Le séchoir appelé la «basilique» peut contenir jusqu’à 100 tonnes de viandes séchées. L’air y est changé quatre fois par jour.

Salaisons, le goût des alpes valaisannes

En coulisse Les produits Cher-Mignon sont séchés dans des locaux appelés «la cathédrale» et «la basilique». Cela signifie-t-il que la viande séchée est là-bas une religion?

Oui, en quelque sorte», répond Cyrille Bagnoud (61 ans) qui dirige l’entreprise familiale depuis vingt ans. «Notre religion consiste à rechercher constamment la qualité optimale. Une valeur que nous essayons de cultiver depuis cinquante ans.» Mais la production de viande séchée est une passion qui se transmet de père en fils et en petit-fils depuis 1910 déjà dans la famille, quand François Bagnoud, le grand-père de l’actuel directeur, élabore ses premières salaisons dans sa boucherie de Lens (VS). Aujourd’hui, Cher-Mignon est une entreprise moderne, dont le savoir-faire est reconnu par plusieurs certifications. Elle emploie 25 personnes, dont vingt à la production. «Et dont l’ancienneté est de 23 ans en moyenne», ajoute fièrement le patron. Sous la houlette de Cyrille Bagnoud, l’entreprise familiale a recentré ses activités exclusivement sur les produits secs et les spécialités valaisannes. Ce qui a permis à Cher-Mignon de devenir le plus gros producteur de viande séchée du Valais avec plus de 50% de la production cantonale IGP (Indication géographique protégée). Trois produits phares portent ce label: la viande séchée du Valais, le jambon cru du Valais et le lard sec du Valais. Autrement dit, les trois vedettes de l’assiette valaisanne, qui sont fabriquées avec des viandes exclusivement suisses.

À près de 1200 mètres d’altitude et à «quelques virages» de la célèbre station de Crans-Montana, l’endroit est idéal pour sécher la viande. «Nous sommes ici dans une région où l’air est le plus équilibré quant à la température et l’humidité. Deux éléments déterminants pour confectionner des produits secs», explique Cyrille Bagnoud.

Cyrille Bagnoud, directeur de Cher-Mignon, montre un mélange d’herbes aromatiques bio du Grand-Saint-Bernard.

Une recette tenue secrète

Tout commence par l’arrivée des morceaux de viande fraîche déjà coupés. Les premiers contrôles sont alors effectués conformément au cahier des charges, comme la température et le pH de la viande, c’est-à-dire son taux d’acidité. Celui-ci doit être compris dans une fourchette allant de 5,3 à 5,9. En deçà et au-delà de ces valeurs, le morceau est renvoyé à l’expéditeur.
Si la première étape est franchie avec succès, la pièce de viande passe au salage. Elle y sera recouverte d’un mélange de différents sels, d’épices et d’herbes aromatiques bio du Grand-Saint-Bernard. La recette de ce mélange, conçue par le patriarche François Bagnoud, est tenue secrète. Seules deux personnes dans l’entreprise en connaissent la composition: le patron et le chef d’exploitation. «Nous ne partons jamais en vacances ensemble», dit en souriant Cyrille Bagnoud.

Rui s’apprête à suspendre des morceaux de bœuf sur un chariot dans la halle du repos froid.

Une fois salée, la viande passe dans l’un des trois tumblers d’une capacité de 500 kilos. Elle y sera tournée et retournée pendant 12 heures afin que le mélange se répartisse de façon homogène sur la matière première. Celle-ci est alors stockée au saloir dans des cuves à une température d’environ 5 °C. Suivant le type de viande, elle y restera entre une et plusieurs semaines durant lesquelles les cuves seront régulièrement retournées pour permettre au sel et aux arômes de pénétrer dans le produit. Les morceaux de viande, qui ont été préalablement embossés dans un bas ou un filet, sont ensuite suspendus à des chariots pouvant supporter 88 pièces d’environ 5,5 kilos. Chaque pièce de viande porte un numéro de lot pour la traçabilité et la petite pastille caractéristique de l’IGP. Les chariots avec leurs «guirlandes» carnées resteront trois jours dans la halle de repos froid.

Graça et Philippe déposent les tranches de viande séchée sur le fond des barquettes avant qu’elles ne soient emballées sous vide d’air.

Suit l’étape du séchage, où les chariots sont entreposés dans la «cathédrale» ou la «basilique» à une température d’environ 10 °C et un taux d’humidité situé entre 75 et 80%. Le surnom des séchoirs est dû à des touristes néerlandais qui, voyant la construction en ogive du plus ancien, l’avaient pris pour une église.
Après trois semaines, les morceaux de viande sont sortis pour être pressés pendant une journée entière avant de regagner le séchoir. «Le pressage donnera au produit sa forme rectangulaire et va permettre d’équilibrer l’humidité à l’intérieur de la viande», précise le directeur. L’opération sera répétée quatre fois. Tout au long de ce processus de plus de 12 semaines, tout est contrôlé, de la perte de poids à la teneur en sel, pour que le produit corresponde aux normes de l’IGP et des diverses certifications. «Nous devons nous tenir à une proportion de sel située entre 3,5 et 4% sur le produit fini», indique Cyrille Bagnoud. Après le séchage, où la viande aura perdu près de 50% de son poids pour le bœuf, 35% pour le porc et un tiers environ pour les saucisses séchées à manger crues, viennent les dernières étapes du tranchage, de l’emballage et de l’étiquetage. «La salaison est une chaîne où tous les maillons doivent être d’égale force. C’est une condition sine qua non pour obtenir un produit fini de qualité», conclut Cyrille Bagnoud.

Cher-Mignon: les jalons

  • 1910: le grand-père François Bagnoud élabore ses premières viandes séchées dans sa boucherie de Lens (VS).
  • 1951: Jean-Louis et Maria Bagnoud (parents de l’actuel directeur) ouvrent une boucherie à Montana et perpétuent la tradition familiale des viandes séchées.
  • 1967: Jean-Louis Bagnoud et deux associés, les frères Algée et Benoît Duc, fondent Cher-Mignon SA. 
  • 1975: l’architecte Vincent Mangeat dessine les plans du premier séchoir surnommé la «cathédrale».
  • 1997: au décès de Jean-Louis Bagnoud, sa femme et ses enfants Cyrille et Isabelle reprennent l’entreprise.
  • 2000: après 25 ans d’activité, les abattoirs sont fermés.
  • 2011: le secteur Viande fraîche est cédé à un spécialiste de la gastronomie.

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Jean Pinesi

Rédacteur

Photo:
Olivier Maire, Heiner H. Schmitt
Publication:
lundi 13.03.2017, 13:10 heure



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