve des difficultés de compréhension dans les discussions de groupe ou dans des environnements bruyants. Ou lorsque notre entourage nous rend attentifs à notre perte auditive.

Qui consulter d’abord: un audio-prothésiste ou le médecin?
La plupart des patients souffrant de problèmes de l’audition se rendent d’abord chez un spécialiste ORL. Celui-ci examine l’oreille et détermine l’ampleur et les causes de la perte auditive. On peut cependant aussi passer un test de l’audition chez un audioprothésiste.

Je n’entends plus tout à fait distinctement, mais je ne veux pas encore porter d’appareil auditif. Que se passe-t-il si j’attends encore jusqu’à ce que j’entende vraiment mal?
Notre cerveau a besoin d’un flux continu de sollicitations via les nerfs du conduit auditif. Si ce flux s’arrête, les facultés d’audition se dégradent rapidement et les cellules nerveuses dépérissent. Les patients attendent en moyenne cinq à sept années de trop avant d’envisager le port d’un appareil auditif. La mise en place d’une prothèse auditive n’en devient que plus compliquée.

Un conseil près de chez vous à l’adresse:

Trouver un professionnel

Tests auditifs online

Phonak
Amplifon

Site internet de la Fondation romande des malentendants avec de nombreuses informations et adresses au sujet de la perte auditive

www.ecoute.ch
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texte:
Thomas Compagno, Basile Weber
Photo:
Heiner H. Schmitt, Roberto Ceccarelli, Colourbox, Getty Images, Charly Rappo, SP, Keystone
Publication:
lundi 07.03.2016, 14:30 heure



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