Les poulaillers de la famille Kobel accueillent des poules Lohmann-Dual. En apparence, elles sont tout à fait normales mais quelque chose de spécial les distingue de leurs congénères. 

Quand les mâles montent en chair 

Les poussins mâles des races pondeuses ne conviennent pas à la production de poulets de chair. Ils sont tués dès leur sortie de l’œuf. Une nouvelle race de volaille pourrait changer la donne.

Les paysans Andreas (à g.) et Matthias Kobel élèvent des poulets de chair.

Le petit village de Trubschachen im Emmental (BE) est dominé par des collines. C’est là que Matthias (23 ans) et Andreas Kobel (55 ans) exploitent un domaine voué au biologique. Ils y élèvent notamment des poulets de chair depuis 2011. Depuis quelques semaines, ils participent à un essai de Coop tout à fait spécial. Alors que trois de leurs six poulaillers abritent des poulets de chair bio conventionnels, les trois autres sont occupés par une nouvelle race de volaille dite «à deux fins», la Lohmann-Dual. A première vue, rien ne distingue ces poulets de leurs congénères.
«Ils sont beaucoup plus calmes et moins peureux que les autres poulets, précise Andreas Kobel. Ils sont même si apprivoisés qu’il faut veiller à ne pas leur marcher dessus.»
Elever une race à deux fins n’est pas évident, car poules et coqs doivent satisfaire à plusieurs exigences de rentabilité. Les poules doivent pondre suffisamment d’œufs et les coqs croître rapidement en produisant beaucoup de chair.

«

Ils sont plus calmes et moins peureux que les autres poulets»

L’utilisation des deux sexes d’une même race n’a rien d’extraordinaire. Il y a une centaine d’années, élever de la volaille était très simple: beaucoup de gens possédaient quelques poules qu’ils nourrissaient avec les déchets de cuisine. Elles pondaient des œufs et finissaient un jour ou l’autre dans l’assiette. Les coqs vivaient jusqu’à ce qu’ils soient assez gros pour être tués.

Au cours du XXe siècle, on a commencé à sélectionner les volailles en fonction de critères précis. Les unes ont été entraînées à pondre avec constance, alors que les autres – les mâles – ont été poussés à devenir de parfaits poulets de chair. Aujourd’hui, un poulet grandit et grossit très vite: quarante jours en élevage conventionnel intensif et soixante-trois jours en production biologique.

On a donc assisté à l’évolution séparée de deux lignées hautement spécialisées. Or, si mâles et femelles conviennent à la production de poulets de chair, seules les poules pondent. Quant aux mâles des races pondeuses, ils ont une croissance trop lente et restent maigres. Ils sont donc triés dès l’éclosion et tués. En Suisse, 2,5 millions de poussins mâles sont éliminés chaque année.

Avec les poules à deux fins tout change. On a sélectionné une lignée dont les poules pondent normalement et les coqs prennent bien de la chair. De ce côté-là, l’expérience semble être un succès. Les poulets engraissent juste un peu moins vite que leurs congénères biologiques du même âge.
En revanche, pour ce qui est des pondeuses, les poussines nées en janvier ne pondront leur premier œuf qu’à l’âge de 20 semaines, soit en juin.

Une nouvelle race 
très prometteuse

Coop estime que l’élimination chaque année de 2,5 millions de poussins mâles issus de l’élevage des pondeuses est un problème. «Mais jusqu’ici, il n’y avait malheureusement pas d’alternative valable, explique Basil Mörikofer, responsable du projet à l’essai. La poule Lohmann-Dual est la première sélection qui convient tant à la production de viande qu’à celle d’œufs.»
Les données concrètes manquent encore mais un essai sur 5000 poulets Lohmann-Dual est en cours depuis janvier. Outre celle de la famille Kobel (voir article principal), deux autres exploitations bio y participent. «Nous nous attendons à ce que les poules pondent 250 œufs par an au lieu de 300, indique Basil Mörikofer. Il est possible que la forme et la couleur des œufs diffèrent de celles des œufs bio habituels.»
Si les performances de cette poule à deux fins sont satisfaisantes, ses produits (viande et œufs) seront mis en vente dans les magasins Coop. «Ensuite, ce sera la demande des clients qui déterminera l’évolution de l’offre.»

Poule à deux fins
. La viande des mâles. 
Les œufs des femelles

Depuis plusieurs années, Coop s’engage pour le bien-être des animaux. L’expérience menée avec la race de poule à deux fins est un des projets d’avant-garde lancés dans cette optique. La viande issue de cet essai sur le terrain arrive cette semaine dans tous les grands magasins Coop de Suisse alémanique qui proposent déjà des poulets bio Naturaplan dans leur assortiment. Le produit est facilement reconnaissable au logo vert qui représente une poule et un coq. En revanche, les œufs de la poule à deux fins ne devraient être disponibles dans les rayons qu’à partir de juillet.

Plus d’informations sur: www.coop.ch/2NH

Nicole Hättenschwiler

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Publication:
lundi 24.03.2014, 00:00 heure