De nombreuses familles fuient la guerre au Moyen-Orient. Ici, une famille à la gare de Vienne.

Réfugiés: l’école, creuset de l’intégration

Immigration Parmi les réfugiés arrivant en Suisse, on compte toujours plus d’enfants et de jeunes. Cette situation représente un défi de taille pour les écoles, aussi sur le plan financier.

Ils fuient les persécutions et la guerre. En novembre, près de 5700 personnes ont demandé l’asile en Suisse, dont de nombreux enfants. «Ils doivent tous être intégrés dans une école», déclare Beat W. Zemp. Conscient de la difficulté de la tâche, le président central de l’association faîtière des enseignants suisses plaide pour davantage d’humanité et d’ouverture vis-à-vis de ces gens particulièrement vulnérables.

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Beat W. Zemp, président central de l’association faîtière des enseignants suisses

Beat W. Zemp, président central de l’association faîtière des enseignants suisses
Beat W. Zemp, président central de l’association faîtière des enseignants suisses
«

Les réfugiés sont aussi une chance pour la société»

Beat W. Zemp

L’afflux de réfugiés ne diminue pas, même en Suisse. Quelles sont les conséquences pour les écoles?
C’est un vrai challenge pour le système de formation. En effet, l’hétérogénéité des classes augmentera encore. Les réalités des enfants et de leur famille sont actuellement déjà très différentes. Or, avec des enfants réfugiés, une nouvelle dimension apparaît. Nombre d’entre eux sont originaires d’une région en guerre; ils ont à peine eu l’occasion d’aller à l’école. Mais on trouve également de jeunes Syriens sur le point d’obtenir leur diplôme et disposant d’une très bonne formation. Le nombre croissant d’enfants réfugiés arrivés seuls en Suisse, c’est-à-dire sans leurs parents, est nouveau. Ces requérants d’asile mineurs non accompagnés (RMNA) sont un réel défi.

Une grande partie de ces jeunes ont été traumatisés.
Oui, c’est terrible. Il s’agit de filles et de garçons âgés de 12 ou 13 ans ayant voyagé tout seuls pendant des mois. Beaucoup d’entre eux ont vécu des choses abominables, notamment des viols et des actes de violence. Certains ont vu leurs parents se faire tuer et sont tellement traumatisés qu’ils ont cessé de parler. Ces enfants ont besoin d’une intégration non seulement scolaire, mais également psychologique et sociale.

Dans la pratique, comment peut-on répondre aux besoins particuliers de ces enfants?
Les enfants traumatisés par la guerre rejoignent des classes spéciales à effectif réduit. Je ne crois pas qu’un enfant traumatisé par la guerre et arrivé en Suisse sans sa famille puisse être intégré dans une classe ordinaire sans prise en charge complémentaire. Il doit tout d’abord être stabilisé sur le plan psychique. Des psychologues de l’enfance et de l’adolescence et des spécialistes des traumatismes examinent chaque cas. Si l’on cherche à faire des économies ou que le titre de séjour reste trop longtemps incertain, les problèmes n’en seront que renforcés plus tard.

Y a-t-il besoin de plus de professionnels ayant la formation adéquate?
Absolument! Au moins un enseignant disposant d’une formation continue spéciale devrait travailler dans chaque école. Et nombre de pédagogues spécialisés ont besoin de plus de connaissances spécifiques. Nous manquons aussi d’interprètes de certaines langues.  

Les enfants et ados sont scolarisés selon un modèle en trois phases. Après combien de temps peuvent-ils fréquenter une classe ordinaire?
La première phase dure entre six et douze mois. Durant cette période, les réfugiés restent dans les centres fédéraux, où ils sont scolarisés dans des classes d’accueil ou de transition pour acquérir leurs premières connaissances d’une langue nationale. Ensuite, ils sont répartis dans les communes. Après cette phase, le lieu de résidence doit être déterminé afin que les enfants puissent être intégrés dans des classes ordinaires. Évidemment, cette intégration n’est souvent possible qu’avec une aide complémentaire sous la forme d’un soutien psychologique ou de cours de langue. Vient ensuite la troisième phase, l’intégration complète, lorsque l’enfant n’a plus besoin de cette aide. Il arrive aussi bien sûr qu’un rapatriement ait lieu.

