Zermatt en mars 2050? Selon Jürg Schmid (54 ans), la saison de ski sera encore raccourcie ces prochaines décennies. Espérons que le scénario ne se réalisera pas!

Quel avenir en montagne?

Perspectives Le directeur de Suisse Tourisme, Jürg Schmid est confiant: malgré le franc fort et le réchauffement climatique, le tourisme dans les régions de montagne a encore de beaux jours devant lui.

Jürg Schmid (54 ans), directeur de Suisse Tourisme

Jürg Schmid (54 ans), directeur de Suisse Tourisme
http://www.cooperation.ch/Quel+avenir+en+montagne_ Jürg Schmid (54 ans), directeur de Suisse Tourisme

Ces dernières années, il fallait être à l’affût de la moindre bonne nouvelle issue de la branche touristique en Suisse. Le secteur a souffert – et souffre encore – des prix élevés et des faibles quantités de neige, et ne s’en remet que lentement.

Le tourisme de montagne est-il un secteur d’avenir, Monsieur Schmid?
Assurément. Il va même encore gagner en importance, car le moteur essentiel du tourisme est la recherche de ce que l’on ne vit pas au quotidien. L’évolution technologique et le rythme de la vie ne cessent de s’intensifier. Globalisation et virtualisation réveillent en nous l’envie d’authenticité, d’apprécier la puissance des montagnes et la beauté de la nature. Je suis persuadé que le tourisme alpin va connaître une sorte de renaissance.

Qu’entendez-vous par «renaissance»?
La nature suscite un intérêt toujours plus vif, répondant aux aspirations de bon nombre d’entre nous. C’est pourquoi nous devons la protéger. Je n’insinue pas qu’il faille la mettre sous bulle. Elle doit rester une source potentielle de revenus pour l’agriculture et le tourisme. Il est crucial de l’utiliser de manière avisée et durable. Sa protection est un élément stratégique.

Que devrait offrir le tourisme à l’avenir?
Une plus grande proximité avec le caractère régional et spécifique du lieu. L’équation pourrait être: authenticité et nature égalent avenir florissant pour la Suisse dans les régions alpines.

Toutefois, ces dernières années, c’est essentiellement dans les villes que le tourisme s’est développé…
Les tendances touchent généralement plusieurs domaines. En effet, parallèlement à l’intérêt croissant pour le tourisme vert, nous observons également un net engouement pour les villes ainsi que pour le style de vie urbain. Il n’y a toutefois rien de contradictoire à cela. En effet, une même personne peut avoir envie de consacrer un week-end à une visite de musée et une soirée dans un club, et passer le week-end suivant isolée, dans un refuge de montagne.

Dans quelle direction le tourisme va-t-il ou doit-il s’orienter d’une manière générale?
L’été et l’automne offrent généralement de meilleures perspectives que l’hiver – notamment en raison des changements climatiques, mais aussi de l’internationalisation. Les visiteurs des marchés émergents préfèrent plutôt l’été et l’automne. Il faudra aussi que certaines régions unissent leurs forces pour être à même de procéder aux investissements nécessaires. L’innovation technologique nécessite des experts dont les honoraires sont malheureusement trop élevés pour de si petites entités. Or il est possible de surmonter ces obstacles par voie de fusion ou de coopération.

Verra-t-on apparaître, dans 30 ou 40 ans, un tourisme de montagne sans aucun sport d’hiver? Autrement dit douze mois de vacances pédestres en montagne?
Je ne pense pas. Dans 30 ans, on pourra encore faire du ski, même si certains endroits ne seront plus enneigés et qu’il faudra certainement monter plus haut. La Suisse jouit toutefois d’un avantage stratégique majeur: son domaine skiable est le plus haut des Alpes!

Peut-être devrons-nous skier sur un revêtement synthétique?
J’espère bien que non. Cela ôterait tout son charme à la pratique du ski. Mais si l’on observe l’évolution de ces dernières décennies, cette éventualité n’est pas totalement exclue. Si l’on avait demandé il y a 30 ou 40 ans à quoi ressemblerait 2017, nul doute que personne n’aurait pu prédire tous ces changements. Mais skier sur du synthétique, non merci!

Si la pratique du ski est réservée aux domaines les plus hauts, les autres devront se diversifier. Les stations de plus basse altitude devront-elles miser en priorité sur la randonnée, le secteur du bien-être, la tranquillité et la famille?
Exactement. Si le réchauffement climatique persiste – ce que tous les experts semblent prédire, la saison hivernale sera plus courte et il faudra grimper plus en altitude pour avoir de la neige. C’est synonyme d’investissements lourds et de revenus élevés sur une période restreinte, une situation à laquelle tout le monde ne pourra pas faire face. Si certains vont occuper un créneau important et se positionner clairement, les autres devront reconsidérer leur avenir.

