Gottfried Locher souhaite augmenter la visibilité du Conseil suisse des religions, composé de représentants chrétiens, musulmans et juifs.

Religions: le conseil fête ses dix ans

Société Le Conseil suisse des religions encourage le dialogue entre les communautés. Pour ses dix ans, il convie le public dans un train spécial. Interview de son président Gottfried Locher.

Le Conseil suisse des religions a été fondé il y a dix ans. Depuis, il n’a pas assez souvent fait parler de lui estime son nouveau président Gottfried Locher, qui dirige également la Fédération des Églises protestantes de Suisse. «Nous nous engageons en faveur de la paix religieuse et nous voulons le montrer de façon plus visible.» Le 22 mai, les membres du Conseil embarqueront en compagnie de personnalités dans un train spécial entre Saint-Gall et Genève pour parler religion avec la population.

«

Nous devons trouver des moyens de nous unir»

Gottfried Locher, président du Conseil suisse des religions

Les membres du Conseil se connaissent-ils aujourd’hui suffisamment bien?
Au cours des dix dernières années, nous avons appris à mieux nous connaître, mais il reste encore de très nombreuses questions à aborder. Nous ne pouvons pas nous contenter de parler des aspects positifs, à savoir ceux qui permettent aux croyants de puiser soutien et réconfort dans la religion. À l’heure où les extrémistes cherchent à monter les communautés les unes contre les autres par la violence, nous devons plus que jamais parler du revers de la médaille  afin de trouver des moyens de nous unir. C’est un processus passionnant, mais aussi fastidieux et souvent difficile.

Est-ce l’une des raisons pour lesquelles on entend rarement parler du Conseil?
Tout à fait. Nous devions d’abord poser les bases, établir la confiance. Aujourd’hui, notre objectif est d’améliorer la visibilité du Conseil auprès de la population. C’est pourquoi nous célébrons notre dixième anniversaire avec le grand public. Il ne faut toutefois pas sous-estimer l’importance du travail réalisé en interne au sein du Conseil. Le Conseil des religions offre en effet un espace clos, protégé, où les représentants des différentes religions, qui exercent une grande influence sur leur communauté respective, ont la possibilité de discuter librement.

Comment les travaux du Conseil des religions se déroulent-ils?
Les membres du Conseil – trois chrétiens, un représentant de la communauté juive et deux musulmans – se réunissent tous les trois mois pour s’entretenir de thèmes d’actualité. Nous devons trouver un terrain d’entente afin de pouvoir adopter une position commune sur des questions délicates, comme après les attentats contre Charlie Hebdo ou les attaques terroristes à Bruxelles. Nous discutons beaucoup, car les positions des uns sont parfois aux antipodes des autres.

Un exemple concret?
Prenons les caricatures de Mahomet: pour moi, c’était intéressant de voir que la notion de liberté religieuse pouvait être interprétée de façon très différente. Une personne du Proche-Orient ne connaît pas cette forme de satire religieuse et il lui est donc difficile de la comprendre. Je suis issu d’un milieu culturel différent et je trouve que, dans ce domaine, la liberté autorise à blesser quelqu’un de temps à autre et qu’il faut être capable de supporter les offenses. Pensez à La Vie de Brian des Monty Python: leur Jésus crucifié est en train de chanter! Les avis divergent sur les limites à imposer.

Le Conseil ne pourra jamais se mettre d’accord sur ce point...
C’est difficile. C’est pour cela qu’il ne faut pas sous-estimer l’importance du travail accompli pour aboutir simplement à la création d’un tel Conseil – et à son maintien jusqu’à présent. Nous offrons une plateforme de dialogue et un interlocuteur commun pour les autorités fédérales. Cependant, nous sommes d’accord pour reconnaître qu’il existe différents points de vue et qu’il faut accepter cette diversité des opinions.

Plutôt modeste, comme résultat!
Au contraire! Dans notre pays, nous avons la chance de vivre à une époque où la paix religieuse semble être un état des choses normal. Or, par le passé, la Suisse a connu des guerres religieuses ou confessionnelles. Le fait de préserver la paix religieuse et de renforcer la compréhension mutuelle représenterait déjà un accomplissement considérable. Cependant, cela ne veut pas dire que nous devions tous être du même avis. Tout l’art de notre travail consiste à composer avec des opinions divergentes.