Avez-vous déjà reçu des retours d’enseignants confrontés à cette situation?
Aucun message alarmant, du moins. Jusqu’à aujourd’hui, nous sommes parvenus à bien gérer la situation, surtout parce que les phases deux et trois n’interviennent qu’après l’intégration dans des classes ordinaires. Mais nous n’en sommes qu’au début. L’année 2016 sera marquée par l’intégration des réfugiés, à l’image de l’année 2000, où nous avons dû intégrer de nombreux réfugiés du Kosovo dans les classes. Les enseignants sont bien préparés et aptes à gérer la situation, à condition bien sûr que l’on puisse garder une vue d’ensemble. Depuis l’automne, le nombre de requérants d’asile s’est stabilisé en raison des conditions météo. Les chiffres reprendront certainement l’ascenseur au printemps. Si des dizaines de milliers de réfugiés arrivent tout à coup, nous aurons besoin de nouvelles salles de classe et de personnel supplémentaire. Nous ne pourrons plus y faire face avec les structures existantes.

L’école permet d’intégrer les jeunes réfugiés. La Suisse bénéficie d’une longue expérience dans ce domaine.

Quel afflux les écoles sont-elles en mesure d’absorber?
Ce sont aux autorités de migration que revient la décision finale. Vers la fin des années 1990, nous avons déjà connu une vague de migration durant laquelle nous avons dû intégrer des milliers de personnes. Et nous avons très bien réussi. Les réfugiés ne doivent pas seulement être considérés comme une charge pour le système et la société, mais aussi comme une chance. Des études révèlent que les pays ayant accueilli d’importants flux de réfugiés en ont profité. À condition d’allouer des moyens suffisants pour l’intégration scolaire.

L’austérité budgétaire touche les écoles. Selon l’association des enseignants, près de 318 millions de francs ont déjà pu être économisés depuis 2013. D’autres coupes sont prévues. Qu’est-ce que cela signifie dans la situation actuelle?
On ne peut pas faire des économies au détriment des plus vulnérables: l’apprentissage du français, les classes à effectif réduit et les emplois spécialisés sont les structures nécessaires à l’intégration des réfugiés. Les supprimer serait fâcheux. L’intégration scolaire des réfugiés et les mesures d’économie dans la formation sont incompatibles. Dans des situations exceptionnelles, les moyens financiers excédant les prévisions budgétaires sont nécessaires. Il ne suffit pas de dépenser de l’argent pour les clôtures et les contrôles douaniers.

Que dites-vous aux parents qui craignent que l’intégration des réfugiés n’influence le succès scolaire de leurs enfants?
Je peux comprendre cette crainte mais elle n’est pas fondée. On sait que la réussite des bons élèves n’est pas entravée par les enfants moins performants.
Aujourd’hui, l’individualisation du rythme d’apprentissage est un fait habituel. Les enfants qui veulent apprendre ne se laissent pas freiner. Et sur un plan humain, tous les enfants y gagnent. C’est une chance d’apprendre que les êtres humains ne naissent pas égaux et que les destins peuvent être très différents les uns des autres.

Dans quelle mesure êtes-vous confiant en la réussite de l’intégration de ces enfants et adolescents?
La Suisse bénéficie d’une longue expérience dans l’intégration des réfugiés. Nous savons ce que nous devons faire pour réussir. Nous savons aussi ce qui se passe lorsque l’intégration échoue, comme ce fut le cas durant les guerres de Yougoslavie dans les années 1990. À l’époque, nous nous sommes retrouvés avec des jeunes qui n’avaient pas le droit de commencer un apprentissage car la situation relative à leur titre de séjour n’était pas réglée. Les familles admises dans notre pays ont besoin de certitudes quant à leur statut pour pouvoir entrevoir des perspectives d’apprentissage et d’intégration. L’objectif premier reste d’offrir à 95% des élèves d’une classe l’accès au degré secondaire II. Nous devons tout mettre en œuvre pour que l’intégration scolaire et professionnelle des réfugiés réussisse, car ils devront subvenir à leurs besoins s’ils restent longtemps parmi nous.

Les jeunes réfugiés en nombre

Demandeurs d’asile en Suisse entre août 2014 et novembre 2015

Engagement: la CRS et Coop

La Croix-Rouge suisse (CRS) propose de nombreux services pour les populations migrantes, notamment les jeunes. Les associations cantonales offrent par exemple des conseils, une assistance médicale, des cours de langue et un service social pour les réfugiés.
Coop et la Croix-Rouge suisse sont partenaires de longue date. En 2015, elles ont scellé un partenariat officiel avec pour but d’intensifier leur collaboration.

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texte:
Maša Diethelm
Photo:
Keystone, Lucian Hunziker, SP
Publication:
lundi 11.01.2016, 14:25 heure



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