L’agriculteur Romane Marseille (39 ans) et sa femme Nadia Josephe (34 ans) devant leur maison reconstruite.
Au centre, leur fille Rodna (18 ans) et leur fils Mydeus (7 ans). La fille aînée était absente ce jour-là.

Reconstruction: un an après, l’espoir renaît en Haïti

Situation En octobre 2016, l’ouragan Matthew dévastait Haïti. Coop est l’un des donateurs dont le soutien permet à la Croix-Rouge suisse de reconstruire des maisons et d’aider à restaurer la fertilité du sol.

Ils possédaient bien peu de choses, mais cela leur suffisait pour vivre: un logement simple pour les protéger de la pluie, un petit nombre d’arbres fruitiers, des légumes, cinq moutons, quatre cochons et quelques poules. À Corail, petite ville de pêcheurs, c’était ce dont vivaient l’agriculteur Romane Marseille, son épouse Nadia Josephe et leurs trois enfants.
Pas exactement le grand luxe, mais de quoi assurer sa subsistance. C’était oublier la tempête tropicale Matthew, qui, au mois d’octobre 2016, allait leur enlever le peu dont ils disposaient.
Entre le 28 septembre et le 9 octobre, l’ouragan a tournoyé au-dessus des Caraïbes à une vitesse atteignant les 260 km/h, dévastant la partie sud de la péninsule haïtienne, dont le Département de Grand’Anse. Matthew a privé la famille coraillaise de son cheptel, sacagé son verger et détruit l’arrière de leur habitation: «Heureusement, nous étions tous à l’avant de la maison», raconte Romane Marseille.

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La vie reprend ses droits

Six mois après le drame, l’espoir semble poindre à nouveau à l’horizon: même si elle n’a toujours pas d’argent pour acquérir de nouvelles bêtes, la famille a pu planter quelques légumes et faire une première récolte au bout de quelques semaines. Leur maison a été reconstruite grâce à l’aide apportée par la Croix-Rouge suisse (CRS) qui, directement après le passage de Matthew, a récolté quelques 750 000 francs de dons, dont 200 000 francs de Coop affectés à la reconstruction des logements.
Dans les environs de Corail, la CRS enseigne un nouveau mode de construction plus stable. «Même s’il ne protège pas les maisons contre les chutes d’arbres, il permet au moins à ces dernières de résister à un ouragan ou à un tremblement de terre», assure Olnick Jean-Baptiste, ingénieur civil haïtien qui travaille dans la commune de pêcheurs pour le compte de la CRS. Il y forme des spécialistes et leur enseigne le savoir-faire lié à cette méthode de construction.
Pour que ce procédé se répande rapidement, la CRS a opté pour un effet boule de neige: la famille Marseille habite la première maison bâtie de la sorte à Corail. La construction sert de modèle et de maison de formation. Dix-huit chantiers similaires ont vu le jour au mois de mars, servant eux-mêmes de lieu d’apprentissage aux charpentiers et aux maçons en formation. Durant cette période, 36 équipes ont été instruites, si bien qu’à la fin du mois d’avril, 320 familles avaient une nouvelle demeure résistante aux tempêtes. Et depuis lors, c’est là le plus important, Corail possède le savoir-faire; ses habitants pourront dorénavant continuer à construire de manière à faire face aux tempêtes.

«

Nous ne voulons pas le poisson, mais qu’on nous apprenne à pêcher»

Dans l’œil du cyclone

L’arrondissement de Corail fait partie des régions les plus durement touchées par Matthew. Partant de la seule route principale du sud – en grande partie une simple piste de sable – un chemin de montagne en piteux état permet de franchir une chaîne de montagnes avant de redescendre abruptement vers la côte. Quand la route est mouillée, même les 4×4 peinent à avancer.
C’est pourquoi l’aide des organisations non gouvernementales, déployées dans le pays en grand nombre, a atteint la commune relativement tard. Les Cayes et Jérémie, grandes villes portuaires plus faciles d’accès, ont largement bénéficié de l’aide d’urgence. Corail, pour sa part, a été oubliée. Et pourtant, la ville et ses villages voisins s’étendent sur quelque 210 km2 et comptent 30 000 habitants. D’après les explications de François Dessambre, chef de la délégation de la CRS en Haïti, ce sont les raisons qui ont décidé la Croix-Rouge suisse à dispenser son aide d’urgence prioritairement dans cette région.
Les gens ont conscience du fait que l’aide humanitaire ne peut être uniquement matérielle, explique François Dessambre. Romane Marseille l’exprime bien: «Nous ne voulons pas que le poisson. Nous préférons qu’on nous apprenne la meilleure manière de pêcher.» Dans la région, justement, le soutien de la CRS relève avant tout de la transmission du savoir-faire, bien plus que d’une aide matérielle directe. Autre exemple: des agronomes enseignent comment améliorer la fertilité du sol.

La petite ville de pêcheurs de Corail, au sud d’Haïti, se situe au cœur d’une des régions les plus durement touchées par l’ouragan Matthew.
C’est une des raisons pour lesquelles la Croix-Rouge suisse est encore aujourd’hui engagée dans ce secteur de l’île.

Premiers fruits récoltés

Jadis, les hommes quittaient une région lorsque le sol ne fournissait plus de nourriture. Aujourd’hui, les paysans apprennent à fabriquer un compost à base de déchets de cuisine, de cendres, de feuilles, de fumier et de légumineuses. Mélangé à l’humus présent naturellement, cela donne un très bon terreau.
L’aide apportée par les agronomes profite aussi à Melila Beloni. Elle vit à Corail avec son mari et leurs trois enfants. Tomates, épinards, gombos et bien d’autres plantes comestibles poussent sur ses deux parcelles expérimentales. Deux mois seulement après les premières semailles, la jeune femme a pu en récolter les premiers fruits. Elle est si satisfaite qu’elle a décidé d’aménager une troisième parcelle. Cela devrait suffire à nourrir sa famille, et elle s’en réjouit.
D’autres paysans auront besoin de plus de temps pour reconstruire leur existence. Selon les espèces végétales, une nouvelle récolte ne peut être possible qu’après plusieurs années. «Les tempêtes ne détruisent pas seulement la récolte à venir, mais également celles des années suivantes», insiste François Dessambre.
À Corail, les producteurs de café souffriront encore longtemps des séquelles de l’ouragan. «Il faudra plusieurs années pour que la nature se rétablisse complètement. Il reste tellement à faire que nous avons décidé de rester à Corail pour au moins six mois supplémentaires», conclut le chef de la délégation de la Croix-Rouge suisse en Haïti.

L’ouragan Matthew a frappé le sud-ouest d’Haïti en octobre 2016, ravageant notamment la ville de pêcheurs de Corail. Carte Rich Weber

Des actes pour le bien-être de tous

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Toutes les paroles aux actes
Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Florian Kopp
Publication:
dimanche 13.08.2017, 12:45 heure

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