La saison hivernale verra-t-elle ses dates déplacées ou sa durée raccourcie? Depuis plusieurs années, le chiffre d’affaires réalisé en décembre et durant les Fêtes n’est plus vraiment bon…
En effet, la saison sera raccourcie. Une étude menée conjointement en 2016 par l’Université de Neuchâtel, l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) et l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) a montré que la saison des neiges débutait en moyenne 12 jours plus tard et se terminait environ 25 jours plus tôt qu’en 1970. Lorsque le printemps fait son apparition en plaine et que les jours deviennent plus longs et plus lumineux, difficile d’attirer les touristes sur les pistes. Et ce sera pareil dans 30 ans, même si les conditions de ski sont plus favorables en mars qu’en décembre.

Les destinations de vacances n’ont donc pas d’autre choix que de proposer d’autres attractions, à l’image d’Arosa avec son Festival de l’humour.
Ces événements ne concernent pas seulement l’avenir, mais le présent. Avant, il suffisait aux hôtes d’admirer la splendeur de la nature et, le soir venu, de boire un thé dans le hall d’entrée de l’hôtel. Aujourd’hui, peu s’en contenteraient, ce que je regrette sincèrement. De nos jours, il faut pouvoir conjuguer nature et gastronomie, un séjour exceptionnel dans un hôtel et des excursions organisées avec observation de la faune, par exemple. Nous devons faire vivre aux hôtes une expérience unique. La nature représente le cadre idéal pour des festivals et autres événements, à l’image de Gstaad et de Verbier, qui proposent de la musique classique, ou encore d’Arosa et son Festival de l’humour; la même manifestation dans une salle de spectacle en plaine n’aurait pas la même saveur!

Le tourisme dans 30 ans: les pistes des pros

Urs Wagenseil, professeur de tourisme à la Haute école de Lucerne

Urs Wagenseil, professeur de tourisme à la Haute école de Lucerne
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«Dans 30 ou 40 ans, l’offre actuelle en infrastructures ne sera probablement plus aussi généralisée. Elles seront excellentes là où il existe encore une gamme complète de prestations et de transports ferroviaires, car le tourisme s’inscrit dans une concurrence mondiale. La question est de savoir dans quelle mesure la politique et la société sont prêtes à s’engager financièrement en faveur d’une région alpine vivante et animée.»

Sébastien Epiney, directeur de l’Office du tourisme de Nendaz (VS)

Sébastien Epiney, directeur de l’Office du tourisme de Nendaz (VS)
http://www.cooperation.ch/Quel+avenir+en+montagne_ Sébastien Epiney, directeur de l’Office du tourisme de Nendaz (VS)

«Ici, nous n’avons aucun souci à nous faire pour la saison d’hiver. Les 4 Vallées se situent à une altitude élevée et nous disposons de suffisamment d’eau pour produire de la neige artificielle. Quant au tourisme estival, il attire environ un tiers des visiteurs et devient toujours plus attractif. Tranquillité, sécurité, climat sain et paysage d’exception sont une garantie pour l’avenir: de plus en plus de touristes nous rendront visite en été!»

Urs Wohler, directeur du funiculaire du Niesen (2362 m), montagne au sud du lac de Thoune

Urs Wohler, directeur du funiculaire du Niesen (2362 m), montagne au sud du lac de Thoune
http://www.cooperation.ch/Quel+avenir+en+montagne_ Urs Wohler, directeur du funiculaire du Niesen (2362 m), montagne au sud du lac de Thoune

«Rien de ce qui existe aujourd’hui ne devrait disparaître dans 30 ou 40 ans. Nous autres montagnards devrons revendiquer une nouvelle identité et contribuer à développer nos offres, ensemble, de manière unique et avec succès. Avec respect mutuel et au sein d’un partenariat établi. Les citadins quitteront le bruit, le trafic et le stress causé par le rythme de la ville pour jouir de ce que nous avons de plus précieux ici.»

Pascal Jenny, directeur d’Arosa Tourismus (GR)

Pascal Jenny, directeur d’Arosa Tourismus (GR)
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«Outre les grandes régions, il y aura également des fournisseurs de produits de niche. Une sorte de contre-tendance. Chez nous, dans la vallée du Schanfigg, ce pourrait être un «Hôtel Schanfigg», par exemple. Il s’agirait de bâtiments en bois individuels, des sortes de chambres d’hôtel dispersées dans la vallée, gérées par cette même vallée, et qui attireraient ainsi les amateurs de nature en quête de tranquillité.»

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Jasmina Slacanin

Rédacteur

Photo:
Switzerland Tourism/Ivo Scholz, Thierry Vouillamoz, Nina Mattli, DR
Publication:
lundi 06.03.2017, 12:45 heure



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