Rions!

Tendances Il a d’épatantes vertus dont les éclats n’ont pas fini de nous surprendre. Aperçu des bienfaits du rire et immersion dans un des ateliers de yoga du rire, qui ici aussi se multiplient.

Mais vous voulez rire! C’est qu’il ne serait que vertus et n’aurait que des bienfaits, et que si l’on prenait à la lettre tout ce qu’on dit de lui, de ce bon vieux rire qui déjà déconcertait les Grecs, on en serait radieusement transfiguré.
Tenez: voilà qu’on parle du rire comme d’un anti-stress, qu’on le proclame réducteur d’anxiété, pourfendeur de l’insomnie si ce n’est de la dépression, qu’on le voit en chevalier servant du système immunitaire, que son zèle le porte à réduire la tension artérielle, qu’il combat aussi la douleur… On lui trouve même des vertus sportives: une minute de rire correspondrait à dix minutes d’aviron. N’en jetez donc plus, même si la liste n’est pas exhaustive, mais qui paraît déjà redoutablement réjouissante. Et s’il convient de nuancer tout ce qu’on dit de lui, le rire a des vertus qui ne se démentent pas. Preuve par l’acte de ce bon rire que vous venez d’avoir et du bien-être qu’il procure.
Seulement voilà: on rit de moins en moins. Au siècle dernier, on riait beaucoup plus facilement et plus longtemps, jusqu’à trente minutes par jour. Alors que maintenant, une étude rapporte que notre rire n’est que de quelques rares minutes, deux à peine. Et que ce rire est plus contenu, policé – qu’en d’autres termes on se laisse moins aller.

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En plus d’agir sur tout notre organisme, le rire crée aussi un lien social formidable»

Véronique

Rendez-vous à l’atelier du rire

Voilà qui n’est pas vraiment à nous rendre hilares, cette histoire du rire qui se perd… Où se cache-t-il donc aujourd’hui alors que, paradoxalement, les termes et les formes pour en désigner les bienfaits fleurissent en rigologie, gélothérapie, rirothérapie, rigolothérapie… Et que les «clubs de rire» eux aussi se multiplient. Comme ces «ateliers de yoga du rire», qu’a créés le Dr Madan Kataria en 1995 en Inde et qui continuent de se disséminer, par milliers, dans plus de septante pays. Et ici en Suisse romande (voir encadré p. 19)  où ils sont de plus en plus présents. Nous voici dans l’un d’eux, vous venez?

«

C’est relaxant et déstressant, un moment qui ne fait que du bien – et qui améliore la confiance en soi»

Michel

Des rires qui grimpent dans la nuit

Il est près de 20 h 30 dans le soir qui s’installe à Étoy (VD), deux ados improvisent un stretching sur un mur du centre du village. La rue du Prieuré? «Juste là, derrière la maison». Au rez-de-chaussée de l’ancienne école primaire, les premières participantes arrivent, tenue décontractée, plutôt training. C’est Jasmine qui nous accueille et qui va nous emmener dans cette séance «yoga du rire». Non, il n’y a pas besoin de préparation particulière. Oui, tout le monde (ou presque) peut participer. Seule mesure: le respect de soi-même et de l’autre. On se déchausse. Dans quelques minutes, on fera cercle, on se présente de son seul prénom (ici on garde l’anonymat) et d’une courte phrase sur ce que la journée nous a apporté. C’est la seule phrase que nous allons nous dire, le reste de la séance est non verbal.
C’est ensuite une première suite d’exercices d’échauffement. Les mains qu’on frappe, le rythme qui se met dans le groupe, les bras que l’on bouge, de haut en bas, et qu’on balance d’un côté, de l’autre. De premiers exercices de respiration stimulés par des interjections reprises en refrain. Des rondes où l’on parle «charabia» et où les gestes, spontanément, compensent la parole. On respire. On se regarde. On se détend. Sourires. On reprend, et cette fois avec des exercices de mime, où l’on devient tour à tour motard, animal, vedette… Applaudissements, premiers rires. On reprend, les mimes continuent. Dernière étape: tout le groupe est couché, «en étoile», la salle est dans la pénombre. Et là, dans un temps qui perd ses repères (un quart d’heure? une demi-heure?), des rires, dans tous les registres, pouffent, reviennent en cascades, de vrais fous rires, un silence, et qui repartent d’un éclat, jusqu’aux lentes respirations où les rires s’apaisent et sont intériorisés.

