Le Neuchâtelois Raphaël Domjan, ici avec une maquette de son avion. En vrai, SolarStratos a une longueur de 8,5 m et son envergure est de 24,8 m.

«J’ai été mécano, ingénieur et ambulancier»

Interview Raphaël Domjan sera le premier à aller dans la stratosphère en avion solaire. Embarquement dans la vie de cet éco-explorateur. 

En 2018, Raphaël Domjan revêtira une combinaison pressurisée et s’installera pour un voyage d’au moins cinq heures à bord de Solar­Stratos, son engin équipé d’un moteur électrique, d’une hélice, de batteries et de panneaux solaires. Il dépassera les 20  000 mètres d’altitude, ce que personne n’a jamais fait avec un avion, quel que soit le type d’énergie utilisée. Les premiers vols d’essai vont avoir lieu ces prochains jours.

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Nous voulons faire rêver et montrer qu’avec l’énergie solaire on peut réaliser l’impossible»

Comment expliquer l’intérêt des Helvètes pour les défis solaires ?
Aujourd’hui, la plupart de ces aventures sont réalisées en Suisse peut-être parce qu’on a une éducation de qualité au niveau technique et des centres de compétences, tels que par exemple l’EPFL.
J’ai aussi l’impression qu’en Europe et en Suisse, on nous laisse une certaine liberté de rêver. Les Chinois agissent de manière collective. Aux États-Unis, la rentabilité et l’aspect utilitaire priment.
Avec SolarStratos, nous souhaitons faire rêver les gens et montrer qu’avec l’énergie solaire, on peut réaliser ce qui est impossible avec un avion à propulsion classique. Notre aventure ne poursuit pas directement un but utile et commercial, mais nous espérons qu’elle permettra de créer, peut-être dès 2020, des drones solaires stratosphériques qui seraient des alternatives aux satellites. Nous visons aussi des vols commerciaux d’ici à 2021-2022. Nous lancerons ces projets en association avec d’autres entreprises.

La réussite très médiatisée de Solar Impulse, de Bertrand Piccard, ne suffisait-elle pas pour montrer ce que permet de faire l’énergie solaire?
En Islande, en 1993, j’avais vu un glacier de la taille de la colline de Chaumont (NE). Quand j’y suis retourné en 2004, il avait disparu... J’ai pris conscience du changement climatique à ce moment-là, c’est pour cela que je suis devenu éco-explorateur. J’ai commencé à réfléchir aux questions environnementales et j’ai constaté qu’il y avait des solutions. C’est ce que je montre avec SolarStratos.
Il faut poursuivre les aventures, continuer de tout entreprendre et de sensibiliser le public à l’importance des énergies renouvelables.

Se poser sur la Lune, ça serait un jour envisageable avec un avion solaire?
Pour aller dans l’espace, il faut quitter la gravité, c’est-à-dire atteindre la vitesse de libération, qui est de 30  000 kilomètres par heure à peu près. Avec le système que l’on utilise, ce n’est pas possible. Aujourd’hui, en tout cas. Dans quelques siècles, je ne peux pas répondre. Avec SolarStratos, j’aurai quasi un pied dans l’espace. Je verrai la courbure de la Terre. Au-dessous de moi, il y aura l’atmosphère et la lumière. Et au-dessus, ce sera le noir et les étoiles.

Dans quinze ou vingt ans, comment voyez-vous les transports aériens?
J’ai été le premier en 2012 à boucler un tour du monde à bord du PlanetSolar, un bateau solaire. Quand j’ai lancé ce projet en 2004, il n’y avait pas de voitures électriques, ni vraiment de prise de conscience concernant les problèmes environnementaux. Aujourd’hui, les choses changent, il y a une révolution électrique, même si elle n’est pas forcément solaire.
J’imagine que dans quinze ou vingt ans, on pourra faire de la petite aviation de plaisance, électrique ou solaire, et peut-être déjà des vols court-courriers, tels que Genève-Paris, avec dix ou vingt passagers.

Après PlanetSolar, vous allez encore une fois entrer dans l’Histoire, si vous réussissez votre aventure SolarStratos. De quoi être fier!
Ce succès de 2012 était une grande satisfaction personnelle, bien que ce ne soit pas mon but de marquer l’Histoire. Mais je trouve incroyable qu’un jour peut-être des gens diront que ce qu’on a fait était ringard car alors, si tout va bien, tout le monde utilisera les énergies solaire et électrique pour se déplacer. J’aurai participé au début d’une nouvelle histoire. J’ai d’abord été mécanicien motocycle, j’ai suivi ensuite une double formation d’ingénieur et d’ambulancier. Je ne m’étais jamais imaginé être un jour dans un journal. Mon but n’est pas d’être célèbre, mais l’avantage de ma notoriété, c’est qu’elle me permet de parler des énergies renouvelables, j’aimerais en être un ambassadeur.

