Avenir sombre: sans l’argent de la caisse de pension, il ne reste parfois plus assez pour vivre.

Retraite: plutôt capital ou rente?

Prévoyance L’argent des caisses de pension doit garantir la sécurité matérielle des salariés à la retraite. Mais nombreux sont ceux qui dépensent leur capital prématurément. Explications.

Carola (63 ans) dispose de peu d’argent pour vivre. Trop peu, en fait. Pour l’instant, elle parvient à s’en sortir grâce à sa fille qui l’héberge à son domicile. Elle ne perçoit pas encore de rente AVS et ses avoirs de pension sont épuisés. Elle et son mari avaient investi leur capital dans une maison qu’ils ont dû vendre à un prix ridiculement bas après leur divorce. Le montant de la vente a été dépensé. Dès que Carola percevra sa retraite, elle sollicitera des prestations complémentaires (PC), car l’AVS seule ne lui permettra pas de vivre décemment.

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Sa situation est loin d’être un cas isolé, comme nous le confirme Andreas Dummermuth (54 ans) président de la Conférence des caisses cantonales de compensation. À l’âge de la retraite, de plus en plus de Suisses sont tributaires des prestations complémentaires (PC) parce que leur capital LPP est épuisé. Une étude de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) indique qu’un tiers des nouveaux bénéficiaires de PC – soit environ 6500 personnes – ont retiré une partie du capital de leur deuxième pilier avant l’échéance. La majorité d’entre eux (52%) ont retiré ce capital lors de leur départ à la retraite, ce qui signifie qu’ils ont choisi le capital plutôt que la rente vieillesse. Seuls 3% ont retiré leur argent pour financer la construction d’une maison et 13 % pour se lancer dans une activité indépendante. 

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Liberté? C’est le contribuable qui supporte le risque»

Andreas Dummermuth (54 ans), président de la Conférence des caisses de compensation cantonales

Pour Andreas Dummermuth, cette situation n’est pas satisfaisante: «Les politiques mettent sans cesse en avant la liberté individuelle, mais il s’agit d’une liberté garantie par l’État. C’est le contribuable qui supporte le risque. Avec des taux de rendement du capital actuellement peu élevés, les caisses de pension sont tentées de reporter le risque de placement et de longévité sur les assurés». En d’autres termes, les caisses de pension préféreraient verser l’argent sous forme de capital que de rente.

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Jusqu’à 50% sous forme de capital

Maria Gumann (52 ans), présidente de la direction de la Caisse de pension de Coop (CAP), ne partage pas ce constat – du moins pour ce qui concerne sa propre institution. Il est évident qu’une caisse de pension n’a plus aucune obligation lorsque l’assuré choisit de percevoir son avoir sous forme de capital. «Il n’empêche que notre rôle est de garantir la sécurité matérielle de nos assurés en leur versant une rente», dit-elle.
À la CAP, les assurés peuvent retirer au maximum la moitié de leur avoir sous forme de capital. Près de 30% des nouveaux retraités y ont recours et se font verser en moyenne 35% de leur avoir LPP sous forme de capital.
Globalement, les retraits anticipés en capital ne seraient responsables que dans une mesure marginale de l’augmentation des prestations complémentaires, selon Andreas Dummermuth. C’est également ce que confirme l’étude de l’Office fédéral des assurances sociales. Mais «ces cas isolés sont plutôt fâcheux». Le Conseil fédéral lui-même voit cela d’un mauvais œil, au point que le ministre des affaires sociales, Alain Berset, projette de limiter les retraits en capital de la caisse de pension.
Sébastien Mercier (38 ans), secrétaire général de l’association Dettes conseils Suisse exprime néanmoins des réserves. Selon lui, il serait erroné d’imposer des restrictions en raison de quelques cas isolés: «Notre économie compte de nombreuses personnes indépendantes. Une modification du mode de versement pourrait empêcher celles et ceux qui le veulent de se lancer dans une activité indépendante, voire même de réussir.»
Il serait souhaitable que le Conseil fédéral se fixe un objectif. Mais selon Sébastien Mercier, le problème s’avérerait bien plus complexe. «Un indépendant qui fait faillite aujourd’hui ne disposera d’aucune marge de manœuvre financière pour compenser sa lacune de prévoyance.»

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Nouveau départ après une faillite

Pour le juriste, la mise en faillite devrait toutefois faciliter un nouveau départ en permettant aux personnes concernées de reconstituer leur propre capital. Il fait également remarquer que le nombre de personnes retirant de l’argent de leur deuxième pilier – argent qui leur fait défaut une fois atteint l’âge de la retraite – n’a pas augmenté significativement au cours des dernières années. Ces cas existent toutefois, et c’est un problème majeur pour les personnes qui, comme Carola, ne perçoivent qu’une très modeste rente de vieillesse.
Pour Maria Gumann, les personnes retraitées devraient sérieusement réfléchir à la manière dont elles veulent que leur soit versé leur avoir LPP. L’essentiel étant de définir un budget précis.
«Le but, c’est que chaque couple ou personne seule puisse couvrir ses frais fixes avec l’AVS et le deuxième pilier», explique Maria Gumann. Si l’avoir LPP est supérieur, ils peuvent envisager la possibilité d’en retirer une partie sous forme de capital.

Parfois, il ne reste plus rien...

Bénéficiaires de prestations complémentaires*

Comment ils ont utilisé leur capital de prévoyance

* 30% des personnes qui, en 2014, ont bénéficié de prestations complémentaires à l’assurance vieillesse ont retiré une partie de leur avoir de prévoyance sous forme de capital avant l’échéance.

Source Office fédéral des assurances sociales, infographie Niki von Almen

Rente ou capital

Quelques règles à observer

  • Déterminer un budget précis: comment faire lors d’un départ – anticipé ou non – à la retraite?
  • Les rentes AVS et LPP doivent pouvoir couvrir les charges fixes
  • En cas de versement du capital: comment mon conjoint/ ma conjointe est-il/elle assuré(e), qui gèrera mon capital lorsque je n’en serai plus capable, qu’en sera-t-il quand j’aurai 90 ans?
  • Effectuer des versements complémentaires au cours des trois années précédant l’âge AVS est généralement recommandé, mais uniquement si l’on est sûr de percevoir sa retraite sous forme de rente (l’avantage fiscal étant supprimé en cas de versement en capital).
  • Faire appel à un expert en planification financière
Centrale du 2e pilier

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3 milliards de francs oubliés

En Suisse, près de trois milliards de francs d’avoirs du deuxième pilier oubliés sont actuellement en attente de leurs propriétaires à la Fondation institution supplétive LPP. Problème: la plupart des titulaires de ces presque 632 000 comptes ignorent qu’il leur manque cet argent. Cela représente plus d’une personne sur dix, sur environ cinq millions de salariés. Toute personne suspectant d’avoir une prestation de libre passage qui «traîne» quelque part peut s’adresser à la Centrale du deuxième pilier.

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Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Getty Images, Alamy; photomontage Num Roth
Publication:
lundi 22.02.2016, 14:00 heure



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