«

Ça m’a apporté beaucoup de joie, de légèreté – et la joie est une énergie très forte»

Oliver

Dans le groupe de ce soir, la dizaine de participants (des dames en majorité) ont entre 30 et 60 ans et sont déjà venus plusieurs fois à cet atelier de yoga du rire qui a lieu à Étoy chaque semaine. Et vont y revenir, dans le rythme souhaité par chacun. «Mais il faudrait au moins le faire trois fois pour commencer à en sentir les bienfaits» remarque Véronique, l’animatrice de cet atelier.
«Ce que ça m’apporte? Un bienfait physique, ça me nettoie, ça m’aère le cerveau, les choses sont plus claires dans ma vie.» Le propos de Maryline est rejoint par Véronique qui précise que le rire agit sur le système immunitaire par une meilleure oxygénation, entre autres.

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Il y a dans le rire une énergie pour soi et qui se communique»

Yolanda

«Ça m’a donné envie de continuer»

Il y a l’énergie, dont parlent plusieurs participantes. «Cette énergie pour soi et qui se communique», dit Yolanda.  «Quand j’ai commencé, j’étais très fatiguée, avec de petits enfants, et cette énergie m’a donné envie de continuer. Et maintenant, parfois, au lieu de crier, je pratique le yoga du rire avec mes enfants.» Myriam la rejoint: «On se comprend mieux avec ma fille, je ris avec elle, avant je ne le faisais pas.» Des tensions avec ses enfants «qui se sont transformées en rires», c’est aussi l’expérience d’Ulrike. Et Melania de poursuivre: «Je ne suis venue qu’irrégulièrement, mais chaque fois, ça m’a fait beaucoup de bien.» Et comme d’autres, elle insiste sur «la bienveillance» («personne ne juge») qui est à l’œuvre dans ces séances. «C’est fabuleux de se retrouver là, renchérit Myriam, on ne connaît rien sur personne et cependant on est bien.»
«Et on retrouve cette sensation du rire, poursuit Jasmine, je me rappelle des fous rires de mon enfance avec ma sœur, cette sensation physique du rire.» Qui ajoute que la pratique du yoga du rire lui «permet aussi de rire de situations, pas heureuses. On appréhende différemment le quotidien.» Et «ça favorise la communication dans le positif» fait remarquer Maryline.
«Ça ne fait que du bien!» Michel ajoute que «c’est relaxant, déstressant», que «ça facilite le sommeil» et que «ce moment de convivialité, où les barrières tombent, est un moment-parenthèse où on arrive à mettre de côté les tracas du quotidien». Oliver lui aussi considère que «c’est vraiment un plaisir» et que c’est «une excellente découverte et de soi-même où se révèlent des côtés inattendus. Ça m’a montré qu’on peut très bien oser, se lancer, et ça donne une énergie incroyable. Ça m’a apporté beaucoup de joie et de
légèreté – et la joie, c’est vraiment une énergie très forte, très élevée…»
Dans la nuit qui s’est installée à Étoy, les participants s’en vont, se dispersent. Tandis que Véronique nous parle encore du «lien social formidable» que crée le rire. Et de rire qui «peut aider en cas de dépression, pour prévenir des burn-outs…» De ce rire décidément dont il serait trop fâcheux de se priver en laissant nos zygomatiques en jachère.

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Chaque fois que je suis venue, ça m’a apporté beaucoup de bien – et dans la bienveillance»

Melania

Rire Qu’en dit la médecine? Les réponses du professeur Daniel Hayoz, médecin-chef – Hôpital cantonal de Fribourg.

