Roger Glover, 67 ans.

«Un rocker est un musicien de cœur»

Monuments du (hard) rock, Roger Glover et Deep Purple enflammeront l’Auditorium Stravinski du Montreux Jazz Festival le 19 juillet prochain. Entretien intimiste dans un bar de sa nouvelle patrie, à Frick (AG)!

Coopération. Vous aurez 68 ans en novembre. Un rocker ne prend-il pas sa retraite?
Roger Glover. J’ai deux réponses. La première: mon dernier job remonte à l’âge de 19 ans. Depuis, je suis à la retraite!
La deuxième: le rock’n’roll était une musique de jeunes dans les années 1950. Mais il a évolué, comme les gens. On ne pose jamais cette question à un musicien de jazz ou à un bluesman. Un rocker est un musicien de cœur. On ne peut pas arrêter d’être musicien ou d’écrire des chansons. C’est dans le sang.  

Les voyages ne deviennent pas fatigants, à la longue?
J’adore! Combien de personnes aimeraient prendre leur petit-déjeuner à Sydney, leur déjeuner à
Singapour et passer la nuit à Paris? J’exagère, bien sûr. Mais chaque fois que j’ai l’occasion de faire un voyage, je me dis que je suis un privilégié. Voyager est de loin la meilleure chose pour l’esprit. Quand ma première fille a eu 21 ans, je lui ai donné un billet pour partir en Inde. Elle voulait voyager. Et  a beaucoup aimé.

Deep Purple en 1972 (de g. à dr.): Ian Gillan, Ritchie Blackmore, Ian Paice, Roger Glover et Jon Lord (cofondateur du groupe, aujourd’hui décédé).

La musique est universelle, de toute façon...
L’un des plus gros problèmes du monde, c’est que les gens ne se comprennent pas. Et j’ai appris en voyageant et par la musique que chacun est pareil, a les mêmes souhaits. Hors extrêmes. En général, les gens aiment la musique de la même manière partout.  

Que représente le Montreux Jazz Festival pour vous?
Beaucoup. Claude (ndlr: Nobs, le fondateur de la manifestation), la chanson Smoke On The Water, la Suisse, occupent une place à part dans nos cœurs. Cette période de trois semaines à Montreux en novembre 1972 a changé notre vie et celle de Claude (ndlr: la chanson «Smoke On The Water» a été écrite à la suite de l’incendie du casino en 1971).
Pour l’anecdote, lorsque j’avais 14-15 ans et que je commençais à écrire des chansons, un journaliste m’a demandé quelle était mon ambition. J’ai répondu «écrire un classique». Et ça s’est produit.

Auriez-vous imaginé que «Smoke on the water» deviendrait un tel tube?
Evidemment non. A l’épo-que, on ne savait même pas si la chanson figurerait sur l’album que nous étions en train d’écrire! On a fait la chanson – comme n’importe quelle autre – dans une relative intimité, c’est-à-dire les cinq membres du groupe, suivis de quelques ingénieurs du son, et quand la chanson sort, c’est le public qui se l’approprie.

Vous habitez Frick, dans le canton d’Argovie. Plutôt surprenant, non?
C’est pratique. Mon amie allemande y réside. Elle vit et travaille en Suisse depuis des années. Et elle a besoin d’être proche de sa mère, établie en Allemagne, juste de l’autre côté de la frontière, pour des raisons domestiques. J’étais en instance de divorce, je vivais aux Etats-Unis et j’étais souvent en tournée. Il n’y avait pas de raison qu’elle rejoigne mes problèmes, d’autant qu’elle était enceinte à ce moment-là, et qu’elle aurait dû s’immerger dans une autre culture et un endroit où elle ne connaissait personne. C’était beaucoup plus facile pour moi de venir ici. J’ai vécu trente ans aux Etats-Unis, ça a fait un joli changement.

«

En Suisse, tout fonctionne avec un standard de qualité élevé»

Que pensez-vous de la Suisse?
C’est plus difficile de vivre au quotidien en Suisse qu’aux Etats-Unis. Là-bas, si vous voulez acheter du lait un samedi à 22 h, aucun problème. Ici, il faut s’organiser en amont s’agissant des démarches administratives. En Amérique, on fait tout en un jour, tout est fait pour faciliter la vie. En Suisse, tout fonctionne avec un standard de qualité élevé.  

Et les gens?
Ils sont impartiaux, réservés, conservateurs, respectueux les uns envers les autres, notamment en ce qui concerne la vie privée. Dans une localité comme Frick, les passants n’hésitent en outre pas à saluer ceux qui passent sur le trottoir opposé. C’est charmant.

Votre définition du hard rock?
C’est la musique de l’honnêteté, c’est-à-dire jouer de son instrument devant les spectateurs et les divertir. C’est très simple, en fait. C’est pour ça que le (hard) rock a un côté éternel.

Quelle différence entre la musique pop et le rock?
Nous partageons les mêmes infrastructures, la même industrie – même si je déteste ce mot. A part ça, les deux styles n’ont rien en commun. Un rocker est musicien pour la vie. Il n’est pas prioritairement intéressé par la gloire et la célébrité. Le musicien pop cherche à devenir aussi grand que possible. Conséquence: il y a beaucoup de victimes dans ce business.

Quelle famille!

Jeune papa

Bio. Né le 30 novembre 1945 au Pays de Galles (GB), Roger Glover (ici en 1974) est bassiste, compositeur et producteur de disques. En 1969, il intègre le groupe Deep Purple, alors un des pionniers mondiaux du hard rock. En 1972, le band crée le tube immortel «Smoke On The Water».

Vie privée. Divorcé, le musicien est père d’une fille de 36 ans qui habite Londres, et de deux enfants en bas âge (2 et 4 ans) de sa nouvelle compagne. «Les enfants de ma première fille ont l’âge de mes deux derniers. Quelle famille! C’est une chose à laquelle je ne m’attendais pas. On s’adapte. Mais comme je pense que mon âge mental est de 19 ans… (rire)»

Actu. Deep Purple se produira en concert le vendredi 19 juillet à l’Auditorium Stravinski du Montreux Jazz Festival. Début 2013, les dinosaures du hard rock ont sorti un nouvel album, «Now What?!» (à gagner dans les concours).

www.rogerglover.com
www.montreuxjazz.com

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Didier Walzer

Rédacteur

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Publication:
lundi 08.07.2013, 00:00 heure

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