Le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann (à g.) et son homologue autrichien Heinz Fischer durant la conférence de presse.

Rencontre entre présidents

Tradition Les amitiés s’entretiennent. Raison pour laquelle l’Autriche est l’un des premiers pays auquel le président de la Confédération rend visite.

La Suisse et l’Autriche entretiennent d’excellentes relations. Ce n’est donc pas un hasard si Vienne est l’une des premières destinations à l’étranger du président de la Confédération. Il y a un peu plus d’une semaine, Johann Schneider-Ammann (64 ans) a été reçu en Autriche avec les honneurs militaires pour une visite officielle de travail.

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Le président autrichien Heinz Fischer a loué les bonnes relations réciproques des deux pays, sur les plans politiques, économiques et humains.
De son côté, Johann Schneider-Ammann a souligné la volonté de la Suisse d’appliquer les exigences politiques du peuple de manière à ce que les relations bilatérales concernant la libre circulation des personnes soient préservées.
Quelque cinq bonnes heures après son atterrissage à Vienne-Schwechat, le jet du président de la Confédération suisse s’envolait en direction de Bern-Belp. Coopération a saisi l’occasion de s’entretenir avec lui durant le vol de retour.

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Nous ne pouvons pas accepter une immigration sans fin»

Johann Schneider-Ammann, président de la Confédération

De quoi vous réjouissez-vous le plus durant votre année présidentielle?
Des rencontres, d’une part avec la population et d’autre part avec d’autres chefs d’État. Lors du Forum économique mondial de Davos, j’ai ainsi eu l’occasion de rencontrer Petro Poroschenko, le président de l’Ukraine ou Mauricio Macri, le nouveau président argentin. Il a été très intéressant d’apprendre de sa bouche comment, en tant qu’ancien entrepreneur, il veut ouvrir son pays au monde.

Avez-vous encore du temps pour vos hobbies ou pour faire du sport?
Difficilement. Je m’accorde une heure de fitness par semaine et une à deux heures de promenade à l’air frais avec nos chiens le week-end. Et c’est tout.

Quel sera le plus gros défi pour la Suisse en 2016?
Il y en a trois: les relations avec l’Union européenne, la politique concernant les migrations et les réfugiés et le franc suisse. En ce qui concerne les relations avec l’UE, nous devons assurer la voie bilatérale pour que des entreprises continuent à investir en Suisse. Ce n’est que de cette façon qu’elles pourront offrir des postes de travail. Pour ce qui est des réfugiés, il faudra s’attendre à une pression migratoire encore plus forte que jusqu’ici. Et le franc fort risque d’affaiblir des entreprises suisses.

Johann Schneider-Ammann en entretien avec notre rédacteur Thomas Compagno.

La suppression du taux plancher a-t-elle été une erreur?
Non. La Banque nationale a dû se doter d’une marge de manœuvre pour être de nouveau capable d’agir. Le Conseil fédéral se doit de respecter cette décision prise de manière indépendante par la Banque nationale.

Vous vous investissez personnellement pour un secteur industriel fort mais, actuellement, il tourne un peu au ralenti...
La Suisse ne pratique pas de politique industrielle mais nous pouvons définir les conditions-cadres. Un marché libéral du travail, un partenariat social intact et un excellent système dual de formation nous ont menés là où nous sommes aujourd’hui: un degré d’occupation élevé et un taux de chômage bas. Poursuivre dans cette voie est ce qu’il y a de mieux pour l’emploi.

Le commerce de détail est le plus important employeur du pays. Il souffre du tourisme d’achat. Quel rôle joue la politique dans ce domaine?
Là aussi, il en va de bonnes conditions- cadres, car le commerce de détail doit trouver des réponses au changement des habitudes d’achat. Il est difficile de compenser la différence de prix. Nous discutons actuellement de la prolongation des heures d’ouverture des magasins. Nous devons donc améliorer les structures internes. Il existe toute une gamme de mesures qui sont actuellement examinées au Parlement.