D’où vient votre passion pour l’aventure? De votre famille?
Non, mon père a le vertige, ma maman ne nage pas et n’aime pas le bateau. Et le plus long voyage que j’ai fait avec eux, c’était jusque dans le sud de la France. J’ai le goût de l’aventure depuis toujours, je ne sais pas vraiment d’où ça vient. Déjà quand j’étais petit, je fuguais pour aller voir mes grands-parents. La première fois que j’ai pu quitter la maison pour les rejoindre, à 3 ans, j’ai pris seul le funiculaire à Chaumont, je me souviens du sentiment de liberté que j’ai ressenti. Il n’y a pas besoin d’entreprendre de grandes expéditions pour avoir cette sensation.

Vous lisiez des romans d’aventures quand vous étiez petit, comme ceux de Jules Verne?
Oui, j’ai toute la collection, qui vient de mon grand-père. C’est possible que ça m’ait influencé, ainsi que la BD. L’album Objectif Lune de Tintin m’a marqué et j’aimais aussi Buck Danny.
Puis dès 14-15 ans, j’ai commencé à lire des récits d’aventuriers et d’explorateurs, par exemple ceux du Norvégien Nansen, que j’admire beaucoup; ça me passionnait.

Vous pilotez aussi des avions classiques et vous faites de l’alpinisme. Vous ne vous arrêtez jamais?
Voler dans ces avions, c’est un peu mon péché écologique. Je le fais surtout quand ça a un but, pour emmener d’autres personnes ou afin de me préparer pour SolarStratos. J’aime également skier. J’avais par ailleurs commencé la formation de guide de montagne, mais je n’avais pas pu la terminer à cause de PlanetSolar.
Même si je suis hyperactif, parfois j’aime bien me poser. Mais s’il fait beau, c’est un peu difficile.

Votre vie privée ne pâtit pas trop du projet SolarStratos, qui doit prendre beaucoup de votre temps?
J’espère que non. Mais c’est vrai que pour ma compagne, lorsque je me suis lancé dans le défi PlanetSolar, le changement a été très difficile par rapport à l’époque où j’étais ambulancier et avais beaucoup de congés. Mon amie actuelle m’a connu quand j’étais déjà dans cette activité d’éco-exploration, donc elle sait à quoi s’attendre. Toutefois, j’essaie toujours de bien séparer les choses, d’avoir des vacances, de préserver le plus possible les week-ends, de garder du temps pour ma famille et mes amis, c’est important pour moi.

Ce temps, vous l’employez aussi à cuisiner?
Oui, c’est quelque chose que j’aime faire, ça me relaxe. Je prépare des plats très basi­ques: du poulet, des pâtes avec des champignons, des pizzas, du pain perdu, des gâteaux. C’est récent, c’est sur PlanetSolar que je m’y suis vraiment mis. On était quatre à bord, dont deux qui ne faisaient pas à manger. Ils ont essayé une fois et on est tombés malades! Alors, le capitaine et moi cuisinions.

Et l’avenir?
J’ai plein d’idées, mais il faut être concentré sur SolarStratos. Même si je suis impliqué dans un autre projet, plutôt archéologique, en Antarctique, pour lequel on m’a sollicité, mais je ne peux pas en parler davantage…

 Raphaël Domjan durant notre interview: «Ce qui est bien maintenant, c’est que je peux réaliser un certain nombre de mes rêves.»

L’aventure dans le sang

Raphaël Domjan, né en 1972, a présenté SolarStratos en décembre dernier. L’avion n’ayant jamais volé, les premiers essais se feront à Payerne très prochainement selon la météo. Ces sessions devraient durer jusqu’en juillet ou en août. Un pilote d’essai sera aux commandes au début. L’avion montera d’abord à de très basses altitudes, avant d’aller progressivement plus haut. Fin 2017, Raphaël Domjan espère battre avec SolarStratos le record d’altitude de Solar Impulse (9420 m) avec son ami Bertrand Piccard dans l’habitacle. Le vol dans la stratosphère s’effectuera en 2018.

Site de Raphaël Domjan

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texte:
Myriam Genier
Photo:
Zeppelin/SolarStratos, Julian Chavaillaz
Publication:
lundi 27.02.2017, 13:25 heure



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