«Vertus intéressantes»

Professeur Daniel Hayoz, médecin-chef – Hôpital cantonal de Fribourg

Professeur Daniel Hayoz, médecin-chef – Hôpital cantonal de Fribourg
Professeur Daniel Hayoz, médecin-chef – Hôpital cantonal de Fribourg

Pour quoi peut-on utiliser le rire?  
Le rire, si on lui prête une activité thérapeutique, est probablement une manifestation qui permet de soulager la douleur et l’anxiété, et de réduire le stress. Il a été démontré avoir une influence positive sur l’endormissement, et devrait donc améliorer le sommeil.

Y a-t-il déjà une littérature probante?
Je dirais qu’il y a surtout des études observationnelles, mais pas de grandes études contrôlées. Ce ne sont pas des études très simples à conduire. Le rire est une expression découlant de stimuli très subjectifs. Il va falloir élaborer de bons protocoles pour effectivement évaluer l’effet d’une thérapie par le rire.

Il y a cette histoire de Norman Cousins («Comment je me suis soigné par le rire»), atteint d’une spondylarthrite ankylosante (maladie inflammatoire de la colonne vertébrale). Il dit qu’il a quitté l’hôpital, qu’il s’est fait une grande réserve de films drôles – et des injections de vitamine C…
Il faut toujours considérer les histoires cliniques personnelles avec une certaine réserve et éviter les généralisations. Parce qu’il y a de nombreux phénomènes externes qui peuvent influencer différents facteurs importants. Sachant que c’est une maladie qui provoque des douleurs et des limitations de mouvements, on imagine bien que l’environnement va jouer un rôle prépondérant dans le ressenti du sujet.
D’une manière générale et en dehors des carences vitaminiques bien documentées, les traitements où l’on a augmenté les doses de vitamines au-delà des valeurs habituellement recommandées, n’ont démontré aucun bénéfice probant. Des effets délétères dûs aux effets secondaires d’un surdosage de vitamines ont été rapportés. La consommation de vitamine C oui, mais aux doses journalières recommandées.
Par contre, il existe de rares études où l’on a fait subir à des volontaires des tests de stress avec ou sans entraînement au rire. Ce dernier, par un visionnement de films comiques, est comparé à l’absence de rire suivant le visionnement d’un documentaire neutre. On soumet alors ces volontaires à une situation stressante, par exemple un test au froid qui est un test douloureux. Les sujets ayant bénéficié d’une thérapie du rire évaluaient la sensation douloureuse comme significativement moins intense par comparaison au groupe contrôle.

L’effet du rire est donc objectivement plutôt positif?
Des études, venues des pays asiatiques, montrent que chez les patients atteints de cancer qui sont souvent anxieux et déprimés, le rire entraîne une diminution du stress et de l’anxiété, de même qu’une diminution assez sensible de la dépression.
La thérapie par le rire possède très vraisemblablement des vertus intéressantes à développer dans le contexte de la prise en charge de patients anxieux et déprimés. Sans connaître les modalités de cet entraînement au rire, il est fort probable qu’il représente une expression positive sans risque d’effets secondaires. Si l’on peut soulager les gens en les faisant rire, je ne vois pas de limitation à l’usage du rire dans la vie de tous les jours.

Parmi les clubs de rire, les ateliers de yoga du rire, initiés par le Dr Madan Kataria, sont nombreux en Suisse romande et notamment à Lausanne, Neuchâtel, Fribourg, Genève. On y exerce et pratique, en groupe, un rire simulé (à la différence du rire spontané, déclenché par une situation drôle) et qui permet de rire en continu 10–15 minutes, pour pouvoir en obtenir les bienfaits. Renseignements et lieux de rencontre sur le site de Véronique (079 236 49 24). D’autres adresses sur le second lien.

www.yoga-du-rire.org
www.sagessedurire.org

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Rédacteur en chef adjoint

Photo:
Darrin Vanselow, Charly Rappo, Keystone
Publication:
lundi 16.05.2016, 14:30 heure



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