Quelles sont ces mesures?
La TVA est de nouveau d’actualité. Actuellement, chacun peut importer pour 300 francs de marchandise exempte de TVA. C’est évidemment une invite à faire ses achats à l’étranger. Cependant si l’on renonçait à cette franchise-valeur, les opérations douanières ne pourraient plus être maîtrisées avec le personnel existant.

Briefing avant la visite entre le président de la Confédération et des représentants des départements de l’économie et des affaires étrangères: (de g. à dr.) Michèle Sierro, Johann Schneider-Ammann, Henri Gétaz et Salome Meyer.

Pourquoi le Conseil fédéral est-il opposé à l’interdiction de la spéculation sur les denrées alimentaires?
Les auteurs de l’initiative veulent donner aux gens l’impression que les spéculateurs sont les responsables de la faim et de la misère dans le monde. Il est prouvé que ce n’est pas le cas. Et puis une spéculation de base est nécessaire pour que les producteurs trouvent preneurs pour leurs marchandises. Le fait qu’il y ait ensuite spéculation avec ces titres est une question de technique financière. Les investisseurs assurent leurs arrières. Une étude globale de l’Université de Bâle arrive à la conclusion que cela n’a aucune influence sur plus ou moins de faim et de misère dans le monde.

Mais cela a une influence sur les prix. Or c’est précisément cela, à savoir le fait que l’on spécule sur des aliments, que les gens ne comprennent pas.
Le producteur doit trouver un commerçant. Ce dernier se nomme spéculateur, ce qui n’a rien de péjoratif. Les papiers qui sont ensuite traités dans un second et troisième stade sont, certes, des deals financiers mais n’influencent plus le prix moyen de l’alimentation. La grande majorité des études scientifiques parvient à cette conclusion. Les fluctuations de prix sont causées par des événements naturels et des décisions politiques.

En février, le peuple suisse s’exprimera aussi au sujet de l’initiative de mise en œuvre pour le renvoi effectif des étrangers criminels. Pourquoi le Conseil fédéral la rejette-t-il?
Si l’initiative de mise en œuvre était acceptée, notre rapport avec l’UE serait encore plus problématique. La libre circulation des personnes susciterait encore plus de controverses. Or nous ne pouvons pas nous permettre de perdre l’accès au marché de l’UE. Le Parlement a doté l’initiative sur le renvoi des criminels étrangers de bons instruments dans le délai imparti, si bien que l’initiative de mise en œuvre est absolument inutile. De plus, cela couperait l’herbe sous les pieds de l’État de droit. Ce n’est pas concevable.

Voyez-vous dans cette initiative uniquement du populisme ou une véritable préoccupation du peuple suisse?
Bien sûr que cette préoccupation existe. Nous connaissons une forte immigration qui amène parfois une certaine criminalité. Il faut cependant aussi tenir compte du fait que bon nombre de personnes viennent chez nous parce que nous les avons appelées. Ce sont des forces vives qui contribuent à garder notre place économique productive et innovante. Mais c’est aussi une réalité que la part d’étrangers dans notre pays est de 25% et qu’en 2015 nous avons connu une immigration nette de 71 500 personnes. C’est trop. Nous ne pouvons pas accepter une immigration sans fin.

Entendez-vous limiter, voire diminuer, l’immigration?
Bien sûr: le Conseil fédéral applique la volonté populaire et la constitution en vigueur. Il n’a cependant pas articulé de chiffres. Nous sommes précisément en train d’élaborer un message au Parlement expliquant comment le Conseil fédéral aimerait gérer l’immigration au moyen de la clause de protection. Il s’agit de respecter la volonté populaire tout en évitant de causer des dégâts qui pourraient altérer les rapports avec l’UE. La libre circulation des personnes ne doit pas être remise en question. Et il est encore beaucoup trop tôt pour articuler des chiffres.

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Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Christoph Kaminski
Publication:
lundi 08.02.2016, 14:05 heure



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