Cela sera-t-il votre message à l’occasion de l’anniversaire du Conseil?
Oui, nous voudrions que les hommes – chrétiens, juifs, musulmans ou d’une autre confession – puissent nouer des relations d’égal à égal et percevoir leurs différences comme une source de richesses et non de menaces. Nous avons donc décidé d’embarquer dans un train spécial avec des personnalités passionnantes: artistes, écrivains, musiciennes et politiciens de diverses confessions. Nous voulons encourager des gens d’horizons spirituels différents à dialoguer avec esprit critique, humour et dans le respect mutuel; un élément crucial lorsqu’on touche la corde sensible.

À l’heure actuelle, il y a surtout des réserves à l’égard de l’islam en Suisse. On pourrait même parler d’une islamophobie rampante. Qu’en pense le Conseil?
C’est un thème important. Nous essayons d’améliorer la compréhension entre les deux parties à plusieurs niveaux. Les musulmans devraient prendre au sérieux les craintes vis-à-vis de l’islam qui sont fondées. De leur côté, les chrétiens et les juifs devraient réaliser que leurs peurs ne sont pas toutes justifiées. Le plus important, c’est que les gens apprennent à se connaître. Nous l’observons en permanence: les contacts personnels sont le fondement même de la paix culturelle. Et ce principe s’applique avant tout au sein du Conseil.

Que pensez-vous de l’interdiction des minarets en Suisse?
À l’époque, le Conseil suisse des religions s’était fermement opposé à cette interdiction. Nous estimons que ça ne sert à rien d’enfermer une religion dans la clandestinité.

Et l’interdiction de la burqa?
Je trouve qu’on accorde une attention démesurée à cette question au vu du nombre très réduit de femmes concernées par le port de la burqa en Suisse. La question sera cependant portée devant le Conseil des religions puisqu’une initiative populaire a été annoncée. Nous devons donc trouver un terrain d’entente sur ce sujet délicat. Une chose semble déjà établie: même les membres musulmans du Conseil estiment qu’en Suisse chacun devrait pouvoir identifier la personne qui lui fait face.

Comment évaluez-vous la compréhension mutuelle entre les cultures en Suisse?
Par rapport à d’autres pays, j’ai l’impression que nous nous en sortons encore assez bien. Nous faisons des efforts, nous faisons preuve de considération. Mais cela nécessite que, de leur côté, les nouveaux arrivants soient disposés à respecter la culture de leur pays d’accueil.

Peut-il y avoir des crucifix en classe?
Je trouve que cela devrait être autorisé dans un pays où il s’agit d’une tradition culturelle. Néanmoins, nous n’en avons jamais discuté au sein du Conseil.

Abordez-vous également des sujets plus concrets dans le cadre du Conseil, comme les cours d’éducation physique et de natation pour tous à l’école?
Oui. J’étais déjà présent lorsque le Conseil est intervenu comme médiateur pour présenter les règles en vigueur en Suisse, expliquer leur raison d’être et déterminer si un compromis était possible.

Nous n’avons pas encore mentionné une catégorie de la population très importante, qui représente la troisième plus grande «religion» après les catholiques et les protestants, à savoir les personnes sans confession. En parlez-vous au sein du Conseil?
Honnêtement, nous n’en parlons pas vraiment, nous avons déjà bien assez de thèmes religieux à aborder. Cette situation me préoccupe toutefois beaucoup à titre personnel, car elle soulève de nombreuses questions: les religions se verront-elles à un moment imposer des limites dans l’exercice de la croyance? La population exigera-t-elle un jour que les religions soient exclues de la sphère publique? Les jours fériés dépendront-ils encore de fêtes chrétiennes?

Que pensent les membres du Conseil de la crise des réfugiés qui secoue actuellement l’Europe?
Tous se sentent concernés. Les représentants chrétiens parce que les communautés chrétiennes du Proche-Orient subissent des pressions ; les représentants musulmans parce que la majorité des réfugiés sont issus de pays musulmans ; les représentants juifs parce que les réfugiés proviennent de pays où l’antisémitisme est très répandu.

Comment résoudre cette crise? Existe-t-il seulement une solution?
Nous devons trouver une solution pour aider les réfugiés actuels tout en gardant de la place pour les réfugiés qui ont réellement besoin de notre protection. Cela fait partie de notre tradition humanitaire. Le Conseil des religions a pour mission de préserver la paix religieuse, et donc d’empêcher l’apparition de tensions fondées sur des motifs religieux dans notre pays.

Le Conseil des religions s’occupe-t-il de la paix religieuse ou s’intéresse-t-il également à la compréhension mutuelle entre les différentes cultures?
Ces deux aspects sont indissociables. En Europe de l’Est, mais encore davantage au Proche-Orient, la religion et la culture ne sont pas deux éléments distincts comme chez nous. Elles forment un tout, aussi bien chez les musulmans que chez les chrétiens. Le Conseil des religions peut donc sensibiliser nos concitoyens au fait que les immigrants ne sont pas habitués à séparer religion et culture.

Églises

Appartenance religieuse en suisse

Source: Office fédéral de la statistique (2012-2014); infographie: Niki von Almen

Horaire «10 ans du Conseil suisse des religions», le dimanche 22 mai 2016

  • Saint-Gall   départ dès 13 heures (environ)
  • Zurich HB   dès 14 heures (environ)
  • Berne         dès 16 heures (environ)
  • Lausanne    dès 17h30 (environ)
  • Genève       arrivée dès 18h30 (environ)

L’horaire exact sera communiqué aux gagnants du concours lorsqu’ils recevront leurs billets.

Personnalités

Pour chacune des étapes, des personnalités seront présentes dans le train pour échanger avec le public. Voilà la liste provisoire des participants.

Saint-Gall - Zurich

Zurich - Berne

Berne - Lausanne

Lausanne - Genève

Mathias Binswanger, économiste

 

Ron Epstein, architecte, spécialiste des synagogues

 

Pascale Guignard, architecte, spécialiste des églises

 

Renato Kaiser, champion suisse de slam

 

Vreni Giger, cheffe

 

Martin Klöti, conseiller d’Etat, Saint-Gall

 

Nehad Sayed, musicien

 

Stéphane Renevey, chanteur

 

Dr. Harald Rein, évêque de l’Eglise
catholique suisse

Werner de Schepper, journaliste

 

Rolf Lyssy, réalisateur

 

Christian Rutishauser, jésuite

 

Maja Ingold, conseillère nationale

 

Michael Kohn, chercheur

 

Werner Kieser, entrepreneur

 

Gerhard Pfister, conseiller national

 

Farhad Afshar, président de la Coordination des organisations islamiques de Suisse (KIOS)

 

Herbert Winter, président de la Fédération suisse des communautés israélite

Guido Fluri, entrepreneur

 

Lukas Hartmann, écrivain

 

Hansjörg Schmid, Centre Suisse Islam et Société de l’Université de Fribourg

 

Lauriane Sallin, Miss Suisse

 

Einat Betzalel, musicienne

 

Nehad Sayed, musicien

 

Franz Bucher, artiste peintre

 

Stéphane Bloch,
Camille Bloch, Procap

 

Gottfried Locher, président de la Fédération des églises protestantes de Suisse

 

Charles Morerod, président de la Conférence des évêques suisses

Marc Aymon,  chanteur

 

Einat Betzalel, musicienne

 

Martine Brunschwig Graf, présidente de la commission fédérale contre le racisme

 

Lauriane Sallin, Miss Suisse

 

Pascal Gemperli, président de l’Union vaudoise des associations musulmanes

 

Hafid Ouardiri, Directeur de la fondation de l'entre-connaissance

 

Hansjörg Schmid, Centre Suisse Islam et Société de l’Université de Fribourg

 

Géraldine Savary, conseillère aux Etats

 

Montassar BenMrad, président de la Fédération des organisations islamiques de Suisse

 

Charles Morerod, président de la Conférence des évêques suisses

Billets à gagner: train spécial

Le train spécial du Conseil des religions reliera Saint-Gall à Genève le 22 mai. Des personnalités de diverses confessions échangeront avec le public. Parmi elles, Lauriane Sallin, Miss Suisse, et l’évêque Charles Morerod. «Coopération» offre 15 × 2 billets pour chaque étape à choix (Saint-Gall-Zurich, Zurich-Berne, Berne-Lausanne ou Lausanne-Genève). Retour en train non compris dans l’offre.

Participez au concours jusqu'au 1er mai à 16h

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Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Philipp Zinniker
Publication:
lundi 25.04.2016, 13:55 heure



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